"Étranges rencontres" nouvelles de Khalil Mgharfaoui

142 pages de plaisir de lecture mêlé à une réflexion identitaire. C’est ce à quoi invite le recueil de l’écrivain Khalil Mgharfaoui.

Dans un style raffiné et simple, captif et haletant, l’auteur nous invite à travers 7 nouvelles, à vivre des rencontres aussi étranges qu’inattendues, réellement vécues, auxquelles il greffe son art subtil de narration et de capture de l’attention du lecteur. Dans ces nouvelles, notamment Caramel, l’auteur soulève surtout la question identitaire des migrants et la question de l’intégration ou de l’assimilation, qui en poussent certains, à force de vouloir trop s’intégrer, à oublier leur propre identité.

«Ce sont, majoritairement, des expériences réellement vécues ou vécues par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre. Dans Caramel, par exemple, ce que j’ai vu ne me concernait pas personnellement. Cela concernait mon entourage. D’ailleurs, dans L’Auto-stoppeur, je parle d’un ami marocain qui a essayé d’oublier son identité. Il habite dans un immeuble où il n’y a que des Français. Il m’a invité chez lui un jour. En montant les escaliers, une voisine nous demande «que faites-vous ici?», sur un ton accusateur. Lui, très gêné, commence alors à s’expliquer tant bien que mal. Tout compte fait, tout l’effort qu’il fournit pour s’intégrer ne vaut rien si l’autre ne l’accepte pas». Ce sont donc des rencontres, des histoires véridiques tournées en fiction. «Il y a eu plein de rencontres avec l’autre pour se rencontrer avec soi-même. Dans L’Auto-stoppeur, c’est une rencontre avec un Marocain en France et deux racistes qui vont le prendre dans leur voiture pour voir un match de Nancy, où jouait Mustapha Hadji. Pendant tout le trajet, il se sentait menacé parce qu’ils lui faisaient subir une violence verbale. Chemin faisant, il va découvrir que l’un d’entre eux est à moitié arabe. Il a cru qu’il serait soutenu par celui-ci. Mais à la fin, ce dernier lui dit que son père est arabe, lui, il ne l’est pas», explique Khalil Mgharfaoui.

Doté d’une imagination fertile, l’auteur use de personnages réels ou imaginaires qui se croisent et ouvrent la voie à une confrontation intime avec soi, avec à chaque fois l’intervention de l’étranger comme pour brouiller la frontière avec le réel… Des récits qui jouent parfois sur les nerfs puisqu’ils interpellent chacun d’entre nous sur la lecture qu’il fait d’expériences similaires qu’il a vécues ou aura à vivre un jour.

Certaines nouvelles sont vieilles de 25 ans, d’autres récentes. L’auteur a décidé de les publier après avoir senti l’intérêt et l’engouement de ses «premiers lecteurs» pour son recueil. Il a voulu tester si ses lecteurs éprouvent le même plaisir qu’il a ressenti en lisant ces récits.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Khalil Mgharfaoui est professeur universitaire, Docteur en sciences du langage, en charge de la communication à l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida. A son actif, plusieurs publications dans le domaine de la linguistique et de la didactique, notamment le Dictionnaire de l’arabe marocain. Son premier roman s’intitule Les Épines des roses, publié en 2017 chez L’Harmattan.

124 pages Prix : 60 DH/14 euros Virgule Editions


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