L'agriculture Bio au Maroc

Un secteur en pleine expansion

Plusieurs enseignes ont fait du marché du bio au Maroc leur fonds de commerce. Le gouvernement est appelé à donner les moyens aux producteurs pour répondre aux besoins non seulement du marché local mais également international.

Cela ne vous aura pas échappé, le marché du bio au Maroc est en plein expansion. Des magasins pullulent dans les grandes villes du Royaume et les grandes surfaces surfent également sur cette tendance avec des rayons réservés. Les produits bio sont de plus en plus prisés malgré des prix relativement élevés. Soucieux de consommer des produits sains et respectueux de l’environnement, les consommateurs aux revenus supérieurs à la moyenne sont prêts à payer le double, voire le triple des prix affichés par l’agriculture conventionnelle. L’écart entre bio et conventionnel peut aller de 30 à 100%, selon les produits. Coûts de production élevés (certifications et contrôles), gros besoin en main-d’oeuvre, rendements inférieurs, absence d’économies d’échelle, croissance plus lente…. Ce sont là autant d’arguments évoqués par les professionnels pour motiver le niveau des prix.

Petites exploitations
En 10 ans, le bio au Maroc est passé de 2.500 hectares à près de 8.000 hectares à la fin de l’année 2017. Une forte augmentation qui se traduit par un rendement aujourd’hui de près de 75.000 tonnes, dont 12.000 exportés. Le mode de production biologique n’est pas récent dans l’agriculture marocaine. Le livre Les filières bio: enjeux et promesses pour le Maroc et l’Afrique, publié en 2018, explique que les premières exploitations certifiées bio ont vu le jour vers la fin des années 80. Le Plan Maroc Vert (PMV) a offert un cadre aux acteurs de ce domaine afin d’oeuvrer pour améliorer son système de labellisation des produits agricoles dans un objectif de développement rural, de promotion de la qualité spécifique des produits agricoles et de protection du consommateur.

Caractérisé par la prédominance de petites exploitations agricoles –n’ayant pas recours aux méthodes de l’agriculture intensive– et l’existence de cultures facilement convertibles en bio comme l’arganier, l’amandier et le palmier-dattier, le secteur agricole marocain dispose d’un gros potentiel, encore sous-exploité. Dans la distribution et la transformation, la dynamique est également forte. Le commerce de produits bio sur le marché local se développe et se modernise. A ce jour, le leader de la distribution, Distribio, fournit environ 900 points de vente sur tout le territoire. Actif également dans la distribution au détail, l’opérateur, qui détenait le réseau de la franchise française La Vie Claire, a décidé de lancer Green Village. «Une franchise marocaine bio autonome permettra d’améliorer l’achalandage et la variété dans les magasins, et de rechercher le meilleur rapport qualité-prix», indique la firme dans un communiqué.

Un label «bio» marocain
Objectif affiché: gagner en liberté et en marge de manoeuvre, s’affranchir de processus administratifs et financiers inadaptés et réduire les longs délais d’importation depuis les plateformes des franchiseurs. Une multitude de produits feront également leur entrée afin d’étoffer l’offre locale: thés, cafés, épices, farines, compléments alimentaires, cosmétiques, produits de boulangerie et de pâtisserie.

Les lois 25-06 et 39-12 donnent l’opportunité aux produits marocains de pénétrer les marchés et d’être protégés contre toute usurpation éventuelle aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Un produit bio doit être obligatoirement labellisé. Les mentions «bio» ou «naturel» sur les étiquettes sans certification relèvent tout simplement de la publicité mensongère. En effet, le label est l’unique gage de conformité du produit avec la réglementation bio. Au sens de la législation marocaine (la loi 39-19 relative à la production bio), tout opérateur qui désire produire, préparer ou commercialiser des produits agricoles ou aquatiques selon la réglementation en vigueur doit respecter les prescriptions du cahier des charges type applicable à la production considérée. Ainsi, celui-ci doit se faire accompagner par un organisme certificateur agréé par le ministère de l’Agriculture et entamer une période de conversion à l’issue de laquelle sa production est certifiée. La législation en vigueur prévoit des amendes allant de 10.000 à 100.000 DH à l’encontre des fraudeurs parmi les producteurs, les certificateurs, ou même les auteurs de publicité prêtant à confusion.

Un problème de traçabilité
Cependant, il existe toujours «un problème de traçabilité mais aussi d’usage d’intrants ou de produits phytosanitaires interdits par la réglementation», selon l’entreprise française Ecocert, premier organisme de certification agréé pour une durée de trois ans pour réaliser les activités de contrôle et de certification des produits issus de l’agriculture biologique au Maroc. En 2017, près de 210 clients ont reçu les certifications d’Ecocert. Des certifications capitales pour la vente à l’étranger de produits agricoles sachant que près de «60% de ces clients ont une activité de production végétale ou de cueillette» et que «89% des clients certifiés réalisent des exportations», explique Arnaud Guyou, directeur des opérations d’Ecocert Maroc.

Ainsi, le marché marocain ne couvre pas ses besoins et celui des exportateurs en matière de produits biologiques. L’export des produits bio se fait majoritairement sous forme brute ou en vrac et ne répond qu’aux besoins spécifiques des importateurs étrangers qui cherchent à minimiser les coûts. Pourtant, le Maroc dispose de nombreux atouts pour concurrencer ces pays. Proximité de l’Europe, longues saisons de croissance des cultures, disponibilité de la main-d’oeuvre et de superficies facilement convertibles… Autant de facteurs avancés par les acteurs de la filière pour mettre en évidence les potentialités. Les marchés du bio des pays du Nord croissent à une vitesse conséquente, de l’ordre de 20%.

Objectif: exportation
Il est donc nécessaire de mettre en place un regroupement de professionnels par familles de produits ou intégrateurs experts en distribution, dotés de grandes capacités de mobilisation de trésorerie et d’un réseau de partenaires dans les pays cibles. L’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et les producteurs marocains souhaitent donc valoriser le label bio «Made In Morocco» sur les marchés étrangers et le développement de filières bio intégrées: «La demande des produits bio est en constante évolution dans le monde. Aujourd’hui l’ASMEX appelle à un soutien aux réseaux nationaux de distribution et à la création d’un écosystème dans une optique de mutualisation des services, la création de synergies et, in fine, assurer les meilleures conditions d’accélération de l’export», précise Hassan Sentissi El Idrissi, président de l’ASMEX.

Le constat est clair, la vision des pouvoirs publics manque de cohérence pour l’exportation des produits bio, ce qui pousse les acteurs à servir les marchés étrangers de manière individuelle. Pourtant, le Maroc dispose de tous les atouts pour devenir un acteur majeur dans le domaine grâce à de longues saisons de croissance des cultures, à la disponibilité de la main-d’oeuvre et de superficies facilement convertibles.


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