Putsch à Alger

La transition démarre mais sans cap ni vision ni même feuille de route. L’enjeu fondamental est de blanchir le coup d’Etat qui vient d’avoir lieu.

“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. une citation connue d’Albert Camus qui peut être reprise à propos de ce qui passe aujourd’hui à Alger -d’ailleurs la ville natale de cet écrivain. L’on a affaire plus qu’à une ruse, un stratagème ou à une entourloupe constitutionnelle, comme le relèvent tant la presse de ce pays voisin que les médias internationaux. Ce qui s’est passé le 10 mars 2019 avec le message du président Bouteflika au peuple algérien n’est rien moins qu’un coup de force, plus encore: un coup d’Etat. Le scrutin présidentiel prévu le 18 avril 2019 est ainsi reporté. Bouteflika restera président jusqu’à la tenue d’une conférence nationale pour élaborer une nouvelle Constitution devant alors préparer les conditions de la prochaine élection présidentielle. Pour résumer, l’année 2019 sera consacrée à la mise sur pied et au travail de la conférence; tandis que celle qui suivra verra donc la nouvelle articulation institutionnelle devant consacrer ce qu’il appelle la «nouvelle république».

Le problème a trait à l’inconstitutionnalité de tout ce processus. C’est qu’en effet aucun texte juridique ne peut fonder le «vide» qui sera créé après le 18 avril, date ultime de la fin du mandat présidentiel de Bouteflika, réélu successivement trois fois depuis avril 1999. La seule disposition de la loi suprême de mars 2016 prévoyant la prorogation de plein droit du mandat du Président de la République est définie par l’article 110 régissant l’«état de guerre». Face à cette situation d’exception, «la Constitution est suspendue».

Que l’on sache, l’Algérie de ce début 2019 n’est confrontée à aucune situation de guerre; bien au contraire, tout ce qui s’y passe se caractérise plutôt par des manifestations pacifiques sans aucune menace sur la paix et la sécurité aux frontières. Quand la Constitution est ainsi bafouée et violée, ce n’est pas autre chose qu’un coup d’Etat ourdi par celui-là même –et son clan– qui a prêté serment, aux termes de l’article 90 de la Constitution, de respecter la loi suprême.

Une autre procédure d’annulation puis de report du scrutin présidentiel du 18 avril pouvait être mise en oeuvre. Elle n’a été relevée par personne. Pourtant, elle peut être actionnée sur la base des dispositions de l’article 144 de la loi organique relative au régime électoral du 28 août 2016. Elle vise le «cas de décès ou d’empêchement grave d’un candidat après la validation de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel ». Dans ce cas, la date du scrutin est reportée pour une durée maximale de quinze jours. Un report qui ne règle rien évidemment dans la conjoncture actuelle.

Ne reste qu’une «arme nucléaire» entre les mains de cette seule instance constitutionnelle, soit le rejet de toutes les candidatures, soit encore que les candidats retenus décident –ou soient poussés…-, eux, de se retirer d’un commun accord avant le 18 avril 2019. Mais l’impasse sera de nouveau là: Bouteflika continuera à assumer un mandat prorogé. Un obstacle majeur à toute normalisation. Un processus politique peut-il supplanter ce blocage? Qui l’organisera? Et avec quels acteurs?

Aujourd’hui, le constat général est celui de la fin d’un régime et du naufrage d’un «système» qui doit être dé-construit puis re-construit. Mais comment? Le peuple est mobilisé dans cette perspective mais sans qu’il dispose des leviers du changement. Il manque en effet un cadre de dialogue consensuel, un processus organisationnel et politique, un accord sur le visage de la «nouvelle République» et, enfin, un leadership.

Qui va porter ce vaste projet et incarner la crédibilité et la légitimité nécessaires? Deux acteurs se font face. Le peuple, d’un côté, et l’armée, de l’autre, alors que le système partisan actuel, tel qu’en lui-même, n’est pas en capacité de capter et de mobiliser. La transition démarre mais sans cap ni vision ni même feuille de route. L’enjeu fondamental est de blanchir le coup d’Etat qui vient d’avoir lieu, de le rendre «civil» et «politique».

L’armée de Ahmed Gaïd Salah voudra-telle cette révision déchirante de son statut et de son rôle? C’est l’hypothèse de travail la moins sûre tant les intérêts de ses généraux prévaleront toujours dans telle ou telle combinaison de bric et de broc.


5 commentaires

  • Diab

    14 Mars 2019

    Rationnellement, uil me semble que cette impasse constitutionnelle, est générée directement par les effets des manifestations ''pacifiques''. Le système en place, n'est pas responsable de cette impasse. Les instigateurs (manifestants), doivent accepter la mouture de sortie de ce cul de sac, proposé par le système.

  • Nasser

    15 Mars 2019

    On a tout compris. Sauf une chose. En quoi ça vous regarde? Parce que les sujets marocains, eux, ils choisissent leur chef d'État ? Ils peuvent en changer? Alors commencez par balayer devant votre porte et puis s'il vous reste encore de l'énergie....

  • Habib Cherkaoui

    19 Mars 2019

    Ya Si Nasser. Erreur encore une fois. Oui le Maroc est une monarchie et oui le gouvernement est formé par le parti de la majorité après des élections libres. Vous oubliez que le Maroc en tant qu´état a plus de 1300 années. Avez-vous oublié que la Norvège, le Danemark, la Suède, le Luxembourg, l´Espagne, l´Angleterre,les Pays-Bas etc.. sont des monarchies ? Que le Japon a un empereur? Ce qui se passe dans notre voisinnage immédiat ne nous regarde pas seulement. cela nous concerne. En effet, personne ne croyait que ce château de cartes et ce théâtre allaient entrer dans une telle zone de turbulence, en Algérie. On a tout compris aussi, compris surtout que le peuple algérien frère a démasqué l´une des plus grandes mascarades "révolutionnaire, démocratique,populaire etc..etc.". Main sur le coeur Si Nasser, une République dans le sens exact du terme ne se définit jamais comme "démocratique...., populaire etc..etc..". Par exemple. République de l´Allemagne Fédérale. Point. Pas " démocratique, populaire, etc..etc..Si Nasser, vue le rejet en masse du peuple algérien et du président et de tout le système, cela vient à dire que vous Si Nasser avez choisi ce président que tout le peuple algérien n´a pas choisi.

  • Nasser

    22 Mars 2019

    Entre parenthèses et à part le Luxembourg qui est un grand duché, les autres pays sont des monarchies constitutionnelles. Le roi ou la reine règne mais ne gouverne pas. C'est le premier ministre qui est responsable de la conduite des affaires et préside de ce fait le conseil des ministres. Il tend compte au parlement qui peut par le biais d'une motion de censure le remercier. Le Maroc est une monarchie de droit divin. C'est le roi qui gouverne mais ne rend compte à personne. Si vous en êtes heureux tant mieux, ça ne me regarde pas. Rien ne me concerne venant du Maroc. Rien. Et je voudrai que cela soit réciproque. Ne soyez pas concerné. C'est tout ce qu'onvous demande. Ce n'est pas impossible. Non?

  • omar guesmia

    22 Mars 2019

    tres bien si cherkoui. tu lui a donner une lecon d'histoire. you made a very good point. omar sincerement

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