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2020, ANNÉE POUR UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL

La société marocaine déchirée par ses contradictions

Les propriétaires de salles de gym vous le diront, il n’est nulle période plus florissante pour les affaires que le tournant de l’année. Beaucoup en profitent, ainsi, pour prendre de nouvelles résolutions, et entre ceux qui veulent simplement commencer ou reprendre le sport et ceux qui se décident à un changement total dans leurs vies -l’exercice physique peut bien évidemment être un début-, l’espoir est généralement grand pour que les 365 ou 366 jours suivants soient meilleurs que les précédents. Pour un pays, il est sans doute permis d’en dire autant, puisque les mêmes mécanismes psychologiques agissant au niveau des individus finissent souvent par se répercuter au plan macro. Quel est donc cet espoir que l’on pourrait avoir pour le Maroc de 2020? La réponse à cette question ne peut bien évidemment être que personnelle, dans la mesure où l’un peut voir une priorité là où pour un autre il n’est question que d’un caprice.

Cette différence de perception s’est d’ailleurs vue au cours de l’exercice écoulé au moment où par exemple il a été question, à la fin de l’été, des libertés individuelles dans l’actualité, suite à l’arrestation puis la condamnation de la journaliste du quotidien Akhbar Al- Youm, Hajar Raissouni, pour «relations sexuelles hors mariage» et «avortement illégal». Le député FGD (Fédération de la gauche démocratique) Omar Balafrej, en avait justement fait les frais après avoir défendu, à cette occasion, la réforme du code pénal dans un sens garantissant davantage ces libertés, et ce non seulement de la part des conservateurs mais aussi dans les rangs même de la gauche, où il a notamment été taxé de traiter de problèmes de riches.

Dans une certaine mesure, on pourrait donner raison à ces voix pour qui il faudrait d’abord commencer, par exemple, par réduire les inégalités, alors que le fossé n’a jamais été aussi grand entre les différentes classes de la société: à cet égard, le roi Mohammed VI regrettait, dans son discours d’ouverture du parlement du 13 octobre 2017, que «le progrès enregistré au Maroc ne profite pas à tous les citoyens». Mais il n’est, au final, aucune problématique qui doive être remise à plus tard, au prétexte d’un agenda supposément plus légitime et plus urgent qu’un autre. Autrement, le risque existe de se retrouver dans un pays où l’on est sinon exclu financièrement, du moins au plan des valeurs, et donc une tyrannie dans l’un et l’autre cas. Au demeurant, le Maroc appartient à tous les Marocains, et pas seulement à une partie d’entre eux, quel que soit leur poids dans la société, et pécuniaire et sociétal.

C’est à ce titre que la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), installée le 12 décembre par le roi Mohammed VI avec à sa tête l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa, tombe sans doute le plus à point nommé. Par modèle de développement, beaucoup ont ainsi cru qu’il s’agissait d’une question purement économique, alors que c’est beaucoup plus large comme le prouve le fait que ladite commission comprenne, parmi ses trente-cinq membres, de purs penseurs des sciences humaines tels le professeur universitaire Rachid Benzine ou encore le sociologue Mohamed Tozy.

De fait, et ce encore plus que jamais en ces temps d’incertitudes balayant divers pays de par le monde et pas seulement le Maroc -les manifestations ont, pour ainsi dire, fait florès en 2019 dans quasiment tous les pays de la planète-, la société marocaine nécessite une refondation du contrat sur lequel elle s’est établie il y a plus de douze siècles. En même temps qu’il annonçait, dans son discours du Trône du 29 juillet 2019, la mise en place de la CSMD, le roi Mohammed VI a longuement épilogué sur ce contrat, en mettant notamment l’accent sur la «responsabilité» et l’«essor». Il y a certainement pour tout le monde, dans ces deux principes, où trouver son compte...


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