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2021... La "mère des batailles" électorales

Les principes de concertation, de coordination et de solidarité posés par la Charte de la majorité n’ont connu jusqu’à présent qu’une application sujette à caution.

De quoi s’agit-il? De la course entre le PJD d’El Othmani et le RNI de Aziz Akhannouch pour se classer en tête en 2021, à l’occasion des élections de la Chambre des représentants. L’enjeu politique ne se réduit pas à cette seule institution constitutionnelle; il s’élargit en effet à d’autres scrutins au cours de cette même année puisque à cet horizon là les électeurs seront aussi invités à désigner les membres d’autres institutions électives, la Chambre des conseillers, les conseils des régions, ceux des provinces et préfectures ainsi que des communes. Il y a là un gros «bouchon» électoral qui tient au fait que celles-ci ont été élues pour six ans en 2015.

Les résultats des formations partisanes alors en lice vont formater jusqu’à 2026 et 2027 la carte électorale et politique. De quoi modeler de telle ou telle manière l’articulation du système partisan actuel, certaines d’entre elles dans la majorité et d’autres dans l’opposition. Mais une telle perspective, imposée par le calendrier, justifie-t-elle les empoignades récurrentes entre le PJD et le RNI? Dès les premiers mois de l’investiture du cabinet El Othmani, à la fin avril 2017, un climat de plus en plus concurrentiel, interpellatif puis critique s’est instauré, l’oeil de chacun de ces deux partis étant tourné, nez sur le guidon, sur le score à obtenir à l’été 2021.

Aziz Akhannouch, président du parti de la colombe a pour objectif de remporter les élections de 2021 et, en même temps, de faire pièce au statut actuel de la formation islamiste du PJD avec sa tête Saâ Eddine El Othmani, Chef du gouvernement et secrétaire général. Des ressorts et une feuille de route qui n’allaient pas manquer de peser sur le climat au sein de la majorité formée du PJD et de cinq autres composantes (RNI, MP, UC, USFP et PPS).

De fait, celle-ci s’est structurée autour de deux pôles principaux, celui du PJD d’un côté et celui du RNI et de ses trois alliés (MP, UC, USFP), le PPS de Mohamed-Nabil Benabdalah étant dans l’inconfort et ne bénéficiant plus du même statut d’allié privilégié comme sous le cabinet Benkirane. En ce début de 2019, comment se porte donc la majorité? Force est de faire ce constat: le diagnostic est passablement préoccupant. Les principes de concertation, de coordination et de solidarité posés par la Charte de la majorité signée le 19 février 2018 n’ont connu jusqu’à présent qu’une application sujette à caution. Les réunions ont été rares et quand elles ont eu lieu -telle celle du 4 octobre 2018 pour arrêter une position commune à propos de l’élection à la présidence de la Chambre des conseillers- le PJD a fait cavalier seul... Une autre réunion s’est tenue à la mi-octobre sur le projet de loi de finances 2019. Pour l’année en cours, les six chefs de partis se sont retrouvés le mercredi 5 mars pour faire le point sur leurs relations et s’employer à les améliorer. Peu d’avancées…

Ce qui polarise les divergences au sein de l’actuelle majorité, c’est aussi le décalage, et même l’altérité, marquant les référentiels du PJD et ceux du RNI et de ses alliés. Avec la question des langues étrangères dans la réforme du système éducatif, les approches se sont affrontées jusqu’à conduire encore au blocage du projet de loi-cadre de l’éducation par une commission parlementaire qui n’a pas encore réussi à dégager un accord autour d’un texte pourtant déjà validé en Conseil de gouvernement puis en Conseil des ministres, le 20 aout 2018.

Il faut dire, par ailleurs, que l’idée d’une révision de l’article 47 de la Constitution confiant la primature à un membre d’un parti arrivé premier aux élections législatives fait son chemin. Pourquoi? Parce qu’elle aligne toute la vie organique des partis sur ce classement en pole position; la vie politique ne tourne plus pratiquement qu’autour d’une conquête et d’une bataille de suffrages, nourrissant au passage la démagogie et le populisme.

Au fond, tel qu’il est rédigé, cet article ne stérilise-t-il pas d’une certaine manière le déploiement de la vie partisane et politique? Une question qui ne peut faire l’impasse, par ailleurs, sur la réforme du mode de scrutin pour pousser à une structuration et à un reclassement des partis sur la base de pôles clairement identifiés, avant les scrutins. Un dossier jugé peu prioritaire, ici et là, tant les conservatismes et la gestion des intérêts paraissent prévaloir l


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