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4 ans après le massacre de Charlie Hebdo, les caricaturistes évitent de rire sur l'Islam



Les dessinateurs de presse sont conscients plus que jamais qu’un coup de crayon dosé en humour anti-islam peut leur coûter la vie.

Quatre ans après la tuerie qui a décimé en janvier 2015 le journal satirique Charlie Hebdo, faisant 11 morts, la situation de la liberté d’expression reste encore très sensible et la méfiance semble bien plus grande qu’avant par rapport à l’humour et à la satire. L’impression qui règne au sein des journaux satiriques depuis cet horrible attentat, est qu’ils suivent une ligne éditoriale exigée par les islamistes. C’est-à-dire que les symboles de l’islam ne sont plus dessinés et que le flambeau de la liberté absolue n’est plus de mise.

Les dessinateurs de presse sont conscients plus que jamais qu’un coup de crayon dosé en humour anti-islam peut leur coûter la vie. L’offense à la religion quoique humoristiquement exprimée, est synonyme de troubles et d’insécurité et peut entraîner harcèlements judiciaires, agressions, voire assassinats: les pressions se multiplient à l’encontre d’une profession clairement menacée. Et même si le droit international couvre les caricaturistes, garantissant la diffusion d’informations susceptibles de choquer ou d’outrager, la caricature jugée insultante pour l’islam, fait souvent l’objet de censure politique.

Et c’est dans ce contexte que depuis l’attentat, plusieurs piliers de Charlie Hebdo sont partis: Certains, pour des raisons personnelles, ne veulent plus être pourchassés, menacés ou tués. D’autres ont contesté la ligne éditoriale et réclamé un nouveau statut pour le journal. Mais de nouveaux dessinateurs ont rejoint l’équipe sans pour cela oser une quelconque outrance à l’égard de l’islam, préférant user d’autres formes de critiques qui épargnent les symboles de l’islam en se concentrant plutôt sur certaines pratiques et rites musulmans qui intriguent le monde occidental en général.

Dire aussi que quatre ans après le massacre de Charlie visant à faire régner l’autocensure par la peur, le journal ne cesse d’essuyer des critiques comme si une bonne partie de l’élite française, tout en condamnant les coupables, met en cause la responsabilité des victimes. Cela n’est pas du goût de Reporters sans frontières et des associations de dessinateurs de presse, dont Cartooning for Peace, qui ont choisi le 4ème anniversaire de la tuerie de Charlie pour dresser le portrait de caricaturistes, qui par leurs dessins, ont été licenciés, arrêtés, emprisonnés ou menacés de mort. C’est le cas des plusieurs dessinateurs, notamment du monde arabe (algériens, égyptiens, syriens et autres..), qui publient des caricatures jugées insultantes pour les chefs d’Etat et entourages...

Ces caricaturistes sont interdits de dénoncer ces hommes qui, préoccupés par de violentes luttes de pouvoir, confisquent la volonté de leurs citoyens en faisant régner le doute et l’incertitude dans leur pays. Accusés d’atteinte aux sommités de l’Etat, ces caricaturistes sont souvent condamnés à des années de prison dans des procès absurdes et incompréhensibles qui suscitent colère et indignation au sein des organisations internationales des droits de l’homme.

Pour mémoriser ce 4ème anniversaire du massacre de Charlie Hebdo, l’association Cartooning for Peace, qui regroupe des dessinateurs de presse de plus de 40 pays, a organisé du 7 au 13 janvier 2019, une exposition de plus de 200 dessins présentés par 18 dessinateurs, 10 pays, 5 continents. Objectif: enrichir le dialogue sur la liberté d’expression et la reconnaissance du travail journalistique des dessinateurs de presse. L’association compte aujourd’hui 138 dessinateurs de 42 nationalités et organise des expositions et rencontres à travers le monde entier.

Son président, Plantu, caricaturiste au journal Le Monde, vient de publier un livre sur l’avenir du dessin de presse vu par le monde musulman, intitulé 10 bonnes raisons de ne pas se faire sauter (édition le Seuil), un ouvrage hors normes où l’auteur estime que la caricature n’a pas pour fonction de démontrer mais d’illustrer spontanément le présent. Elle tend moins à convaincre qu’à émouvoir, provoquer, révolter, faire rire ou sourire. Elle peut aussi servir à «créer des ponts» dans ce contexte tendu.

PAR AHMED ELMIDAOUI


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