50 ans après l'enlèvement et l'assassinat de Mehdi Ben Barka

BEN-BARKA

ÉNIGME. Un cinquantenaire qui a valeur d’histoire et de message à l’adresse du présent. Une leçon par le sang de la sacralité de la liberté d’opinion, qui fait vivre Ben Barka.

“Ce mort a la peau  dure”, disait de lui  l’un des nombreux  biographes et autres  auteurs qui se sont penchés sur l’affaire  qui porte son nom. Il y a 50  ans, le 29 octobre 1965, disparaissait  Mehdi Ben Barka, sans que son  assassinat n’ait été, jusqu’ici, totalement  élucidé. Beaucoup de ses compagnons  de route ne sont plus de  ce monde. Cela ne l’a pas empêché  d’être présent dans notre mémoire  collective.


Sa présence persistante  est chaque année ravivée par la commémoration  de son enlèvement  et par les investigations infinies de la longue procession d’avocats et de  juges qui se sont succédé sur ce dossier  politico-judiciaire aux dimensions nationales  et ramifications internationales.  Les relances répétitives charrient les  mêmes questions, les mêmes soupçons  plus ou moins étayés sur les mêmes personnes  et les mêmes pays; mais jamais,  du moins pas encore; de réponses définitives.


Si on est relativement fixé sur  le pourquoi, on l’est moins sur le qui  a fait quoi. Mehdi Ben Barka était en  effet un homme à facettes multiples.  Progressiste internationaliste, il était  un fervent défenseur du tiers-monde et,  plus particulièrement, de la Palestine.  De même que cet illustre membre du  Mouvement national voulait pour le  Maroc un régime politique fondé sur la  démocratie et la justice sociale.


Un espoir qu’il a nourri durant les  années 1950 et qui fut brisé par la déposition  sans ménagement, en mai 1960,  du gouvernement présidé par Abdellah  Ibrahim, suite à un harcèlement  incessant du prince héritier Moulay Al  Hassan. Cet exécutif à dominance UNFP (Union nationale des forces populaires)  devait installer une culture d’alternance  politique. Il faudra attendre  37 ans pour que cette perspective se  réalise avec Abderrahmane Youssoufi.  Entre temps, Ben Barka, l’un des artisans  du retour de Mohammed V, s’est  retrouvé en opposition frontale avec  Hassan II. Son projet de la Trilatérale,  à très forte connotation socialiste et  justicialiste, lui attire les foudres du  bloc occidental, Israël inclus, et de  ses services. L’action de Ben Barka  était tellement dérangeante que  la confluence d’intérêt sur les deux  espaces, national et international, lui  coûtera la vie. Un meurtre politique  sans cadavre et sans sépulture.


Facettes multiples
Le parcours rêveur et tragique de Ben  Barka invite à un double questionnement.  La commémoration de ce  cinquantenaire a-t-elle encore une  quelconque résonance sur l’évolution  politique du pays et l’état du  parti auquel il aurait pu appartenir?  Chacun des deux rassemblements  organisés par l’USFP, le jeudi 29  octobre 2015, et par Abderrahmane  Youssoufi, le vendredi 30 octobre;  devrait répondre à ces deux questions.  Quelle que soit la réponse, l’affaire  Ben Barka aura constitué l’un des  assassinats politiques les plus retentissants  du siècle dernier. L’homme  aura ainsi marqué en lettres de sang  le droit à la liberté d’opinion et à sa  libre expression. C’est finalement le  message que Mehdi Ben Barka continuera  à adresser du fond d’un nulle  part insaisissable; autrement dit pour  longtemps encore.


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