825.000 couples infertiles au Maroc

Un enfant à tout prix

L’infertilité touche 825.000 couples marocains. La solution consiste en l’insémination artificielle, une pratique désormais légale, mais onéreuse et faiblement couverte par l’assurance maladie.

Enfin, l’infertilité, ou la stérilité, est considérée comme une pathologie. La reconnaissance juridique, à travers la loi 14-47 sur la Procréation médicalement assistée (PMA), de l’infertilité comme telle permet aux couples infertiles de s’affranchir de ce tabou social qui pèse de tout son poids sur la vie de couple au Maroc, dans une société qui considère l’infertilité comme une malédiction et qui a longtemps, à tort, imputé toute la responsabilité à la femme. Elle leur permet également de recourir la fécondité in vitro, une technique qui permet de féconder un ovule avec un spermatozoïde en dehors de l’utérus. Destinés à combler le vide juridique dans lequel se trouvaient les praticiens et les 900.000 couples infertiles répertoriés au Maroc, les 48 articles de la loi 47-14 sont entrés en vigueur après leur publication au Bulletin officiel. Ce texte de loi reconnaît officiellement la pratique de l’assistance médicale à la procréation qui émane de la volonté d’un homme et une femme en vie, unis par le lien du mariage, sur la base d’une demande écrite, signée, légalisée et jointe à une copie du contrat de mariage.

Sur 5,5 millions de Marocains vivant maritalement, 15% (taux OMS) des couples en âge de procréer sont concernés, ce qui représente 825.000 personnes souffrant d’infertilité. Vécue comme un drame pour ces couples marocains, l’infertilité n’est finalement pas une fatalité.

Un vide juridique comblé
Après des mois de rapports sexuels, les couples qui se rendent à l’évidence que leur chance de procréer naturellement est minime, voire impossible, recourent à cette solution ultime et unique. La solution existe, mais à quel prix? Le coût de la PMA est trop élevé au Maroc par rapport au pouvoir d’achat des citoyens, d’autant plus que le taux de réussite global varie entre 25 et 30%.

La majorité des couples infertiles n’ont pas les moyens de remédier à leur infertilité par une insémination artificielle ou par le biais d’une fécondation in vitro normale ou avancée (FIV: 20.000 DH, FIV X: 30.000 DH et IA: 5.000 DH). Légion sont ceux qui finissent par abandonner après une seule tentative ou deux, sachant que rien ne garantit que la première tentative ou même la deuxième réussisse.

La loi 14-47, qui a tout de même exigé que le patient doit désormais s’adresser à un professionnel qui dispose d’un agrément des autorités sanitaires, n’apporte rien de vraiment nouveau concernant la prise en charge financière de cette intervention. La réglementation a reconnu l’infertilité comme étant une pathologie administrative mais pas comme étant une maladie, le but étant de l’inclure dans le panier des soins remboursables par l’assurance maladie. En effet, les organismes sociaux (CNOPS et CNSS) remboursent à peine 5.000 dirhams pour une seule et unique intervention.

Des frais dissuasifs
Les couples désargentées n’ont donc aucune chance. Une grossesse par PMA prend suite (dans la plupart des cas) à 2 ou 3 tentatives, ce qui requiert entre 40.000 à 60.000 dirhams de frais. Le remboursement limité des frais de fécondations in vitro et son coût élevé restent largement dissuasifs pour une majorité de couples. Dans les campagnes et les villages éloignés, de nombreux couples abandonnent même l’idée de tester une fécondité in vitro car le centre le plus proche est loin de leur village de plusieurs centaines de kilomètres, sans parler des va-et-vient qu’ils doivent effectuer pour avoir un rendez-vous.

Comparativement à des pays de la région ou des pays européens, la Tunisie, qui ne compte que 11 millions d’habitants, rembourse totalement une FIV et pratique 10.000 cycles/ an contre à peine 2.800 au Maroc qui a une population de 35 millions. En Tunisie donc, l’Etat prend en charge les frais de la PMA. En France, la Sécurité sociale rembourse intégralement les frais générés par quatre FIV et six actes d’insémination artificielle, multipliant de cette manière les chances de réussite. Seule une décision politique peut changer ce statut quo qui chamboule la vie de 15% des couples marocains.


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