Abdelaziz Aftati raconte sa mésaventure avec l'armée

Abdelaziz Aftati Abdelaziz Aftati

Maroc Hebdo: Pourriez-vous nous  retracer l’itinéraire complet de votre  visite controversée?
Abdelaziz Aftati:
Nous sommes partis  de Oujda jeudi 28 mai 2015 à 15h30.  J’ai pris ma voiture, une Ford Fusion, en  compagnie de Rachid Hilali, membre  du Conseil national du PJD, et Abdelhalim  Hamouti, membre de la jeunesse  et du secrétariat local du parti à Bni  Drar. Nous somme passés d’abord  par les plaines d’El Garbouz, une piste  non-goudronnée difficile à traverser en  véhicule.


Quelques minutes après, nous avons  atteint douar Chraga, où nous avions le  choix entre deux passages pour continuer,  l’un à gauche et l’autre à droite.  Le premier mène à la ville d’Ahfir avant  d’aboutir à une zone montagneuse où  l’activité humaine est top faible, en  passant par la commune rurale Bni  Khalid et la Zaouia de Bni Hmed. Ainsi,  nous avons opté pour l’autre voie, à  droite, qui longe la frontière non-tracée  entre le Maroc et l’Algérie, en passant  par les douars de Chraga, Brabcha,  Wlad Nasser ou encore Lkyayssa. Après  Chraga, nous nous sommes dirigés  vers douar Douba, où la population  est dispersée. De ce fait, il arrive souvent  qu’on perde ses repères et qu’on  se retrouve, soudainement, dans un  autre douar sans s’en rendre compte.  Après Douba, il n’y a plus de route goudronnée,  et il faut contourner un oued  pour revenir. Alors on est allés voir une  rocade tout près des frontières.


Et il n’y avait pas de signes montrant  que ces zones sont interdites  d’accès?
Abdelaziz Aftati:
Non, il n’y en avait  pas. D’ailleurs, la raison de ma visite  est d’avoir une idée sur la situation des  populations de cette région qui vivent  de l’économie “frontalière”, tout en me  faisant une idée précise sur les lieux où  seront lancés plusieurs projets d’infrastructures  d’envergure. Je parle de la  “Vision Oujda 2015-2020”, d’un coût de  5 milliards de dirhams. Ce programme  comprend la construction, entre autres,  d’un grand hôpital. Et pour s’y rendre, il  faudra absolument passer par la rocade  près des frontières, c’est-à-dire la zone  par où je suis passé. Alors comment  voulez-vous qu’un programme aussi  colossal, soit réalisé dans une zone interdite?  C’est absurde! Je suis allé pour voir  tout cela. On ne peut pas me priver de  ce droit. Si l’on veut interdire vraiment  l’accès à une zone, on y installe des  affiches pour indiquer qu’elle est interdite.  Et puis interdire cette zone relèverait  de la bêtise. Qu’est-ce qu’il y a à  interdire là-bas? Rien! D’autant plus que  l’interdiction doit absolument passer par  un texte de loi.


Qu’en est-il des contrôles auxquels  vous avez été soumis durant votre  tournée?
Abdelaziz Aftati:
Je tiens à préciser  que les allégations de certains médias,  prétendant que nous avons franchi 14  barrages militaires, sont totalement  fausses. On circulait librement d’El  Gerbouz jusqu’à Chraga. A partir de ce  point, on s’est arrêtés 6 ou 7 fois, mais la  présence de l’armée était minime, avec  un ou deux soldats seulement à chaque  arrêt. Ces éléments des Forces auxiliaires  ou des FAR nous arrêtaient quelques  instants pour vérifier nos identités. Ils ne nous ont jamais dit qu’il s’agissait d’une zone  interdite, ni qu’il fallait quitter les lieux. D’autant  plus que ces échanges étaient amicaux. Et ce  n’est qu’à Douba qu’un soldat nous a demandé  d’enregistrer nos cordonnées.


Que s’est-il passé alors?
Abdelaziz Aftati:
On est restés 15 à 20 minutes  avant l’arrivée d’un grand 4x4 de la gendarmerie  dans lequel se trouvaient trois gendarmes en  uniforme et un quatrième en tenue civile. On  a discuté avec eux puis ils nous ont dit qu’on  allait rencontrer deux autres responsables de  la gendarmerie royale. Ces derniers, dont un  adjudant, sont arrivés en voiture Renault 21. Les  sept aussi nous ont demandé nos identités puis  nous ont laissés continuer. Ce sont les derniers  représentants des forces de l’ordre que nous  avons rencontrés durant notre visite. Après, nous  sommes rentrés à Beni Drar quelques minutes  avant la prière du Asr. Ce n’est que le lendemain  matin que j’ai appris que j’étais au coeur d’une  affaire d’Etat. Certains ont monté des histoires  de toutes pièces jusqu’à m’accuser d’espionnage.  Moi, espion? C’est ridicule !


Est-ce que vous êtes entrés en contact avec les  populations des douars visités?
Abdelaziz Aftati:
Mis à part les éléments de  l’armée et de la gendarmerie royale, nous avons  préféré éviter toute sorte de contact direct avec  la population locale. La seule fois où on est  descendus de ma voiture était à la demande du  soldat, qui a noté nos cordonnées. D’ailleurs, j’ai  volontairement choisi l’heure de la visite, vers  16h, quand l’activité est faible, pour ne pas attirer  l’attention des contrebandiers.


Vous avez été suspendu par votre parti. Comment  voyez-vous votre avenir politique?
Abdelaziz Aftati:
Depuis l’annonce de ma suspension  par le Secrétariat général du parti, j’ai  reçu des centaines de messages et de visites  de soutien. Je suis parfaitement convaincu que  cette suspension est infondée, mais je préfère  me retenir. Depuis, j’ai rompu tout contact avec  les instances du parti et je ne compte pas leur  demander pardon ni quoi que ce soit. J’attends la  tenue de la commission d’arbitrage du parti pour  trancher, mais je suis certain que la vérité finira  par triompher.


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