Abdenbi Saligane: "la privatisation de la SCP a tourné à la catastrophe"

Quel a été l’impact de la fermeture de la SCP sur la ville de Sidi Kacem?
Nous savions que la privatisation d’une unité aussi importante et stratégique que La Samir et la SCP allait causer d’énormes dégâts. J’étais député à l’époque et j’avais alerté plusieurs fois au sein du parlement sur les dangers que la ville de Sidi Kacem et sa région encouraient. Aucune réaction de la part des pouvoirs publics pour sauver ce qui pouvait l’être encore. En toute sincérité, je peux vous dire que j’aurais aimé me tromper. J’aurais aimé que les habitants de Sidi Kacem me disent que j’avais tort en criant sur tous les toits qu’il fallait sauver la SCP. Malheureusement, l’histoire m’a donné raison. Ceci d’une part, d’autre part, permettez-moi d’apporter une précision à votre question. Il ne faut pas parler d’impact dans le passé, puisqu’il dure encore. L’impact est là et s’aggrave de jour en jour. Je suis président de la commune rurale de Zaggota, dans la périphérie de Sidi Kacem et , de ce fait, je sais de quoi je parle.

Justement, c’est quoi cet impact?
D’abord, à la SCP (Société chérifienne des pétroles), il y avait quelque 800 employés, autrement dit 800 familles vivant directement de la société. Quand on sait que la population de la ville était de 70.000 habitants, on voit bien que ceux qui ont un lien direct avec la SCP peuvent représenter plus du dixième de la population.

Mais les emplois indirects sont encore plus importants. Toute l’économie de la région de Sidi Kacem, Sidi Yahya, et j’en passe, repose sur la SCP. Tout cet écosystème a été tué, massacré. Résultat, Sidi Kacem vit dans une situation de déprime. Une ville sinistrée. Dois-je vous rappeler que lorsque les colonisateurs ont créé la SCP, c’était d’abord pour exploiter les quelques sites de ressources pétrolières découverts dans cette région? Et ensuite, pour offrir aux habitants d’autres opportunités d’emploi outre que celles qu’offre l’agriculture. A l’époque, la SCP fonctionnait à plein régime et son activité s’est développée au fur et à mesure que l’Etat injectait de l’argent. L’existence de ressources pétrolières et gazières suffisantes ont également favorisé son développement. Malheureusement, sa privatisation a tourné à la catastrophe. Mohamed Ali Al-Amoudi a mis la main sur la société et a vendu les terrains et les villas qu’elle possédait à Sidi Kacem, Sidi Yahya, Sidi Slimane, Kénitra… Il a ramassé un argent fou qu’il a placé ailleurs.

Il n’y a pas eu de plan de rechange…
Absolument. Aucune stratégie de redéploiement. Aucun plan de développement qui succède à la SCP. Imaginez, pendant des décennies, les jeunes quittent la campagne et s’installent à Sidi Kacem pour travailler dans la SCP et toute l’activité économique créée autour. Ils ont fait leur vie en ville et, du jour au lendemain, ils se retrouvent dans le chômage parce qu’on a décidé de fermer la raffinerie.

Plus, leurs enfants ne peuvent plus suivre leur cursus scolaire et eux aussi se retrouvent au chômage. La situation est affreuse et les Kacémis qui ont quitté la région il y a vingt ans ou plus ne la reconnaîtront pas aujourd’hui, tellement la ville est délaissée, morne, taciturne, aucune activité créatrice d’emploi….

Comment font alors les gens pour vivre?
Vivre, c’est vous qui le dites. Ils vivotent, ils sont là dans l’attente d’un miracle. Heureusement, ils ont gardé leur dignité. Ils ont toujours agi avec sagesse, autrement ils seraient dans la rue depuis des années. La situation à Sidi Kacem est plus dramatique que celle de Jerada. Le seul espoir que les habitants tentent d’entretenir sans trop y croire est que l’Etat vienne à leur secours.


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