Abdessamad Dialmy: Aux yeux de la loi, Hajar Raissouni est délinquante

L’affaire Hajar Raissouni a suscité une vive polémique au sein de la société civile marocaine. Croyez-vous que les accusations portées contre elle sont fondées?
Oui, je crois qu’elles sont fondées. Je pense que Hajar Raissouni a eu effectivement une relation sexuelle avec son fiancé, elle est tombée enceinte et puis elle a voulu se débarrasser du foetus. Il y a eu donc débauche et IVG. Deux délits qui sont clairement punis par la loi selon les articles 490 et 491 du Code pénal. Le premier article prévoit entre 1 mois et un an de prison pour la débauche et le deuxième article prévoit entre 6 mois et 3 ans de prison pour l’adultère. Mais, en même temps, je crois que l’Etat marocain cherche par cette affaire à décrédibiliser les milieux islamistes, particulièrement le PJD, le parti au pouvoir.

Pourquoi, d’après vous, l’Etat cherchet- il à les décrédibiliser?
Pour montrer leur double langage. Tout le monde sait que les milieux islamistes prêchent publiquement la morale et la pureté religieuse. Des valeurs qui ne sont généralement pas reflétées dans certains actes de leur vie privée. Je pense que Hajar Raissouni elle-même doit être contre les rapports sexuels pré-maritaux et l’IVG mais il se trouve qu’elle a été prise en flagrant délit. Il y a eu, dans le passé, plusieurs cas d’islamistes condamnés pour des affaires de débauche.

Pensez-vous donc que Hajar Raissouni sera bel et bien condamnée par la justice?
Oui, je pense qu’elle sera condamnée. Autrement, si l’Etat n’applique pas la loi, le PJD, qui ne reconnaît pas les accusations portées contre elle, en sortira vainqueur. Mais les associations féministes et les défenseurs des droits de l’Homme appellent à sa libération en invoquant sa liberté de disposer de son corps.

Pensez-vous qu’ils auront une influence sur la justice?
Au nom de quelle loi nationale ou internationale ces associations appellent-elles à sa libération? Pour le moment, il n’existe aucune convention internationale signée par le Maroc qui favorise les libertés sexuelles et reproductives. Certaines agences de l’ONU comme l’OMS appellent à ce que les libertés sexuelles soient reconnues comme des droits. Mais l’ONU ne les pas encore votées ni ratifiées. Donc, je me demande au nom de quoi ces associations appellent à la libération de Hajar Raissouni.

Pensez-vous que Hajar Raissouni a été forcée à subir l’expertise médicale?
Comme elle a été arrêtée presque en flagrant délit en bas de l’immeuble où se trouve la clinique, les autorités étaient dans l’obligation de la soumettre à une expertise médicale pour prouver l’IVG. Pour le ministère public, il s’agit de disposer de preuves irréfutables qui ne souffrent aucun doute. Aux yeux de la loi, Hajar Raissouni est délinquante. Et la loi marocaine est souveraine. C’est une affaire, à mon avis, qui se tient et dont les ficelles sont jusqu’à présent maîtrisées par les autorités.

Croyez-vous à un changement de la loi sur l’avortement au Maroc?
Je pense que c’est une nécessité. Les libertés sexuelles et reproductives doivent être érigées comme des droits. Mais, tant que ces libertés sont interdites, on perçoit une déchirure sociale dans notre pays. Mais le changement, je le reconnais, est une question de temps. Les partis politiques doivent s’impliquer dans ce débat.


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