Affaire Khashoggi : L'Arabie saoudite plaide coupable



Jamal Khashoggi a bel et bien été tué. Le journaliste saoudien, qui avait disparu depuis qu’il était entré le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul, est décédé le jour même, selon ce qu’ont confirmé les autorités de Riyad dans une dépêche publiée dans la soirée du vendredi 19 octobre par l’agence saoudienne SPA. Il faut dire que l’Arabie saoudite n’avait d’autre choix que de confirmer le meurtre, tant les preuves, distillées au fur et à mesure que l’enquête avançait par Ankara à la presse internationale, l’accablaient. D’ailleurs, dès le 15 octobre, la chaîne américaine CNN avait révélé que le royaume de Salmane et surtout de son prince héritier de fils Mohammed allaient passer aux aveux.

Ce dernier, qui avait indiqué le 4 octobre dans un entretien accordé à l’agence Bloomberg ne rien connaître du sort de M. Khashoggi, avait été pressé par la communauté internationale pour lever le voile sur les tenants et les aboutissants de l’affaire. Même l’allié étasunien, en la personne du président Donald Trump, avait brandi la menace de sanctions -le locataire de la Maison-Blanche avait promis, le 13 octobre, “un châtiment sévère”. Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’était rendu le 16 octobre à Riyad pour rencontrer Mohammed ben Salmane ou “MBS” comme le surnomment les médias internationaux, avant de s’envoler le lendemain à Ankara pour s’entretenir avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui était accompagné par son chef des renseignements, Hakan Fidan.

Pour leur part, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni avaient annoncé le 18 octobre l’annulation de leur participation à la deuxième édition du sommet “Future Investment Initiative”, prévu du 23 au 25 octobre à Riyad et surnommé le “Davos du désert” en référence au forum de Davos tenu chaque année dans la ville suisse éponyme et qui réunit l’élite politique et économique mondiale. Beaucoup d’entreprises et d’institutions financières avaient également fait de même.

L’avenir de Ben Salmane, que d’aucuns disaient sur la sellette depuis le déclenchement de l’affaire, n’en serait pas pour autant obscurci, puisque c’est les services de renseignement qui devraient trinquer. Dans ce sens, dix-huit responsables ont été mises aux arrêts en même temps que Riyad avouait le meurtre, et Salmane a confié à son fils le soin de restructurer l’ensemble de l’institution sécuritaire. Ces responsables sont accusés d’avoir péché par excès de zèle et d’avoir surinterprété des ordres dont ben Salmane n’aurait rien su avant leur exécution. Ils se seraient pris le bec avec M. Khashoggi, qui leur aurait résisté et, pendant l’affrontement, l’aurait par inadvertance tué. Dans une déclaration à la presse, M. Trump a qualifié le récit saoudien de “crédible”. Les réactions à la confirmation de la mort de M. Khashoggi n’ont pas manqué. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est notamment dit “profondément troublé”.

A noter qu’un des quinze membres du commando qu’Ankara avait accusé d’être venu en terre turque pour perpétrer le meurtre avait trouvé la mort le 18 octobre dans un accident qualifié de “suspect” par plusieurs médias de la région. L’affaire Khashoggi, dont on connaît aujourd’hui le tragique dénouement, devrait cependant continuer encore d’enflammer les débats pendant les semaines à venir.

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