Ahmed Marcouch, député d’origine marocaine du parti travailliste hollandais

“Le gouvernement hollandais a compris qu’il a beaucoup à gagner avec le Maroc”Marcouch


INTERVIEW. C’est  la fin d’une crise  diplomatique entre le  Maroc et les Pays. Une  crise née de la décision  du gouvernement  hollandais de mettre fin  à la convention sociale  bilatérale. Décision  avortée suite au gel du  projet de loi y afférent du  Parlement.

Maroc Hebdo: Le gouvernement  hollandais a demandé, le 8 mai  2015, au Parlement de geler le  projet de loi visant à annuler la  convention sociale Maroc-Pays-  Bas datant de 1972. Qu’est-ce qui  a motivé cette décision?
Ahmed Marcouch:
Le Parti libéral  néerlandais (VVD), du Premier  ministre, avec lequel notre parti travailliste  (PVDA) partage le pouvoir  au sein du gouvernement était derrière  l’initiative de réduire les allocations  familiales et de pension des  enfants et veuves des travailleurs  hollandais d’origine marocaine,  ainsi que celle relative au projet  de loi visant à annuler de façon  unilatérale la convention sociale.  Notre parti a toujours été contre ces  décisions et nous l’avons fait savoir.  Il paraît que le parti libéral a compris  qu’il va perdre plus qu’il ne va  gagner de l’annulation de l’accord  bilatéral de sécurité sociale.
Le Maroc est un allié stratégique  de taille pour les Pays-Bas et toute  l’Europe. La Hollande a besoin de  l’expertise du Royaume dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité.  La coopération avec le  Maroc permet aux Pays-Bas d’arrêter  des criminels dangereux qui se  réfugient au Maroc. Le Maroc est  aussi un modèle à suivre dans la  lutte contre l’islam radical. C’est  un exemple pour les jeunes musulmans  néerlandais et un modèle  exemplaire pour notre société. L’initiative  du Roi de l’islam modéré est  le plus proche de celui qui évolue  dans la société hollandaise. L’expérience  du Maroc dans le démantèlement  des réseaux jihadistes est un  atout majeur. Sans omettre que sur  le plan économique, la coopération  est extrêmement importante et  capitale pour les Pays-Bas.  Il ne faut pas oublier que la diplomatie  des deux pays a joué un rôle  important pour le dépassement  cette crise.


Malgré tous ces atouts, le Parti  libéral a longtemps persisté dans  sa position…
Ahmed Marcouch :
Il faut savoir  placer la décision du parti VVD dans  son contexte politique. La position  du Parti libéral est justifiée par le  souci de gagner la sympathie des  électeurs, notamment ceux qui  sont pour la limitation de l’immigration,  aux élections municipales  et régionales ainsi que les élections  du Parlement européen. Il adopte  pour cela la position des partis de  l’extrême droite et celle des partis  chrétiens par rapport à la question  des immigrés.
Même si nous partageons le pouvoir  dans le cadre d’une coalition  gouvernementale, il faut savoir  que chaque parti peut se prononcer  librement sur une question sur  laquelle nous ne partageons pas  le même avis. Et il se peut, comme c’était le cas dans cette affaire, que le  parti de la majorité s’allie à des partis  de l’opposition, tant que la cause est  commune.


La crise économique n’a-t-elle pas  encouragé la décision de mettre fin à  la convention sociale?
Ahmed Marcouch:
Il est vrai que,  depuis quelques années, du fait de  la crise économique, les Pays-Bas ont  tendance à réduire leurs dépenses et à  suivre un peu une politique d’austérité.  Une politique que notre parti partage  dans l’intérêt du pays. Il fallait négocier  une modification de la convention qui  arrange les intérêts des deux pays,  plutôt que de décider d’y mettre terme.  Car on omet souvent de dire que cette  convention permet à la Hollande de  contrôler si les bénéficiaires ont des biens privés ou des revenus autres.  Elle garantit la justice sociale et assure  aux ayant-droits des aides et pensions  qui récompensent des années de travail  des Marocains qui ont contribué à  construire l’économie hollandaise.


Lodewijk Asscher, ministre des Affaires  sociales et de l’Emploi et membre de  votre parti, a soutenu la proposition  de supprimer les allocations familiales.  N’est-ce pas là une contradiction  avec les principes du parti PVDA?
Ahmed Marcouch:
Quand le ministre  Asscher présente un projet de loi ou  fait une déclaration, il parle au nom  du gouvernement. D’autant plus que  notre parti est arrivé au pouvoir après la modification de la loi concernant  les critères d’attribution des prestations  sociales par le remplacement  du “lieu de travail” par le “lieu de  résidence” comme critère de calcul  du montant des allocations.


Quel avenir pour la convention de  sécurité sociale Maroc-Pays-Bas?
Ahmed Marcouch:
Il faut déjà  considérer le retrait du projet de loi  du Parlement comme un pas très  positif vers la reprise des négociations.  Les pourparlers doivent aboutir  à une entente dans les quelques  semaines à venir.  Il y aura certainement un terrain  d’entente. Je pense qu’une  modification de certaines clauses,  notamment l’application du principe  du coût de la vie dans le pays de résidence, est l’issue probable,  contexte économique oblige. Si  jamais il y a une modification de la  convention, elle ne va concerner  que les nouveaux dossiers, pas les  anciens.
En tant que parlementaires hollandais  d’origine marocaine, notre  avis est important et pris en compte  puisque nous sommes au fait de  la réalité marocaine et du coût de  la vie au Maroc. A titre d’exemple,  le pouvoir d’achat à Casablanca  n’est pas le même que dans le Rif.  La majorité des Marocains établis  aux Pays-Bas sont originaires du  Rif: de Hoceima, Nador, Tétouan et  Tanger.


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