Alger fait le dos rond


MAIN TENDUE À L’ALGÉRIE


L’initiative royale pour un dialogue direct et franc avec l’Algérie recueille les suffrages à l’international, en attendant que la voisine de l’Est accepte d’entendre raison.

Le régime algérien semble au pied du mur. Il ne s’attendait sans doute pas à la proposition du roi Mohammed VI, formulée dans le discours de la Marche verte du 6 novembre 2018, de créer un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation. Le Souverain avait, pour rappel, fait part de la disposition du Maroc au dialogue direct et franc avec l’Algérie et son ouverture à d’éventuelles propositions et initiatives de la part de la voisine de l’Est pour désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays.

Isolement international
«Nous devons faire preuve de réalisme et convenir que les relations entre nos deux pays échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable,» avait-il regretté. Or si, depuis lors, les réactions ont fusé à l’international -le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a notamment déclaré le lendemain du discours, mercredi 7 novembre, qu’il «a toujours été favorable à un dialogue renforcé entre le Maroc et l’Algérie»-, Alger garde pour l’instant un silence incompréhensible.

Tout au plus a-t-elle mobilisé sa presse pour minimiser l’ouverture amorcée par le roi Mohammed VI. Une «source autorisée », citée par le journal électronique Tout sur l’Algérie, a notamment qualifié la proposition royale de «non-événement». «Cette offre douteuse dans sa forme et suspecte de par son contenu (...) ne mérite pas de réponse formelle,» a déclaré cette source, sans depuis lors que cette phrase soit démentie par les autorités algériennes, ce qui la rend vraisemblable. Il ne faut pour autant pas y voir un signe de force, puisque la capitale algérienne se trouve de plus en plus isolée sur la scène internationale, où seuls des régimes datant de la guerre froide à l’instar de Cuba continuent encore d’appuyer la thèse algérienne d’une séparation du Sahara marocain.

Au niveau de l’ONU notamment, les responsables accordent de plus en plus de crédit au Maroc et notamment à son initiative du 11 avril 2007 pour la négociation d’un statut d’autonomie dans les régions concernées, qualifiée notamment par le Conseil de sécurité lui-même de «sérieuse » et de «crédible». Ils ont même fait un important pas en faveur du Royaume le 31 octobre 2018, en reconnaissant enfin l’Algérie comme partie prenante du conflit autour du Sahara marocain, alors que la voisine de l’Est se bornait depuis plus de 43 ans à nier toute implication de sa part.

“Douloureuse” situation
C’est à ce titre que celle-ci sera d’ailleurs présente à la table ronde des 5 et 6 décembre 2018 dans la ville de Genève, en Suisse, avec le Maroc, le mouvement séparatiste du Front Polisario et également la Mauritanie. Elle ne pouvait pas faire défaut à l’invitation que lui avait adressée le 28 septembre l’envoyé personnel de M. Guterres au Sahara marocain, en l’occurrence l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et ancien président allemand Horst Köhler, au risque que sa mauvaise foi apparaisse au grand jour de la communauté internationale et que cela lui vaille d’être mise au ban.

Selon le secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), Taïeb Baccouche, la mise en place d’un mécanisme conjoint entre le Maroc et l’Algérie serait de nature à constituer «une étape importante dans la marche de l’Union, ainsi que pour réaliser les aspirations de ses peuples.» «Les frères algériens vont répondre favorablement à cette initiative,» espère-t-il. Même son de cloche de la part du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abbassi. Ce dernier, dans des déclarations aux médias en marge du sommet bancaire maghrébin ouvert le 7 novembre dans la ville de Gammarth, dans la banlieue tunisoise, a salué l’initiative du roi Mohammed VI tout en qualifiant de «douloureuse» l’actuelle situation du Maghreb, qui selon lui dispose d’énormes potentialités économiques et naturelles mais où le commerce interrégional représente seulement environ 3% du total du commerce extérieur des pays de la région, ce qui provoquerait des pertes annuelles de 1% du produit intérieur brut (PIB) pour chacun de ces pays.

Règlement des différends
Au niveau arabe, la Ligue des États arabes a mis l’accent sur le rôle important selon elle du Maroc et de l’Algérie dans l’action arabe commune, ce qui nécessiterait d’accueillir favorablement toute initiative visant à rapprocher les points de vue des deux parties. Cette position semble refléter celle de beaucoup de pays arabes. Le Qatar a notamment salué «le début d’un dialogue constructif et fructueux». Qualifiant l’initiative royale de «sage», le Bahreïn a, lui, considéré que celle-ci reflète l’engagement du Roi en faveur du dialogue et des relations fraternelles entre le Maroc et l’Algérie, «et ce dans le but de renforcer et d’élargir davantage la coopération au profit des deux peuples frères», et qu’un éventuel cadre de concertation permettrait «de dépasser les obstacles qui entravent le développement des relations entre les deux pays et l’investissement de leurs capacités au service des intérêts des États du Maghreb arabe et de l’action arabe commune.» Oman s’est, pour sa part, félicité de l’appel du roi Mohammed VI au dialogue avec l’Algérie et au règlement des différends entre les deux pays pour renforcer la sécurité et la stabilité au sein de l’UMA. Le Koweït a également tenu une position similaire.

Ailleurs, l’Union européenne (UE), qui a expliqué avoir «suivi avec intérêt» le discours de la Marche verte, a indiqué que «toute initiative constructive susceptible de contribuer à la bonne coopération dans la région du Maghreb est la bienvenue». Le ministre des Affaires étrangères espagnol, Josep Borrell, est même allé jusqu’à qualifier l’initiative royale de «grande nouvelle ». Il considère que celle-ci peut «renforcer la relation et l’intégration régionale entre deux pays aussi importants qui sont voisins, amis et partenaires stratégiques de l’Espagne». Les Pays-Bas ont, pour leur part, estimé que «le renforcement des liens entre le Maroc et l’Algérie est dans l’intérêt de l’Europe». Reste maintenant à l’Algérie d’entendre raison

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