Algérie : Ahmed Gaid Salah, le général-président

La grande purge continue en Algérie. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que des arrestations soient décidées par la justice. L’orientation dans ce sens ainsi que le rythme des poursuites judiciaires assorties de mandats d’écrou ont été données par le général Ahmed Gaid Salah patron de l’armée. C’est lui qui désormais fait la météo. Arbitre-chef ? Plus que cela, un président de fait. Voilà qui n’augure rien de bon quant à la suite des évènements. La satisfaction de la revendication générale du peuple en colère quant au changement du « système » paraît dans ces conditions bien aléatoire.   

Comment procède ce général tout puissant ? Il décide, il entend « cheffer », pourrait-t-on dire. Exit Bouteflika, le 2 avril, alors qu’il était candidat à un cinquième mandat. Exit aussi Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel, remplacé par Kamed Feniche. Il fait appliquer les dispositions de l’article 102 de la Constitution sur l’état de vacance liée à la démission forcée de Bouteflika et sur l’intérim présidentiel durant 90 jours assuré par le Président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah.

Plus encore, il multiplie les causeries pour bien cadrer la feuille de route à respecter par tous. Et il définit en particulier la politique pénale à mettre en œuvre dans les conditions de célérité s’apparentant à une justice expéditive, à ses ordres. Cinq  milliardaires algériens, proches de Bouteflika sont ainsi arrêtés le dimanche 21 avril. Il s’agit d’Issad Rebrab – la première fortune d’Algérie – et de quatre des frères Kouninef, une puissante famille d’hommes d’affaires à la tête d’un empire (agroalimentaire, génie civil pétrolier). Tous sont poursuivis pour corruption, de transferts illicites de capitaux et autres chefs d’inculpation. La machine répressive ayant été enclenchée une vingtaine de jours auparavant par l’arrestation à la frontière tunisienne de l’ex-patron des patrons algériens, Ali Haddad, pour des devises non déclarées et la possession de deux passeports. Une liste d’une centaine de personnalités avait été établie dans le même temps avec une interdiction de quitter l’Algérie – la majorité d’entre elles étaient liées à l’entourage de Bouteflika. Par ailleurs, le parquet poursuit l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia et l’actuel ministre des Finances Mohamed Loukal, pour des octrois de crédits bancaires faramineux accordés aux frères Kouninef et à d’autres opérateurs. Enfin, deux anciens responsables militaires se voient délivrés des mandats de dépôt par la cour d’appel de Blida, à savoir les généraux Bey Saïd, ancien commandant de la 2ème région militaire, et Habib Chentouf, ancien commandant de la 1ere région militaire. Il leur est reproché la dissipation et le recel d’armes et de munitions de guerre. A ce tableau, il faut ajouter le limogeage, mercredi 24 avril, du Président de la Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kadour.

Tout cela parait donner des gages à la contestation  populaire avec le sacrifice de têtes d’affiche. Mais qu’en est-il du cœur du réacteur du système dont le général est une pièce centrale ? Il a ainsi fustigé les responsables qui refusent de participer au dialogue national lancé par Abdelkader Bensalah, président par intérim. Cette rencontre tenue lundi 22 avril a tourné court, avec seulement une trentaine d’invités ; peu représentatifs des multiples composantes du champ partisan et politique. Il a aussi critiqué la poursuite des manifestations qui ont des « conséquences néfastes sur l’économie ». Il a aussi dénoncé ceux qui refusent et s’opposent aux visites des ministres sur le terrain. Enfin, il a mis en cause « un complot abject ourdi depuis 2015 » visant à déstabiliser et à mettre en péril la sécurité du pays en le menant vers l’impasse.

Un processus est en marche aujourd’hui sur un fond de crise et de lourdes incertitudes. Le dialogue proposé par le général se fera avec qui ? Et sur quoi ? Le maintien actuel et répété de l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain. Quels seront les candidats ? Qui l’emportera ? Quelle sera la participation électorale ? L’opposition boycotte. Trois partis de l’ex-alliance présidentielle (RND, MPA et TAJ) demandent le report de ce scrutin. Quant au FLN, miné par une profonde crise interne, il n’arrive même pas à élire son secrétaire général. Quelle est l’issue présentant les meilleures conditions de mise en route d’un processus de transition gérable et acceptable pour tous les acteurs ?        


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