NOTRE AMI ALI BONGO

Abdellatif Mansour

Tout comme le Maroc, la France ne pourrait dans aucun cas de figure laisser le Gabon à la dérive.

Une tentative de coup d’Etat, sous la conduite d’une poignée de militaires, c’est plutôt banal en Afrique. Mais pas au Gabon, pays africain jusqu’à nouvel ordre géographique. C’est la première fois que ce petit pays connaît ce genre de tourmente, depuis son indépendance en 1960. Dans la nuit du 6 au 7 janvier 2019, les habitants du boulevard Triomphe qui mène aux sièges de la radio et de la télévision, dans la capitale Libreville, sont réveillés par des coups de feu. Un groupe de militaires, pas plus d’une dizaine, vient de faire irruption dans les studios des deux moyens de communication. L’accès à internet est devenu impossible.

Le lieutenant Ondo Obiang Kelly, commandant adjoint de la Garde républicaine, s’adresse au peuple pour annoncer la prise du pouvoir par l’armée. Apparemment, il serait très peu suivi. Le mouvement insurrectionnel que le jeune lieutenant voulait lancer a tourné court. Deux de ses compagnons d’infortune sont tués; les autres désarmés et arrêtés.

Pourquoi ce projet de renversement du pouvoir en place dans un pays jusqu’ici stable et paisible, deux denrées politiques qui ont toujours été rares en Afrique? La cause directe semble d’emblée liée à l’état de santé du président Ali Bongo, effectivement malade et soigné au Maroc. Il n’a pas mis les pieds dans son pays depuis deux mois et demi. Une situation d’exception qui semble avoir aiguisé quelques appétits à l’affût.

L’autre raison, beaucoup moins conjoncturelle, celle-là, est en rapport avec les moyens naturels dont dispose ce pays. Certes, le Gabon est un petit pays par sa superficie, un peu plus de 270 mille km2 pour pas plus de 1.811.079 habitants. Ce petit pays est riche par les minerais et les sources énergétiques qu’il possède; pétrole, gaz, uranium, en plus du bois prélevé sur les forêts denses qui couvrent le pays. Il est donc quasi normal que le Gabon soit envié et convoité. Du coup, il n’est également pas étonnant que la nouvelle d’une tentative de coup d’État ait provoqué une rapide et vive réaction un peu partout dans le monde. De Washington à Paris, en passant par Addis Abeba, où siège l’Union africaine. Comme pour dire que dans les relations internationales, plus qu’ailleurs, on ne prête qu’aux riches.

C’est connu, le Gabon est l’un des principaux alliés africains du Maroc. Et ce, depuis Omar Bongo, père décédé de l’actuel président après un long règne de 41 ans. Entre Omar Bongo et le Roi Hassan II, les liens d’amitié étaient indéfectibles. Des liens perpétués et consolidés par leurs successeurs S.M. Mohammed VI et le président Ali Bongo. Et qui donnent lieu à une coopération intense dans tous les domaines entre Rabat et Liberville. Démonstration a été faite de la solidité de cette alliance, tout au long des péripéties qu’a connues la question du Sahara marocain; ainsi que le contexte du retour du Maroc aux instances de l’UA. Un hasard, comme il n’en existe pas beaucoup dans ce domaine, le fait que le président gabonais soit en convalescence au Maroc à ce moment précis.

La machine à spéculation a fonctionné à fond. Les réseaux sociaux d’ici et d’ailleurs ne se sont pas privés. Rien qu’à voir sa position sur une carte, le Gabon n’est pas vraiment à envier. Sa stabilité n’a pas cessé de dépendre de la bonne volonté de ses voisins et de la disponibilité de ses alliés. Par ses ressources propres et sa position géostratégique, le Gabon est un pays qui intéresse les grandes puissances.

Tout comme le Maroc, la France ne pourrait dans aucun cas de figure laisser le Gabon à la dérive. En plus des échanges aux intérêts mutuels bien compris, le Gabon représente un porte parole de choix de la francophonie. Les secteurs d’intervention se croisent et se complètent. La présence militaire aussi.

Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case