Les amours voilées ou les jardins secrets du PJD



Plusieurs dirigeants islamistes ont, ces dernières années, défrayé la chronique par des moeurs peu conformes avec le projet de société qu’ils prônent. Dernier cas en date, le buzz suscité par les frasques parisiennes de la fringante et éloquante députée Amina Mae El Aïnine.

La nébuleuse islamiste au Maroc a été éclaboussée, au cours des dernières années, par plusieurs affaires de moeurs qui ont grandement contribué à écorner son image auprès de leurs électeurs. Avant en effet les photos polémiques de la députée PJD (Parti de la justice et du développement) Amina Mae El Aïnine sans voile à Paris, elle qui est habituée à mettre le foulard islamique lors de ses apparitions officielles, d’autres personnalités du même bord se sont également révélées mener une vie privée aux antipodes du message qu’elles tiennent généralement urbi et orbi.

Pour rester au PJD, on peut notamment citer l’idylle amoureuse d’El Habib Choubani, actuel président du conseil régional de Drâa-Tafilalet et député d’Errachidia, et de Soumia Benkhaldoun, à l’époque où les concernés occupaient respectivement les postes de ministre chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile et de ministre déléguée à l’Enseignement supérieur dans le gouvernement de Abdelilah Benkirane.

Aux antipodes de l’islamisme
Les deux dirigeants ont, aujourd’hui, convolé en justes noces après que la deuxième citée a divorcé de son mari en mars 2015 , non sans défrayer la chronique, puisque leur histoire a vraisemblablement été à l’origine de leur limogeage par le roi Mohammed VI en mai 2015, quelques semaines après que le secrétaire général d’alors du Parti de l’Istiqlal (PI), Hamid Chabat, ait révélé que M. Benkirane les avait pris à partie suite à un conseil de gouvernement pour leur demander de se faire plus discrets, le risque étant que le PJD ait mauvaise presse alors que s’annonçaient en septembre de la même année les élections communales et régionales (où le parti de la lampe, deuxième derrière le Parti authenticité et modernité (PAM), avait finalement plutôt fait bonne figure).

Des tourtereaux controversés
Ce ne sera pas, toutefois, la seule fois où des membres du PJD verront leur vie amoureuse étalée dans la presse, puisque l’année suivante, les députés Abdellah Bouanou, à l’époque président du groupe parlementaire et également maire de Meknès, et sa collègue à la chambre des représentants, Aatimad Zahidi, se retrouveront au coeur du scandale suite à une série d’articles dans le quotidien Al Ahdath Al Maghribia donnant dans le menu détail le récit d’ébats présumés jusque dans les locaux de la première chambre -le président de cette dernière, à l’époque Rachid Talbi Alami, les convoquera dans son bureau suite à ces informations, pour demander des explications.



Récemment, c’est le ministre PJD du Travail, Mohamed Yatim, qui s’est retrouvé dans les pages roses des médias suite à ses fiançailles avec sa kinésithérapeute, qu’il avait connue pendant que cette dernière se rendait à son domicile au début de l’année 2018 pour soigner une blessure qu’il s’était faite au pied.

En octobre, les deux tourtereaux ont été aperçus à Paris, main dans la main, non sans soulever la controverse, mais davantage parce que le responsable en question avait recommandé quelques mois plus tôt aux Marocains qui n’en avaient pas les moyens de voyager à l’intérieur d’euxmêmes plutôt qu’à chercher impérativement à se rendre ailleurs pour leurs vacances, tandis que lui-même se retrouvait donc en France -ironique.

Le PJD n’a toutefois pas l’apanage des histoires roses puisque deux dirigeants du Mouvement unicité et réforme (MUR) -certes connecté au parti, au point d’être considéré comme son antichambre-, en l’occurrence Omar Benhammad et Fatima Nejjar, avaient été surpris dans une voiture à la plage d’El Mansouria, non loin de Mohammedia, par les éléments de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) en plein rapports sexuels, ce qui avait fait grandement polémique alors que la campagne pour les élections législatives du 7 octobre 2016 battait son plein; d’aucuns avaient crié à un complot, certains allant même à remettre sur la table le fameux «tahakkom», c’est-à-dire la mainmise de l’Administration sur le jeu politique. Finalement, les intéressés se marieront quelques semaines plus tard.

Le discours et les actes
D’aucuns insistent dans les médias sur la nécessité de respecter la vie privée des concernés, étant donné qu’il s’agit, in fine, d’affaires strictement personnelles. Des ennemis déclarés du PJD ont, ainsi, pris la défense de Mme Mae El Aïnine, et même dénoncé une campagne calomnieuse à son encontre; tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur la contradiction entre le discours public de ces personnalités islamistes et leurs actes concrets dans leur vie. Parmi les tenants de cette dernière position, le poète et ancien dirigeant du PAM Salah Elouadie a publié un long texte sur Facebook où il a estimé qu’il était immoral qu’une organisation politico-religieuse, en faisant allusion au PJD, se dise d’un côté vertueuse selon certains critères tout en contrevenant à ces critères dès lors qu’on se trouve loin des yeux (lire la traduction cicontre).

Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case