Ange ou démon?


Profil de Mohammed ben Salman, l’impétueux prince héritier saoudien


Pour les uns, Mohammed ben Salman menace le fragile équilibre dans le Golfe. D’autres, au contraire, louent son volontarisme et son audace.

Officiellement, c’est Salman ben Abdelaziz qui, depuis janvier 2015, règne sur l’Arabie saoudite. C’est cependant un secret de polichinelle que le vrai gouvernant du pays est son jeune fils de 32 ans, Mohammed ben Salman. Ce dernier n’hésite même plus à s’afficher en tant que tel, comme l’illustre la tournée qui l’a mené depuis le 4 mars 2018 en Égypte, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Successivement ministre de la Défense à l’accession au trône de son père -il est à sa nomination, à 29 ans, le plus jeune titulaire du poste au monde- puis vice-prince héritier et prince héritier après avoir écarté de son chemin son oncle Moukrine -en avril 2015- et son cousin Mohammed ben Nayef -en juin 2017-, il est derrière la mue opérée, ces dernières années, par le pourtant très figé royaume saoudien, et ce aussi bien aux plans interne qu’externe.

Préparer l’après-pétrole
À l’intérieur, il s’est surtout illustré par la «Vision 2030», adoptée en avril 2016 sous la férule du Conseil des affaires économiques et du développement -dont il est également le président, depuis avril 2015-, et qui vise à préparer l’Arabie saoudite à l’après-pétrole. Et pour ce faire, il veut y mettre les moyens: il avait annoncé, en janvier 2016, vouloir vendre des parts de Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne, pour ce qui serait la plus importante entrée en bourse jamais faite (plus de 2.000 milliards de dollars, dans le cadre de l’opération). La volonté de financer sa vision expliquerait, par ailleurs, l’arrestation en novembre 2017 de plusieurs princes et hommes d’affaires, dans le but de les faire passer à la caisse.

La Vision 2030 est, en outre, doublée de réformes sociétales d’ampleur, qui consistent à combattre le wahhabisme que les autorités saoudiennes ont pourtant grandement contribué à diffuser dans le monde musulman, en octroyant notamment davantage de droits à la femme -les Saoudiennes pourront enfin conduire à partir de juin 2018- et en s’ouvrant à la musique, avec plusieurs concerts de stars internationales depuis février 2018, après près d’un quart de siècle d’interdiction.

Au plan des affaires étrangères, MBS, comme le surnomme la presse internationale, a initié l’opération «Tempête décisive» au Yémen début 2015, visant à combattre la rébellion houthie soutenue par l’Iran et à restaurer le président légitime Abdrabbo Mansour Hadi, et a poussé en juin 2017 vers la coupure avec le Qatar, accusé par le jeune prince héritier de nourrir des ambitions démesurées au détriment de ses voisins du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite.

D’aucuns estiment, à cet égard, que ben Salman menace le fragile équilibre ayant plus ou moins permis, depuis plusieurs décennies, de stabiliser la région, et de mener celle-ci à la dérive. D’autres louent par contre son volontarisme et son impétuosité. Le Maroc devra quoi qu’il en soit apprendre à faire avec un dirigeant qui ne ressemble à aucun autre de ses prédécesseurs, quitte à devoir bousculer certains us et codes.

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