Un avenir sombre pour une enfance malheureuse

L'UNICEF alerte sur la situation des enfants au maroc

D’importantes améliorations ont touché la situation des enfants au Royaume, mais elles n’ont pas bénéficié de la même manière à tous les enfants du pays. Les enfants dans le milieu rural sont toujours marginalisés, voire abandonnés.

Le Maroc a célébré, le vendredi 24 mai 2019, la journée nationale de l’enfant. Une date qui coïncide cette année avec la célébration au niveau mondial du 30ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, qui a été adoptée en 1989. Mais cette date, bien qu’elle soit symbolique, permet surtout de s’arrêter sur la situation de l’enfant au Maroc. Une situation globalement sombre mais probablement édulcorée par certains signaux positifs qui pourraient laisser planer un brin d’espoir pour la jeunesse marocaine.

Pour l’Unicef, bras armé de l’ONU en matière de défense des droits des enfants, le Maroc a déployé des efforts importants pour améliorer la situation infantile dans notre pays. Ainsi, dans les domaines de la survie, la santé et la nutrition, la mortalité des enfants de moins de cinq ans s’est réduite de plus de 50% entre 2003 et 2018, passant ainsi de 47 décès à seulement une vingtaine actuellement.

Esclavage domestique
Le taux des accouchements assistés s’est sensiblement amélioré entre 2011 et 2018 et passe ainsi de 73 à 86%. Dans le domaine de l’éducation, l’Unicef salue l’effort du Maroc d’avoir atteint la scolarisation universelle au niveau primaire. Si ces améliorations peuvent paraître importantes, elles demeurent, néanmoins, largement insuffisantes car elles n’ont pas bénéficié de la même manière à tous les enfants du pays. C’est ainsi que les enfants dans le milieu rural sont toujours marginalisés voire abandonnés.

D’après les données de l’Unicef, en 2018, dans le milieu rural, la mortalité des enfants de moins de cinq ans demeure très élevée (plus de 26 décès par mille naissances, contre seulement 18 dans le milieu urbain). Même distorsion pour le secteur de l’éducation, où plus de 300.000 enfants abandonnent l’école chaque année pour diverses raisons. Parmi elles: la pauvreté extrême des parents mais aussi l’indisposition des écoles publiques à constituer des espaces attractifs pour l’apprentissage. Ce nombre important pose un sérieux problème pour la société. Ne trouvant pas d’issues professionnelles dignes pour la plupart d’entre eux, ils deviennent des proies faciles à la délinquance et à la criminalité juvénile.

La rue devient alors leur refuge qui les héberge dans les conditions inhumaines que l’on connaît. Victimes de la violence et la maltraitance, ils pourront constituer plus tard des dangers potentiels pour la sécurité de la population.

Autre phénomène pointé du doigt par l’Unicef et qui fait honte à notre pays: le travail des enfants. L’organisation ne manque pas d’appeler à l’urgence d’éradiquer le recrutement des enfants en tant que travailleurs domestiques. Tout en saluant la nouvelle loi adoptée récemment au niveau du Parlement pour une meilleure protection sociale des employés de maison, l’Unicef insiste sur le véritable enjeu de cette nouvelle loi, à savoir accélérer sa mise en application et mettre fin au recrutement de tout enfant en tant que travailleur domestique. Il y a aussi l’urgence de permettre aux enfants l’accès à tous leurs droits de manière à ne pas les exposer au risque de mariage précoce. Avant 18 ans, un enfant, fille ou garçon, doit être en train d’apprendre pour préparer son projet de vie. Pour l’Unicef, ces deux grands défis sont particulièrement stratégiques. Si le Maroc parvient à éradiquer le travail domestique et pénible des enfants ainsi que le mariage des mineurs, il aura au moins atteint un seuil qui lui permettra de se conformer à la Convention internationale des droits de l’enfant.

Mariage précoce
Or, la situation du Maroc pour ces deux phénomènes est sérieusement inquiétante. Selon les derniers chiffres révélés par le Haut commissariat au plan, plus de 247.000 enfants exercent un travail. Parmi eux, 162.000 travaillent dans un contexte considéré comme dangereux. En zones rurales, ces enfants sont essentiellement employés dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche. En revanche, en villes, ils sont concentrés dans les services et dans l’industrie, y compris l’artisanat. Les secteurs où le niveau d’exposition des enfants aux risques est le plus élevé sont le BTP, suivi de l’industrie y compris l’artisanat, les services et l’agriculture.

Enclin à offrir un avenir meilleur aux enfants, l’Unicef ne cesse de presser les autorités marocaines pour améliorer la situation des enfants dans notre pays. Car de cette enfance dépend pour une grande partie l’avenir du Royaume. Or, cet avenir demeure pour le moment encore sombre pour une jeunesse qui n’aura pas pleinement profité d’une enfance heureuse.


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