Baisse des prix ne signifie pas hausse de consommation

Le pouvoir d'achat toujours en berne

Le ralentissement du rythme d’inflation à 0,6% en 2019 n’encourage guère la consommation des ménages et encore moins l’investissement des entreprises.

À longueur de journée, les membres du gouvernement El Othmani n’arrêtent pas de nous répéter qu’une politique macroéconomique qui respecte les équilibres fondamentaux au niveau de la monnaie et du budget et qui vise, notamment, à instaurer une inflation maîtrisée autour de 2%, encouragerait non seulement l’investissement des entreprises mais aussi la consommation des ménages. Or, les résultats sur le terrain de cette politique économique nous révèlent, chaque jour, le contraire.

À cet effet, les chiffres publiés récemment aussi bien par la Banque centrale que par le Haut Commissariat au Plan (HCP), montrent que les prix n’ont cessé de baisser sur les cinq premiers mois de l’année 2019. Ils auraient reculé de 0,1%, selon le HCP. Après 1,9%, en 2018, l’inflation connaîtrait, en effet, un ralentissement de 0,6% en 2019, selon les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits volatils et ceux des produits réglementés, ne dépasserait pas 0,8%. Est-ce à dire que le pouvoir d’achat des Marocains va s’améliorer, donnant ainsi un coup de fouet à leur consommation? Rien n’est moins sûr.

Gérer l’urgence
Cette baisse des prix n’est, en effet, que le révélateur d’une baisse de l’activité économique. Le ralentissement de la croissance économique nationale, qui s’est établi, selon le HCP, à 3% en 2018, au lieu de 4,4% 2017, n’en continue pas moins de se poursuivre durant l’année 2019 pour atteindre le seuil fatidique de 2,8%, selon les prévisions du département de Abdellatif Jouahri sur la croissance et les équilibres budgétaires. Quand le chômage sévit et l’emploi se fait rare, les ménages, dont les revenus n’augmentent guère, ne peuvent que freiner leur consommation. Ainsi, au premier trimestre, la consommation des ménages n’a progressé que de 2,8%. Cela veut dire une demande moins forte adressée aux entreprises.

Les dirigeants de ces dernières sont davantage plus préoccupés à gérer l’urgence et les échéances de fin de mois que de penser à se projeter dans l’avenir, en investissant et en créant des emplois et des revenus. Quand l’investissement est en panne, il est difficile dans ces conditions d’entrevoir un rebond de la consommation des ménages. Consommation considéré jusqu’ici comme le moteur de la croissance.

Ce qui paraît tout à fait paradoxal dans notre environnement économique, c’est qu’indépendamment de ces rares augmentations ponctuelles du salaire minimum (SMIG), le pouvoir d’achat des ménages marocains ne s’améliore guère et finit par subir négativement non seulement la hausse des prix à la consommation que leur baisse. Ainsi, Il a suffi d’une hausse du prix du carburant pour que les prix flambent comme ce qui s’est passé en 2018.


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