BENCHAÂBOUN DANS LE PÉTRIN

LES CAISSES DE L’ÉTAT À SEC

LA DETTE PUBLIQUE AVOISINE LES 100 MILLIARDS DE DOLLARS. LES INVESTISSEMENTS EN CHUTE LIBRE. LES TAUX D’IMPOSITION ONT ATTEINT LEUR PLUS HAUT NIVEAU. LA SITUATION ÉCONOMIQUE EST DES PLUS ALARMANTES. LE GOUVERNEMENT PEINE À BOUCLER SON BUDGET 2020.

Le budget 2020 en cours de délibération au Parlement s'inscrit, globalement, dans un palier de continuité. Une série de mesures ont été prises tant pour les entreprises que pour les particuliers; oui, sans doute. Mais sont-elles de nature à restaurer la confiance, à stimuler l'investissement et à permettre l'insertion dans un trend différent? Un débat qui reste sujet à caution.

Nul doute que le ministre de l'Economie et des Finances, en poste depuis août 2018, a fait de son mieux. Il ne manque ni de compétence ni de savoir-faire ; comme président de la BCP, il sait tenir des comptes, gérer au mieux. Mais, aujourd'hui, il a totalement changé de périmètre, confronté qu'il est à des contraintes internes et externes sur lesquelles il n'a pas beaucoup la main. Il a dû ajuster sans cesse au moins depuis le début de cette année 2019 les fortes inflexions royales repriorisant tant de politiques publiques.

Mohamed Benchaâboun n'a pas été aidé dans cette tâche ni par ses collègues membres du cabinet ni encore moins par le Chef du gouvernement, peu pénétré de la matière financière et économique. Il a également dû prendre en compte les dernières orientations royales formulées lors de la reconfiguration du cabinet, le 9 octobre 2019, et réitérées dans le discours de S.M. le Roi devant le Parlement, deux jours plus tard, le 11 octobre.

La politique économique mise en oeuvre traduit- elle réellement quelque renouveau? Personne ne peut sérieusement le soutenir. La politique budgétaire met-elle au premier plan des objectifs essentiels comme la relance de la croissance, la revalorisation des revenus ou encore l'amélioration du pouvoir d'achat? Pas vraiment. Elle est surtout axée sur la gestion des grands équilibres financiers; elle paraît ainsi se soucier davantage de la mise en concordance du système fiscal par rapport à des normes de partenaires commerciaux dont principalement l'Union européenne. Pour 2020, il a été retenu un redressement du cycle économique avec des prévisions de croissance de l'ordre de 4,6%, soit 2 points de plus qu'en 2019, et ce par suite d'une hausse de l'offre couplée à celle de la demande.

Mais les actions prévues dans le budget 2020 vont-elles conduire à l'optimisation de la croissance, des revenus et de l'emploi? En l'état, elles sont bien en deçà des seuils requis à cet effet du fait des limites de mobilisation des ressources appropriées. Le montant total des charges du budget général de l'Etat est de l'ordre de 321 milliards de DH (MMDH), en augmentation de 4,6%; c'est moins de 2% qu'en 2019. Les allocations budgétaires de fonctionnement s'élèvent, elles, à 213 MMDH (+4%), réparties sur la hausse des dépenses de personnel (+6,7%) et celle des charges de matériel (+7%).

Des ressources limitées
Pour ce qui est du budget d'investissement, les crédits de paiement retenus sont de 78 MMDH, en contraction par rapport à 2019. Il y a un ralentissement du programme d'investissement public. Pas de quoi conforter le discours officiel sur le soutien à apporter à la relance de l'activité économique et à des conditions favorables à la croissance. Cette décélération se retrouve également dans les ressources prévues pour les collectivités locales et pour les établissements publics. Globalement, le volume des investissements incluant l'ensemble des opérateurs publics se situe à hauteur de 198 MMDH, soit une faible hausse de 1,5% seulement. En tendance, il vaut de relever que l’investissement public s'est contracté depuis 2016 (18,7%) à 16,3% en 2020.

Cela dit, le budget 2020 aura-t-il un impact multiplicateur significatif sur la relance économique et la promotion de l'emploi? La réponse affirmative ne s'impose point. C'est que les ressources financières sont bien limitées. Et les choix budgétaires, dans leur interaction avec les autres leviers et instruments de politique économique, ne paraissent pas vraiment pertinents. L'Etat a coché toutes les cases de mobilisation de nouvelles allocations budgétaires. Il se tourne désormais vers le secteur privé, de manière insistante pour une contribution plus élevée des opérateurs à une nouvelle politique d'investissement et de croissance. Ce qui pose le problème de la politique monétaire devant apporter plus de soutien à l'investissement et offrant des conditions de financement plus stimulantes. Est-ce le cas? Les attentes des PME seront-elles prises en compte? A-t-on réglé le problème de leur accès au financement? Qu'en est-il de l'appui aux jeunes et de leur intégration socioéconomique, notamment à travers la promotion de l'esprit d'entreprise et de l'encouragement des initiatives innovantes? Un fonds de 6 MMDH est prévu sur trois ans, sur la base donc de 2 MMDH par année, répartis entre l'Etat et les banques, et ce pour faciliter l'accès des jeunes diplômés aux crédits bancaires en vue du financement de leurs projets d'entreprise. Ce fonds va également intervenir en faveur des PME exportatrices. Il est aussi envisagé d'y rendre éligibles les travailleurs du secteur informel.

Une gestion au plus près
Restent les aspects politiques de cette situation financière et économique pour 2020. Il n'y a pas consensus autour de cette loi de finances. Au sein de la majorité, Mohamed Benchaâboun a-t-il les appuis nécessaires? Du côté de l'opposition, c'est un procès en règle qui est fait, tant par le PAM, bien sûr, mais aussi par la critique sévère du parti de l'Istiqlal, rejoint par le PPS. Il doit porter ce budget sans que le Chef du gouvernement ne s'y implique fortement. Rien d'étonnant sans doute. Aux yeux de Saâd Eddine El Othmani, accroché à la «continuité», il est difficile d'approuver et de soutenir des inflexions marquant les insuffisances de son premier mi-mandat. Il gère au plus près, à minima, les yeux rivés sur 2021. Une préoccupation peut-être légitime. Mais dans quel état se trouvera l'économie nationale après tant d'hésitations, de frilosité et d'hypothèques mal surmontées?.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case