BILAN DIPLOMATIQUE FLATTEUR DU ROI MOHAMMED VI


De tous les discours ayant trait  aux affaires étrangères qu’il a  prononcés depuis son accession  au trône en 1999, celui du  roi Mohammed dans la capitale de l’Arabie  saoudite, Riyad, en avril 2016, peut  à plus d’un titre être considéré comme  fondateur. En effet, le texte, lu à l’occasion  du sommet Maroc-Pays du Golfe  arabo-persique, a comporté un certain  nombre d’idées forces qui sans doute  devraient garder encore leur actualité  tout au long des années à venir. Primo, et  le Souverain a tenu à le rappeler comme  à son habitude sans s’embarrasser de  circonlocutions, le Royaume demeure aux dernières nouvelles indépendant, et  si ses gouvernants ont une quelconque  allégeance envers quelque partie, c’est  au peuple d’abord et enfin.


Secundo, il a non seulement le droit  mais la liberté de nouer autant d’alliances  qu’il veut, avec qui il veut, quand  il veut, sans avoir forcément à se soucier  des équilibres qui ont longtemps  présidé aux destinées internationales,  comme au temps de la guerre froide  (1947-1991) entre les Etats-Unis et  l’Union soviétique.


Accords de coopération
En somme, il s’agit d’une accentuation  de la politique de non-alignement,  qui dès l’indépendance en 1956, sous  le règne (1927-1961) de Mohammed  V, a fait figure de doctrine d’Etat. Et il  faut dire que tout au long de l’exercice  2015/2016, Mohammed VI n’a jamais  manqué de joindre les actes aux paroles:  il effectuait ainsi, en octobre 2015,  une visite dans le sous-continent indien  pour le Sommet du Forum Inde-Afrique,  où il appelait une nouvelle fois, comme  dans la ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire,  en 2014, à la coopération sud-sud; suivie  de déplacements en Russie, en mars  2016, et en Chine, en mai 2016, deux  nouveaux partenaires stratégiques du  Maroc, avec à chaque fois la signature  de plusieurs accords de coopération.


Des pays qui appartiennent au fameux  groupe appelé en 2001 par la banque  d’affaires Goldmann Sachs “BRICS” et  auquel ne manquent que le Brésil, où le  roi s’était déjà rendu en 2004 et avec lequel  les relations commerciales ont bondi  depuis lors du fait principalement des  exportations marocaines de phosphates  à destination de la première agriculture  de la planète, ainsi que l’Afrique du Sud,  dont le soutien obtus du parti au pouvoir,  le Congrès national africain (African  National Congress, ANC, en langue  anglaise), à la séparation de la région  du Sahara empêche de nouer des relations sur des bases saines et solides.  Par ailleurs, dans la foulée de l’invitation  par l’Arabie saoudite, en 2011, au Maroc  de rejoindre en plein “Printemps démocratique”  le Conseil de coopération du  Golfe (CCG), les relations avec les Etats  de l’organisation se sont raffermies.


C’était d’ailleurs l’objectif premier  du susmentionné sommet. Il est vrai  qu’avec la famille régnante saoudienne,  les Al-Saoud, notamment, les liens sont  anciens et remontent à Mohammed V.  Plus que diplomatiques, ils sont quasiment  familiaux. Mais la tournée royale  de 2012 au Koweït, au Qatar, aux Émirats  arabes unis en passant bien sûr par  Riyad, les ont renforcées davantage.  En 2014, la Fédération des chambres  du CCG promettait ainsi d’investir pas  moins de 120 milliards de dollars américains  (plus de 1,18 billions de dirhams)  au Maroc dans la décennie à suivre,  sans compter les cinq milliards, également  en dollars, promis par les gouvernements  de la région.


En échange, le Royaume s’engage pleinement  aux côtés de ces derniers en ce  qui concerne entre autres leur défense  et leur sécurité, notamment lorsqu’il  s’est agi d’intervenir, début 2015, au  Yémen pour restaurer le président légitime,  Abd Rabbo Mansour Hadi, face  aux velléités hégémoniques “chiisante”  de l’Iran. A cet égard, il faut relever que  le monde arabophone continue de figurer  en tête des priorités diplomatiques,  notamment relativement au conflit israélo-  palestinien, où Mohammed VI, en  tant que président du Comité Al-Qods,  joue un rôle clé dans les médiations en  cours, en adoptant ainsi, avec un rare  courage eu égard aux positions officielles  d’autres pays du voisinage, la  solution à deux Etats préconisée par  l’Organisation des Nations unies (ONU).


Un rare courage
Mais s’il y a bien une région que le Maroc  a le plus investie sous le règne de  Mohammed VI, c’est bel et bien l’Afrique  subsaharienne. Successivement en  2013, 2014 et début 2015, le roi y a effectué  une série de périples du Sénégal  au Gabon en passant par la Côte d’Ivoire,  le Mali, la Guinée et la Guinée-Bissau,  toujours accompagné d’une suite de ministres et d’opérateurs nationaux. Car  il faut dire que le Maroc mise désormais  à fond sur son continent: il y est même  actuellement le deuxième investisseur  africain, seulement derrière l’Afrique  du Sud.


Intérêt pour l’Afrique
Il y promeut en outre une interprétation  tolérante de la religion musulmane  à travers la Fondation Mohammed VI  des oulémas africains, dont le conseil  supérieur vient d’être installé mi-juin  2015. Cet intérêt pour l’Afrique devrait  d’ailleurs dans un proche avenir être entériné  par un retour au sein de l’Union  africaine (UA), dont le Royaume avait  quitté l’ancêtre, l’Organisation de l’unité  africaine (OUA), en 1984, en raison  de l’admission de la République arabe  sahraouie démocratique (RASD).


Mohammed VI préfère ainsi, comme il l’a  souligné dans son message, le 17 juillet  2016, au président tchadien Idriss Déby,  président effectif de l’organisation, que  “le corps” soit désormais “soigné de  l’intérieur que de l’extérieur.”  Enfin, une région comme l’Amérique latine,  où le Maroc n’avait jamais vraiment  été présent par le passé, connaît également  un déploiement sensible. Outre  le Brésil, la tournée royale de 2004 avait  également compris le Mexique, le Pérou,  le Chili et l’Argentine. Actuellement,  le Maroc est membre observateur de  trois organisations régionales panaméricaines,  à savoir l’Organisation des  États américains (OEA), l’Organisation  des États ibéro-américains (OEI) et depuis  2014 l’Alliance du Pacifique. Même  la mer des Caraïbes connaît désormais  une présence marocaine renforcée depuis  la réception en 2002 du président  dominicain de l’époque Hipolito Mejia  Dominguez.


A ce titre, le Maroc y compte actuellement  deux ambassades, en République  dominicaine et à Saint-Vincent-et-les-  Grenadines, et chaque année depuis  2013, un forum commun se tient en  marge des travaux de l’assemblée générale  de l’ONU. En résumé, une diplomatie  véritablement agissante, multilatérale,  qui souffre toutefois de l’absence  d’intégration régionale au Maghreb,  notamment en raison de l’entêtement  obstiné de l’Algérie à garder ses frontières  fermées avec le Royaume, et de  l’ambiguïté, d’après le roi, de certains  partenaires traditionnels, qui soufflent le  chaud et le froid à l’égard du Royaume,  dénonçait-il toujours à Riyad.


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