Bouteflika, encore et toujours

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PRÉSIDENTIELLES ALGÉRIENNES, LE 18 AVRIL 2019


A trois mois du scrutin présidentiel, le locataire de la Mouradia laisse encore planer le doute sur sa participation.

Participera? Participera pas? Alors que la présidence algérienne vient d’acter par décret, ce 18 janvier 2019, la tenue des prochaines présidentielles le 18 avril 2019, la question d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika continue de cristalliser les débats. Car c’est seulement à l’aune de cette participation que l’on pourra véritablement comprendre ce qui se trame actuellement en Algérie. Petit rappel des faits: M. Bouteflika est, depuis avril 2013, cantonné à un fauteuil roulant, après avoir subi un accident vasculaire cérébral (AVC) qualifié de «mini» par ses médecins.

Conséquence, il n’avait déjà pas pu, en 2014, mener campagne, et c’est son Premier ministre d’alors, Abdelmalek Sellal, qui s’était chargé de faire la tournée des villes et villages d’Algérie à sa place pour convaincre les Algériens de lui accorder pour la quatrième fois consécutive leurs voix depuis sa première élection en avril 1999. Certains attendaient, ou plutôt espéraient, en même temps, une rémission de M. Bouteflika, sauf qu’il n’en a rien été.

Les apparitions du président algérien ont, au cours des cinq dernières années, été rares. Sa dernière en date remonte au 27 décembre 2018 à l’occasion d’un conseil des ministres, où, pour le moins, on l’a vu éprouver force difficultés à apposer sa signature sur la loi des finances qu’il devait ce jour-là valider.

Pas de solution de rechange
En avril 2016, des images de lui publiées sur Twitter par le Premier ministre français de l’époque, Manuel Valls, suite à des entretiens en tête-à-tête avaient fait polémique puisqu’elles avaient montré un M. Bouteflika au regard hagard, n’ayant visiblement plus toutes ses facultés intellectuelles.

Pourtant, beaucoup de voix se sont fait entendre ces derniers mois pour défendre sa continuation. Le 28 octobre 2018, le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), le parti historique algérien, Djamel Ould Abbes, avait même annoncé sa candidature, en excipant d’«une revendication de tous les cadres et militants du FLN sur l’ensemble du territoire national». Certains, plus sceptiques mais ne voyant pas de solution de rechange à court terme, se sont pour leur part positionnés pour, carrément, un report du scrutin, en attendant d’y voir plus clair; bien qu’au titre de la Constitution algérienne, la chose ne soit possible qu’en cas de guerre.

C’est notamment le cas du président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), parti islamiste, Abderrazak Makri, qui s’en était ouvert au frère et conseiller de M. Bouteflika, Saïd Bouteflika, lors d’une rencontre bilatérale tenue en novembre 2018 selon des informations révélées fin décembre par l’hebdomadaire français Jeune Afrique.

Ces informations ont été confirmées par le principal intéressé lui-même dans un document de sa formation qui a fuité sur la une du quotidien El Khabar du 17 janvier. Lors de son rendez-vous avec M. Makri, Saïd Bouteflika aurait, selon la même source, également fait part de son intérêt pour un report.

En contrepartie, ils n’ont pas été moins nombreux à s’élever contre une nouvelle candidature de M. Bouteflika, à l’instar de l’ancien général Ali Ghediri, qui par ailleurs fait partie des trente-deux candidats ayant, au 21 janvier, déposé leurs lettres d’intention auprès du ministère de l’Intérieur algérien. En Algérie, ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit de l’ancien aide de camp du général Toufik, plus connu encore sous son surnom de «Rab Dzayer» -le dieu de l’Algérie, en VO-, ancien directeur du Département de renseignement et de sécurité (DRS), qui a longtemps fait office de principal service de renseignement de la voisine de l’Est.

Intérêts étriqués
M. Ghediri avait, en même temps que son ancien patron, fait les frais de la restructuration par M. Bouteflika de ce service, devenu le Département de surveillance et de sécurité (DSS) et rattaché par décret en octobre 2015 à la présidence. En candidatant, il tenterait de prendre revanche, et d’aucuns le disent d’ailleurs poussé par Toufik lui-même. En tout cas, les militaires semblent voir d’un mauvais oeil ses velléités présidentielles. A plusieurs reprises, M. Ghediri s’est vu attaquer par le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, qui, sans le nommer, avait mis en cause les «individus qui font prévaloir leurs intérêts personnels étriqués et leurs ambitions démesurées, ce qui n’est absolument pas en rapport avec leurs véritables capacités sur plus d’un plan».

Potentiels successeurs
Toutefois, ces critiques seraient, selon certains observateurs, révélatrices des chances non négligeables de l’intéressé de l’emporter. Parmi les autres candidats à faire parler d’eux, l’ancien premier ministre Ali Benflis, mais ce dernier semble condamné à jouer les utilités comme lors de ses deux précédentes participations en 2004 et 2014.

L’ancien ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, qu’on annonce depuis plusieurs années comme un des potentiels successeurs de M. Bouteflika, étant un de ses amis depuis leur enfance commune dans la ville d’Oujda, a, lui, posté un message sybillin sur Facebook mettant en valeur ses «expériences» et sa «compétence », ce qui a été interprété comme une façon à lui de tâter le terrain.

Pour sa part, la population algérienne semble regarder tout cela de loin -un taux de participation encore plus faible qu’en 2014 est annoncé par les observateurs-, résignée sans doute qu’elle est par la situation de son pays, dont le modèle économique par trop dépendant des hydrocarbures paraît au bord de l’essoufflement.

En ce sens, il faudra bien plus que des présidentielles pour tenter d’extirper l’Algérie de la mouise...

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