La bouteille au cafard de Mohamed Nedali

Ce conte urbain d’une lecture facile et agréable, n’est en fait qu’une “métaphore impitoyable d’une société en déficit moral”.

La bouteille au cafard est un récit cruel et hilarant, multipliant les ressorts du burlesque pour disséquer l’âme humaine dans ce qu’elle a d’à la fois fragile et persistant. Les péripéties rocambolesques de ce conte d’une rare précision se déroulent dans un douar de l’arrière pays, situé au pied du Haut Atlas, sur une terre enclavée, au fin fond de l’oubli: Ouirizen. Un douar où il ne se passe jamais rien. «Les jours s’y suivent et se ressemblent, plats et monotones, comme si le temps, (était) lassé de s’y morfondre», y a suspendu son compte jusqu’à ce que ce qui devait arriver arriva à H’mad Imeghri, le personnage principal du récit. Comme tous les gens de Ouirizen, H’mad, qui tient l’unique magasin du douar, berce au fond de lui le rêve d’une fabuleuse richesse qui viendrait soudain le soustraire à la pauvreté, comme par enchantement.

L’affaire de H’mad n’a jamais vraiment bien marché, les villageois ne se rendant chez lui que lorsqu’un produit de première nécessité vient à s’épuiser avant le jour du souk hebdomadaire, où ils ont l’habitude de faire leurs emplettes pour la semaine. C’est le cas de Hemmou, un villageois venu à la hâte chercher une bouteille d’huile de tournesol qu’il paya au prix fort à H’mad. Mais au moment où il s’apprêta à s’en aller, il remarqua qu’au fond de la bouteille git un cafard. H’mad, tout confus et perplexe, finira par changer la bouteille d’huile L’benna par une autre. En reprenant la bouteille où loge le cafard, il essayera par tous les moyens d’élucider cette énigme.

En vain, jusqu’au moment où il fut conseillé par un jeune homme: Hafid Amazouz. Ce dernier, qui achetait à H’mad des cigarettes au détail, est un éternel chômeur même s’il est le seul enfant du douar à avoir fait des études supérieures. Au lieu de se faire rembourser par le fournisseur du village, il conseilla à H’mad de négocier la bouteille au cafard, qui vaut son pesant d’or, contre une somme conséquente et de se faire rembourser directement auprès de la direction générale de la société L’benna. À partir de ce moment, H’mad, qui pensait que son chemin de la fortune est tout tracé, va subir déception après déception et finira par retourner bredouille à son village. Sans le sou.

Ainsi, à travers toute une suite de péripéties rocambolesques, Mohamed Nedali, ce conteur né, nous fait jubiler de voir sa bouteille au cafard passer de main, changer momentanément de propriétaires, tous cupides, haletant après une récompense facile. Tout au long d’un récit captivant, la bouteille au cafard n’en finira pas de susciter l’avidité des hommes.

Ce conte urbain d’une lecture facile et agréable, mais d’une rare justesse, n’est en fait qu’une «métaphore impitoyable d’une société en déficit moral, où toutes les catégories nourrissent une appétence forcenée pour le gain et un désir égal de plaire aux puissants».


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