BRAHIM RACHIDI : "Le Maroc a besoin d'un USFP fort"

Brahim Rachidi, membre du conseil national de l’USFP et du secrétariat régional de Casablanca a lancé une initiative de réconciliation entre les ittihadis et dépasser ainsi la crise dans laquelle le parti se débat depuis une quinzaine d’années.

L’USFP n’est plus cette force qu’elle était il y a une quinzaine d’années… A quoi est due cette crise?
J’ai écrit, il y a quatre ans, un livre intitulé L’USFP, changer ou disparaître. Dans ce livre, basé sur mon vécu en tant que militant de l’USFP, j’ai pointé du doigt certains dysfonctionnements, des erreurs du passé et la nécessité de procéder à une véritable autocritique collective pour sortir le parti de sa crise. Autrement, il ne ferait plus partie du paysage politique national, lui qui en a été l’un de ses acteurs clés pendant près d’un demi siècle.
La crise du parti ne date pas du 9ème congrès, en 2013, et la contestation ayant suivi l’élection de Driss Lechgar au poste de premier secrétaire, mais remonte à des années plus loin, précisément à 2002. L’USFP avait dirigé le gouvernement d’alternance de 1998 à 2002, sous la direction de Me Abderrahmane Youssoufi. En 2002, le parti est arrivé premier aux législatives avec 42 députés, mais M. Youssoufi n’a pas été reconduit dans son poste de Premier ministre, remplacé alors par Driss Jettou. Face à cette situation, M. Youssoufi avait publié un communiqué où il relève que la nomination de M. Jettou n’était pas conforme à la méthodologie démocratique. Logiquement, l’USFP devait rejoindre l’opposition. Certains cadres du parti, pour des raisons incompréhensibles, ont préféré rester au gouvernement. D’où la participation de l’USFP aux cabinets de Driss Jettou en 2002 et à celui de Abbas El Fassi en 2007. Le résultat a été catastrophique pour le parti. Des cadres de grande valeur ont quitté le navire, puisque le débat est devenu centré sur qui va avoir tel ou tel poste ministériel, ou directeur de tel ou tel office…

Mais depuis le 9ème congrès, la situation s’est aggravée. Est-ce à cause de Driss Lachgar, comme le clament ceux qui appellent à son départ?
Ce n’est pas seulement le 9ème congrès, tenu en décembre 2012, car, lors du 10ème congrès de mai 2017, la situation s’est davantage détériorée. Mais c’est un problème qui, comme je vous l’ai dit, remonte à des années avant l’arrivée de M. Lachgar au poste de premier secrétaire. C’est la faute aux divers bureaux politiques qui se sont succédé depuis 2002, c’est la faute aux conseils nationaux successifs qui n’ont pas pris la mesure de la gravité de la situation. Suite au 9ème congrès, et en compagnie d’un petit groupe de militants, nous avons lancé une opération de réconciliation pour réunir les rangs des Ittihadis. C’était en 2014, nous avons rencontré les deux protagonistes de l’époque: Ahmed Zaïdi, mort quelques semaines plus tard, et Driss Lachgar pour trouver un terrain d’entente. M. Zaïdi était favorable à toute initiative de nature à redonner à l’USFP son éclat et sa force d’antan. Mais notre initiative n’a pas pu avoir le résultat escompté. Celane m’a pas empêché de relancer, il y a pratiquement un an, en tant que membre du conseil national et du secrétariat régional de Casablanca, une nouvelle initiative de réconciliation.

Nous nous sommes réunis avec M. Lachgar à Casablanca et nous lui avons demandé que le bureau politique lance officiellement cette opération, dont le préalable est l’annulation de toutes les mesures disciplinaires prises contre les militants du parti. Objectif: créer les conditions d’une véritable réconciliation interne. Laquelle doit être également une réconciliation avec la population… Et, à mon sens, c’est la réconciliation avec les citoyens qui est la plus importante. Pour cela, il faut une véritable refondation du parti.

La cérémonie organisée à Rabat à l’occasion du 60ème anniversaire du parti, sous le signe de la réconciliation, a-telle donné des résultats?
La cérémonie du 29 octobre à Rabat a été précédée par une conférence donnée à notre initiative par Abdelouahed Radi, à Casablanca. Nous lui avons demandé en tant que cadre du parti et ancien premier secrétaire de nous parler de la situation du parti et des perspectives de réconciliation et donc des perspectives d’avenir du parti et du processus démocratique dans notre pays. C’était le 25 octobre. Le 29 octobre, il y avait la grande cérémonie d’anniversaire tenue à Rabat et à laquelle une grande majorité des cadres et des militants du parti étaient présents. Ceux qui ont préféré ne pas y assister ne doivent pas oublier qu’ils sont coresponsables de la crise actuelle du parti. A l’exception de M. Youssoufi, dont l’état de santé ne lui permettait pas d’être avec nous.

La cérémonie a-t-elle permis de baliser le terrain pour pour dépasser la crise?
C’était d’abord des retrouvailles de la famille ittihadie. Mais il ne faut pas se leurrer, le problème est trop profond pour qu’une seule rencontre puisse le résoudre. C’est un travail en profondeur, de tous les jours qui doit être mené. Un travail de chacun sur lui-même d’bord et une action en direction des autres pour pouvoir aller de l’avant. Cela passe forcément par une refonte totale du mode de fonctionnement du parti, de la mise à jour de ses prises de position et de l’actualisation de ses fondamentaux. L’USFP s’est coupé de ses véritables bases, que sont les jeunes, les étudiants, les ouvriers, les femmes… Il s’est coupé de l’action sociale… Il doit donc reprendre la main. Autrement, on va continuer à tourner en rond. Voire à disparaître.

L’USFP n’est pas le seul parti socialiste dans cet état. Dans le pourtour méditerranéen, tous les partis socialistes vivent la même crise…
On peut dire qu’il s’agit d’une tendance générale, mondiale. Les partis classiques, gauche et droite, sont débordés par les extrêmes gauche et droite. Mais il faut se mobiliser pour contrer ces dérives. Le Maroc a besoin d’un parti socialiste, USFP, fort, crédible et bien implanté dans toutes les régions. Quand je dis que le Maroc a besoin d’un USFP fort, ce n’est pas pour le parti que je le dis, c’est pour le pays. L’USFP a toujours été à l’avant-garde des combats pour la démocratie et pour l’émancipation de la société. Il a toujours son mot à dire, il faut que les dirigeants du parti se mettent au travail en commençant par une véritable autocritique.

Les vrais Ittihadis ne baisseront pas les bras. La question essentielle sur laquelle il nous faut nous pencher est la suivante: Qui sommes-nous aujourd’hui? Que représentons- nous et cela veut dire quoi un parti socialiste aujourd’hui? Sur la base de ces questionnements, on doit tous contribuer à refonder notre parti.


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