Buffet irrésistible au Parlement


Les porteurs de gâteaux


Voilà des images qui exigeaient que l’on demande aux parents d’envoyer au lit leurs jeunes progénitures. À partir de quelle tranche d’âge?, c’est tout le problème. Lorsqu’on passe en revue les images en question et le commentaire d’accompagnement, on se demande si des Marocains normalement constitués, même au sortir d’une adolescence politique tardive, ne devraient pas être pris à témoins. En clair, l’ensemble du peuple électeur, à commencer par les jeunes, précisément. Une mise en situation nécessaire. On est dans le parking réservé aux voitures des députés, des ministres invités à se produire et, accessoirement, du personnel du parlement. Ceux qui s’y agitent portent des sacs de supermarchés, apparemment bien garnis. Ils portent encore l’accoutrement makhzenien de rigueur. Ils pressaient le pas vers leurs véhicules, accompagnés de leurs chauffeurs pour la besogne. Qu’y avait-il dans ces sacs? Peut-être quelque équipement de sport pour des séances de maintenance, en prévision des prochaines épreuves électorales? Visiblement, on se dépêchait de se débarrasser des colis que l’on portait.

Mystère et boule de gomme. La clé de l’énigme, imagine-t-on, très vraisemblablement, de la collation royale que S.M. Mohammed VI a offerte aux députés finalement rentrés des vacances estivales. C’était vendredi 12 octobre 2018 à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative. Sur le buffet toujours dressé et encore chaud, toutes les friandises y sont. Le lien est vite fait. Une bonne partie des «chhiouates» (gourmandises) est passée du buffet aux couffins, vidéos à l’appui. Un butin mal acquis.

Décidément, nos députés ne sont pas sortables. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne savent pas se tenir à table. Par contre, ils ne répugnent pas à s’en mettre plein le ventre et plein le panier. C’est à peine si le capteur d’images insolites ne nous a pas gratifiés de quelques brûlures de troisième degré, pour cause de gâteaux encore très chauds et précipitamment mis en poche. Même un «seroual kandrissa» (pantalon turc) réputé large, n’est pas fait pour ça.

Avec cette histoire, la stature citoyenne des députés en a pris un coup. Des représentants de la nation faisant main basse sur un buffet d’État, ce n’est pas très digne. Incapables de résister à des «petits fours», le pourraient-ils face à des tentations plus pesantes? En entendant monter la colère du bon peuple électeur, les députés ont construit une ligne de démenti en guise de défense. Il a même été question de conspiration politique contre la Chambre des représentants telle qu’elle est constituée. C’est ainsi que les porteurs des gâteaux aux pas pressés ne seraient que du personnel du bienheureux traiteur; mais jamais, au grand jamais, des députés. Tout le reste ne serait que divagation politicienne.

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