Casablanca, ville sale

Le budget de la propreté augmente

Malgré les milliards versés aux délégataires chaque année, les rues de la ville blanche se sont transformées en un dépotoir à ciel ouvert. Qu’est-ce qui changera avec les nouveaux opérateurs Derichebourg et Averda ?

Des tas d’ordures s’amoncellent dans les rues de Casablanca. Les dépôts sauvages d’ordures se multiplient à tous les coins de rues. Pas que dans les quartiers populaires, mais aussi au centre-ville et au quartier coté de Mâarif, transformé en dépotoir. La défaillance du service de propreté à Casablanca ne date pas d’aujourd’hui. Mais la situation a empiré durant ces derniers mois. Révoltés puis résignés face à l’insensibilité des élus de la ville, qui n’habitent certainement pas dans des quartiers sales, les Casablancais se sont habitués à ce triste tableau quotidien. Le pire a été évité de justesse durant la semaine de l’Aid Al Adha dernier quand les salariés des collectivités locales mis à la disposition des sociétés délégataires de collecte des déchets ménagers ont observé une grève réclamant leurs droits les plus élémentaires.

Un épineux dossier
En effet, depuis la résiliation du contrat en septembre 2017 de la société délégataire française défaillante Sita et la rupture anticipée du contrat avec la seconde société délégataire libanaise Averda, le maire de Casablanca a brillé en colmatage dans la gestion du dossier épineux de la propreté et de la gestion des déchets ménagers en attendant l’ouverture des plis de l’appel international, qui n’a été lancé qu’en juillet 2018.

En vérité, ce qui devait être une période transitoire n’a que trop duré. Au lieu de 6 mois, l’aboutissement des négociations avec les soumissionnaires a pris un an et demi. Entre temps, les deux sociétés Averda et Derichebourg (en sus de la société marocaine Mécomar) ont assuré, d’un commun accord avec la société de développement local Casa Prestations, la collecte des ordures ménagères.

Et ce sont finalement les mêmes, le Français Derichebourg et le libanais Averda, qui ont été officiellement retenus pour cette mission déléguée. Visiblement, la société marocaine Mécomar s’est retirée de la course si elle ne l’a pas éjectée d’office. Opérationnelle à Marrakech, Rabat, Kénitra, Derichebourg a géré les services de la collecte à Casablanca depuis plus d’un an déjà dans le cadre d’un contrat provisoire. Averda a, pour sa part, assuré depuis 2014 aux côtés de Sita, les services de collecte sur le périmètre de Hay Hassani, Aïn Chock, Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi et Sidi Bernoussi.

Au mois de mai 2018, la société a conclu un accord à l’amiable avec la commune mettant une fin anticipée à son contrat de délégation des services de propreté. Depuis, juste pour rappel, elle a assuré, aux côtés de Derichebourg, ce service durant la phase transitoire.

Phase transitoire
Les édiles de la ville ont donc validé 8 contrats (pour 8 préfectures) de gestion déléguée de la propreté lors de la session du conseil de la ville qui s’est tenue jeudi 21 février 2019, se contentant en fin de compte de 2 délégataires au lieu des 4 prévus au lancement du marché. En plus du Maire, étaient présents à cette cession tous les vice-présidents, dont Mustapha Lhaya (PJD), 2e vice-président, chargé des travaux et infrastructures, et Mohamed Haddadi, 3e vice-président en charge de la propreté.

Le français Derichebourg a été chargé du périmètre de Sita (Casa-Anfa, El Fida Mers Sultan, Moulay Rachid et Ben Msik) et le libanais Averda du territoire qu’il a occupé depuis 2014: Hay Hassani, Aïn Chock, Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi et Sidi Bernoussi. Les prestations de collecte coûteront 890 millions de dirhams, soit un surplus de 230 millions de dirhams par rapport à l’ancien mode de facturation. Cette somme représente, tenez-vous bien!, le tiers du budget annuel de la commune urbaine. Sur les 7 ans que dure le contrat, les deux opérateurs se partageront donc 6 milliards de dirhams.

Même si le nouveau mode de rémunération forfaitaire adopté est cher, il permet cependant, à en croire le 3e vice-président de la ville, Mohamed Haddadi, plus de contrôle de la qualité du service. Car il empêche les délégataires de tricher sur les tonnages pour gonfler leurs rémunérations, une pratique qui a toujours existé et qui a justifié, entre autres défaillances, la résiliation des précédents contrats.

Comme pour justifier ce budget faramineux, les élus de Casablanca avancent que les deux délégataires s’engagent à faire la collecte pendant la nuit et d’améliorer leur rendement. «Le succès de ce nouveau mode dépendra de plusieurs conditions, à commencer par la sensibilisation des citoyens, l’implication des arrondissements et l’adoption du principe du pollueur-payeur. Il est anormal que la commune continue de payer pour la gestion des déchets produits par des entreprises (hôtels, restaurants…)», explique Mohamed Haddadi. Pour la collecte, elle va désormais se faire pendant la nuit, de 22h à 6h du matin, afin de réduire les nuisances sonores et éviter la congestion des rues.

Moyens limités
Les arrondissements et la SDL Casa-Environnement s’engagent, pour leur part, à être plus regardants sur le suivi et le contrôle du service rendu. Mais avec seulement 2 délégataires au lieu des 4 prévus, les Casablancais doutent fort que ces derniers soient capables de relever le défi au vu de leurs moyens humains et matériels limités. D’autant plus que ce qui rend la tâche difficile pour les 2 délégataires fraîchement officialisés, c’est la situation de la décharge de Médiouna, devenue saturée, en attendant un projet d’extension qui tarde à voir le jour.

Mais tout cela, ce ne sont que des promesses et des annonces. Les Casablancais devront payer plus pour la propreté de leurs rues et artères. En contrepartie de quel service? La réponse à cette question sera apportée dans les prochains jours.


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