Celui qu'on cherche habite à côté, de Abdelfattah Kilito

Le trésor, dit l’auteur, «est bien chez soi, à proximité, mais la carte qui indique le lieu exact est au loin».

Les Mille et Une Nuits, le meilleur livre composé par les Arabes, selon ses traducteurs européens, est non seulement un coffre qui réserve bien des surprises (on peut y trouver un trésor, voire une femme) mais aussi une boîte de Pandore, d’où peuvent s’évader tous les maux de l’humanité). Reprenant les dix contes qui figurent dans son essai Ce qu’on cherche habite à côté, et notamment Le Rêveur de Bagdad (Le songe d’une nuit de Bagdad), qui, quoique ruiné, n’a pas perdu sa maison où un trésor est enfoui, Abdelfattah Kilito, un auteur aussi éclectique qu’original, développe l’idée qu’il faut se quitter pour se retrouver, perdre pour gagner, se perdre pour se rejoindre. À propos de ce conte, dit-il, «on pourrait aussi, s’appuyant sur une vieille sagesse, se perdre en considération sur l’idée déraisonnable de partir au loin à la recherche d’un trésor, alors qu’il se trouve chez soi». Seulement, ajoute l’auteur, «pour le savoir, il faut quitter sa demeure et recueillir ailleurs l’information sur son emplacement». Le trésor, dit-il, «est bien chez soi, à proximité, mais la carte qui indique le lieu exact est au loin».

Dans Les Mille et Une Nuits, un livre sans fin, le lecteur se trouve entraîné dans des road storys, des voyages dont les multiples épilogues ne sont chacun qu’un supplément, une adjonction provisoire, foncièrement suspecte. Des récits où les aventures des protagonistes (ils sont deux rêveurs comme l’homme de Bagdad et le Gouverneur, ou comme Jacques le fataliste de Diderot et son maître) se déroulent au fil d’une pérégrination ininterrompue, on n’arrive dans une cité que pour repartir vers une autre, le tout rythmé par des performances littéraires.

Retour après l’errance
Les Mille et Une Nuits est une sorte de poème de l’éternel retour, et où on a l’impression que le maître voyage pour mesurer son malheur à celui des autres, comme s’il cherchait à trouver plus malheureux que lui. Le maître finira par trouver bien plus à plaindre que lui. Dans les récits examinés par l’auteur, plusieurs épilogues parlent, ainsi, du retour après l’errance, à l’exemple du poème de retour Odyssée après l’errance ou le retour de Sindbad de la mer, après ses sept voyages, à Bagdad.

Ulysse n’échappe pas à la logique de l’avant-dernier voyage, Sindbad non plus. Dans deux autres contes cités par Kilito, Gilgamesh et le roi Shahriyar se rendent compte tous les deux avec amertume qu’ils ne sont pas des êtres d’exception: l’un apprend que la mort est le lot commun de l’humanité; l’autre que l’inconstance féminine n’épargne ni les hommes ni les génies.


Laisser un commentaire