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Certificat de virginité: Le mythe des femmes "pures" a la peau dure

Oumaya Naamane Guessous

Le test de virginité pratiqué sur certaines jeunes femmes avant le mariage continue de faire polémique au Maroc avec une levée de boucliers de la part de certains médecins

Souad, une Casablancaise âgée de 24 ans, a menti concernant sa virginité pour éviter de couvrir toute sa famille de honte. Il y a trois ans, elle a perdu sa virginité avec son petit ami, qui était son camarade de classe dans une école supérieure privée à Casablanca. Le jour de son mariage avec un autre homme puisque son ex-petit ami l’a quittée, elle s’est procuré une capsule de sang artificiel visant à créer une illusion de virginité qu’elle a insérée dans le vagin quelques heures avant la nuit nuptiale. Et le tour a fonctionné. Comme Souad, d’autres filles recourent à une intervention chirurgicale dite «reconstruction de l’hymen» pour entretenir le mythe.

Si le rite du drap nuptial, sur lequel une tache de sang atteste de la chasteté de la femme, est en voie de disparition, la majorité des hommes exigent toujours un certificat de virginité avant le mariage. Au Maroc, la loi n’exige pas de «certificat de virginité» pour la conclusion d’un mariage. Seuls les certificats médicaux des deux partenaires font partie des formalités administratives exigées pour la conclusion du mariage, une mesure qui a été adoptée en 2004 par la Moudawana.

Dans les faits, la pratique est encore répandue quelle que soit la classe sociale ou le niveau d’instruction des parents ou de l’époux. «C’est une pratique que j’ai dénoncée en 1988 quand j’ai publié mon livre Au-delà de toute pudeur et il y a deux ans lors du congrès sur la sexologie, tenu au Maroc. Et que je continue à dénoncer. Je pense que la décision de certains médecins de ne plus délivrer de certificat de virginité est une décision sage car il s’agit d’une violence faite aux femmes et c’est aussi une question de secret professionnel que tout médecin est tenu de respecter et qui est malheureusement bafoué», confie la sociologue Soumaya Naamane Guessous.

Une pratique dégradante
Ce phénomène, encore ancré dans la société, résiste car la majorité écrasante des hommes veulent des filles vierges, des femmes «pures» alors que le jour du mariage ils viennent avec une grande expérience sexuelle. Il résiste car on lie l’honneur de la fille et de sa famille à cet hymen. «Je me demande est ce que l’honneur de la fille est entre ses cuisses?», s’interroge la sociologue. Et puis, il résiste car ce sont les femmes qui apprennent à leur enfants (garçons) d’avoir des femmes «pures» et que ce sont elles qui ont créé le drap portant le sang de la défloration de l’hymen de la vierge et qui le maintiennent à ce jour. «Je plains certains médecins femmes engagées en matière de droits de l’homme et dans le milieu associatif qui continuent d’être complices en délivrant ce certificat», conclut Mme Guessous.

En ce début d'année 2019, des médecins du secteur privé comme du secteur public, ont décidé de ne plus fournir ces certificats ni de pratiquer de tests de virginité, avançant le caractère dégradant de ces tests pour les femmes et la menace que cela fait peser sur leur santé physique et mentale et enfin l'absence d'obligation légale au Maroc.

Pour rappel, l’OMS, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et l’ONU Femmes ont signé une déclaration appelant à interdire le «test de virginité», également appelé «examen à deux doigts».

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