La chasse aux marchands informels est ouverte

Des ambulants sédentaires

Même s’ils ne sont plus vraiment ambulants, ils sont sommés de se sédentariser ou de disparaître. Ils sont accusés d’être un facteur de ruralisation des villes. Pire, une marque indélébile de sousdéveloppement.

Dès après la fin du Ramadan, le boulevard Bourgogne du quartier portant le même nom, a subitement et complètement changé. Forcément, les marchands ambulants n’y sont plus. Du coup, des questions se bousculent sur le comment du pourquoi de cette disparition certes rapide, mais pas brutale, une fois n’est pas coutume. Un souk en plein air qui semble se dérober comme un coucher de soleil ne passe pas inaperçu. D’autant que Bourgogne, un quartier bien connu des Casablancais, était considéré comme un modèle d’urbanisme, dans sa meilleure parure coloniale. Autrefois, ces commerçants du troisième type, c’était surtout des ruraux chassés par les aléas climatiques, particulièrement lors d’un cycle de sécheresse. Ils n’avaient pas non plus beaucoup fréquenté l’école. La nouvelle génération, elle, est le produit d’une complète métamorphose à grande échelle démographique.

Le règne du soudoyage
Ce sont désormais des diplômés chômeurs qui ont fait des études supérieures. Après une licence de physique-chimie, ils se sont, par exemple, recyclés dans la réparation téléphonique, en plein air, parfois à même le trottoir. À Derby Ghalef, une nouvelle planète socio-électronique est née. Avec leur maigre revenu de cent à deux cents dirhams-jour, ils estiment qu’ils sont plus à l’aise que dans une entreprise qui n’approche même pas le smig et ne mérite pas que l’on s’y attache. Le caïd de l’arrondissement du quartier est évidemment au courant des faits économiques et sociaux de son territoire.

Du haut de son pouvoir administratif, il supervise le déménagement des marchands ambulants. Lesquels renouent avec la mobilité, le temps d’exécution d’un ordre de quitter les lieux. Sans état d’âme. Il est vrai que des marchés modernes sont construits, officiellement pour résorber ce trafic ambulatoire. Des boutiques neuves sont mises en vente, avec des facilités de paiement. Beaucoup restent désespérément closes. Comme d’habitude, on parle d’une gestion de transfert où règne le soudoyage. Entre temps, Les marchands ambulants sont-ils si attachés à leur liberté de mouvement? Ils ont tout simplement fait leurs calculs. Ils gagneraient plus dans leur statut actuel. Histoire de ne pas passer pour les dindons de ce processus, les sédentaires, du fond de leur boutique, crient à la concurrence déloyale, à partir de la ligne de démarcation représentée par le relevé du fisc et la facture d’électricité. Ils sont tellement aigris qu’ils se payent, parfois, leur propre charrette achalandée par leurs soins, et dont ils sont leurs propres fournisseurs.

Dans cette opération anti marchands ambulants, ces derniers ne sont pas les seuls perdants. Les consommateurs y perdent beaucoup. Le panier de la ménagère s’allège un peu plus. Chacun sait que les tarifs chez l’ambulant sont plus avantageux que chez la boutique d’en face. Dans les grandes villes, les quartiers où logent les classes moyennes sont plus touchés que d’autres. Les ambulants ne courent plus; mais c’est toujours les mêmes qui payent.


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