Le chemin de croix d'El Othmani

LE ROI REÇOIT LE CHEF DU GOUVERNEMENT POUR S’INFORMER DU REMANIEMENT

Le chef du gouvernement devra accélérer le pas pour répondre au besoin d’un changement de têtes dans les hauts postes de responsabilité.

La réception accordée par le Roi, le 21 septembre 2019 au palais royal de Rabat, à Saâd Eddine El Othmani a été loin d’être une surprise, dans la mesure où le Souverain attend depuis son discours du Trône du 29 juillet du chef de l’Exécutif «des propositions visant à renouveler et enrichir les postes de responsabilité, tant au sein du gouvernement que dans l’administration», sans pour l’heure que ce dernier y ait donné suite.

Il est bien sûr normal que les tractations prennent autant de temps: rappelons que l’actuelle majorité compte pas moins de six partis, qui cherchent tous à hériter d’un maximum de portefeuilles, en convoitant parfois des départements précis, sachant de plus que le nombre de postes devrait être réduit puisque, selon le bruit qui court, les douze secrétariats d’Etats que compte actuellement le gouvernement devraient tous disparaître. Ce qui est moins normal, c’est le silence dans lequel se mure M. El Othmani. Ainsi, ce n’est que le 12 septembre, et ce par le biais du ministre délégué aux Relations avec le Parlement et la Société civile, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, que l’on a su que des «consultations» étaient «en cours».

Chimériques consultations
Puis, s’exprimant le lendemain, 13 septembre dans la ville de Rabat, à l’assemblée générale constitutive de la Fondation Abdelkrim El Khatib pour la pensée et les études, M. El Othmani précisait enfin qu’il n’y avait aucun «blocage» et que «le gouvernement avance en suivant la méthodologie nécessaire et qu’elle sortirait dans les délais impartis de façon saine», sans toutefois vraiment éclairer la lanterne des Marocains.

Deux jours avant la réception du palais de Rabat, M. El Khalfi était revenu à la charge pour redire quasiment la même chose. «Les consultations (...) se déroulent normalement », martelait-il. Ce n’est pourtant pas ce que l’on pouvait comprendre à partir des indiscrétions des alliés du PJD. Le secrétaire général du Mouvement populaire (MP), Mohand Laenser, a ainsi à plusieurs reprises démenti l’existence de consultations. «Il n’y a rien,» a-t-il même affirmé à des journalistes qui l’ont poursuivi en marge de l’ouverture des Assises nationales du développement humain, le 19 septembre dans la ville Skhirat.

En fait, il semble que M. El Othmani attendait un signal du roi Mohammed VI. Le Souverain avait pourtant été clair dans son discours du Trône et avait donné comme horizon du remaniement «la rentrée» -ce qui, au passage, n’est pas sans laisser circonspect eu égard à la capacité de prise d’initiative de M. El Othmani. Que va-t-il se passer maintenant que le feu vert a on ne peut plus clairement été donné? M. El Othmani semble, pour l’heure, enfin accélérer le pas. Aussitôt revenu de la ville de New York, aux Etats-Unis, où il représente le roi Mohammed VI à la 74ème session de l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), le Chef du gouvernement devrait réunir les chefs des cinq autres partis participant à sa majorité, à savoir le secrétaire général du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, le premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Driss Lachgar, le secrétaire général de l’Union constitutionnelle (UC), Mohammed Sajid, celui du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Mohamed Nabil Benabdallah, en plus de M. Laenser, déjà cité.

Cause entendue
Ces formations devraient toutes, sans exception, être reconduites dans la prochaine majorité. Le PPS devrait ainsi garder sa place dans l’Exécutif, et ce en dépit des appels lancés notamment par M. Lachgar pour l’écarter. Signe qui ne trompe pas, M. Benabdallah est le seul chef de parti de la majorité que M. El Othmani ait, avant son départ pour New York, rencontré, et, selon le bruit qui court, il lui aurait révélé la teneur de la discussion qu’il a eue avec le roi Mohammed VI. Le PPS pourrait cependant perdre le ministère de la Santé, publiquement convoité depuis le 20 juillet par le RNI, ce alors qu’il le dirige depuis l’entrée en fonction du gouvernement Abdelilah Benkirane en janvier 2012.

Le PJD devrait d’ailleurs être le premier à y laisser des plumes. Lors de sa participation à l’assemblée générale constitutive de la Fondation Abdelkrim El Khatib, M. El Othmani a laissé entendre que son ministre délégué aux Affaires générales et à la Gouvernance, Lahcen Daoudi, et même M. El Khalfi seraient sur la sellette. Si, dans le cas du premier cité, la cause est entendue depuis belle lurette puisqu’il faut rappeler qu’il est techniquement démissionnaire depuis le 6 juin 2018 après avoir participé à un sit-in des salariés de Centrale Danone contre le boycott que subissait alors la compagnie laitière, c’est plutôt surprenant en ce qui s’agit de l’ancien ministre de la Communication, dans la mesure où il est une figure emblématique du PJD -ce qu’atteste d’ailleurs le fait qu’il soit le porte-parole du gouvernement. M. El Othmani devra pour ainsi dire rationner les postes ministériels, au risque d’être trop juste pour mettre d’aplomb sa majorité.
 


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