Les cinq dernières minutes du drame de Bouknadel


LES SUITES DE L’ACCIDENT FERROVIAIRE


Les résultats de l’enquête menée par la gendarmerie royale au sujet de l’accident du train de Bouknadel ont révélé la suppression de l’enregistrement caméra qui est censé délimiter les responsabilités dans cette tragédie.

Si des internautes et des voyageurs pouvaient se taire et ne pas soutenir le chauffeur du train qui a déraillé mardi 16 octobre 2018 à Bouknadel faisant 7 morts et 125 blessés et si les résultats préliminaires de l’enquête judiciaire ne révélaient pas la suppression d’une partie de l’enregistrement de la caméra du train des précieuses dernières minutes précédant le drame, Larbi Rich serait alors le coupable idéal. Mais l’idéal n’existe pas. Après avoir condamné le chauffeur du train navette rapide n°9 qui a déraillé, des indiscrétions relatives aux résultats préliminaires de l’enquête menée par la gendarmerie royale au sujet de l’accident du train ont remis en question tous les scénarios avancés jusque-là sur la responsabilité de cette tragédie en particulier et sur la sécurité ferroviaire en général.

Absence de signalisation
A partir de 9h, ce mardi 16 octobre, la voie numéro 1 du réseau ferroviaire, entre Bouknadel et Sidi Taïbi, a été traversée par trois trains: le train 153, qui a failli dérailler à 9h05 à l’aiguillage de Sidi Taïbi. Ensuite, le train 111, qui n’a pas rapporté de perturbations. Et puis, le TNR9 qui allait dérailler à 10h21. Le rapport atteste qu’aux environs de la gare de Bouknadel, plus précisément à l’aiguillage, le TNR9 roulait à une vitesse de 157,730 km/h. A ce moment, les freins d’urgence ont été actionnés. Mais le train, qui a déraillé, a été freiné 111 mètres plus loin, par le pilier d’un pont.

Le conducteur du train, interrogé cinq fois par les gendarmes, a nié en bloc l’existence de panneaux de signalisation lumineuse appelant à un changement de voie ou à une limitation de vitesse.
Il a poursuivi qu’un seul panneau était visible à la sortie de Bouknadel. Il s’agit de celui d’une voie dégagée, une vitesse libre et un trajet sur la même voie. Le conducteur, qui a par ailleurs reconnu l’excès de vitesse, impute l’accident à l’absence de la signalisation qui l’aurait alerté sur la nécessité de limiter la vitesse du train.

Dans le rapport, les enquêteurs relèvent, suite aux interrogatoires des responsables de l’ONCF, que la panne de la signalisation n’est pas un fait impossible mais plutôt rare. Le cas échéant, la consigne à suivre est que le conducteur doit s’arrêter immédiatement et prévenir ses supérieurs par téléphone GSM. Car, apparemment, l’ONCF ne dispose d’aucun autre moyen pour aviser le conducteur qu’un changement de voie est à prévoir. Mais c’est de l’amateurisme. Car comment concevoir qu’un Office aussi important ne dispose pas de liaisons radio avec les services concernés au niveau de chaque train? Des liaisons radio, elles existent. Seulement, d’après le rapport d’enquête, celles des trois trains (111, 153 et le TNR9), étaient en panne! Ce qui reste à vérifier, ce sont les caméras installées à l’avant de chaque train et dont les images sont stockées dans le disque dur d’un appareil d’enregistrement géré par un prestataire externe.

Liaisons en panne
Ce qui s’est passé, ce mardi 16 octobre 2018, c’est que le chef du service de maintenance des équipements de l’ONCF, qui a l’habitude de visionner les images enregistrées par les caméras installées à l’avant de chaque train, déclare avoir procédé à l’extraction des données et que les enregistrements de la caméra avant du train «n’ont pu être extraits». Le disque dur est alors remis à la commission d’enquête interne de l’ONCF, qui le garde 48 heures (!!!), selon le rapport de gendarmerie. Dans le rapport de la gendarmerie, le disque dur de la caméra du TNR 9 est remis à la commission d’enquête interne de l’ONCF qui le garde pendant 48 heures.

A la fin, le disque dur est rendu aux enquêteurs, mais… formaté. Les enregistrements des cinq dernières minutes précédant le drame ont été effacés «par inadvertance» par les techniciens du prestataire externe. Des explications non professionnelles ont été ensuite données.

Seul l’excès de vitesse a été retenu comme preuve contre le chauffeur du TNR 9, Larbi Rich, accusé d’homicide involontaire par le procureur du Roi près du tribunal de première instance de Salé. Son procès a démarré le mardi 30 octobre. La séance a été reportée au 13 novembre. La défense du chauffeur a demandé, de prime abord, que Larbi soit poursuivi en état de liberté provisoire mais aussi la comparution du patron de l’ONCF, Mohamed Rabie Khlie, et du ministre de l’Equipement et du Transport, Abdelkader Amara.

Radios et caméras en panne ou dont les enregistrements ont été effacés, et la responsabilité de l’ONCF dans tout cela? Comme l’explique bien le proverbe marocain, quand le minaret tombe, on préfère pendre le coiffeur du coin.

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