Condamnation de Omar Hjira et Abdenbi Bioui en appel

Un verdict pour l'exemple

Acquittés en première instance, le maire d’Oujda, Omar Hjira, et le président du conseil régional de l’Oriental, Abdenbi Bioui, ont été condamnés en appel respectivement à deux et un an de prison ferme. Toujours libres, ils ont introduit un pourvoi en Cassation.

Voir des hommes politiques et des élus condamnés par la justice, c’est plutôt rare dans notre pays. Et pourtant, ce fait pour le moins exceptionnel vient de se produire avec la condamnation, le mercredi 20 mars 2019, par la chambre des crimes financiers de la cour d’appel de Fès de deux poids lourds de la politique dans la région de l’Oriental. Il s’agit du maire de la ville d’Oujda, Omar Hjira, élu de l’Istiqlal, qui écope de deux ans de prison ferme; et du président du conseil régional, Abdenbi Bioui, élu du PAM, qui écope d’un an de prison ferme. Un troisième homme politique, en l’occurrence l’ancien maire d’Oujda Ahmed Haddouch a également été condamné à deux ans de prison ferme. Poursuivis en état de liberté pour détournement de fonds publics, falsification et corruption, les principaux condamnés ont introduit un pourvoi en Cassation.

Crimes financiers
Un recours qui visiblement ne les dédouane pas d’une incarcération vu que le jugement en appel est exécutoire juste après son prononcé. Or, Omar Hjira et Abdenbi Bioui sont toujours libres. Dans certains milieux, notamment associatifs qui militent pour la protection des deniers publics, on se pose des questions sérieuses sur «ce privilège» dont ils auraient profité. En revanche, pour de nombreux avocats, «l’exécution de ce verdict est suspendue automatiquement par la saisie de la cour de Cassation».

Une tournure judiciaire à laquelle les condamnés et leurs proches ne s’attendaient vraiment pas alors qu’ils avaient bénéficié d’un acquittement prononcé en première instance en octobre 2017. Selon Abdellatif Wahbi, avocat et membre influent du PAM, «le juge d’instruction avait décidé de ne pas engager de poursuites pour crimes financiers. Le Parquet a alors renvoyé le dossier à la chambre criminelle près le tribunal de première instance, qui a prononcé un non-lieu. Mais, en appel, la condamnation est tombée. Moi, je n’y comprends plus rien!».

C’est le Parquet qui avait fait appel du verdict de première instance en fondant son appréciation sur des éléments clés contenus dans le rapport de la Cour des comptes, réalisé en 2014. Ce rapport évoque, en effet, des dépenses injustifiées entre 2006 et 2009 et évaluées à environ 40 millions de dirhams pour des travaux d’aménagement réalisés dans la ville d’Oujda. Pour les experts de la Cour des comptes, ces dépenses ne sont ni plus ni moins que de l’argent public dilapidé.

Ce qui a valu aux auteurs de ces dépenses des poursuites judiciaires engagées par le Parquet sur la base d’une demande formulée par l’ancien ministre de la Justice, Mustapha Ramid, qui avait transmis ledit rapport de la Cour des comptes au procureur du Roi près de la première chambre criminelle de la cour d’appel de Fès.

Le landerneau “choqué”
15 autres personnes ont été condamnées dans cette affaire à diverses peines carcérales variant entre un et deux ans de prison ferme. Parmi elles, deux entrepreneurs, des dirigeants d’entreprises et les propriétaires d’un bureau d’études. Elles étaient poursuivies pour les mêmes chefs d’accusation: dilapidation de deniers publics, corruption, falsification, faux et usage de faux. Le moins que l’on puisse dire est que ces condamnations ont créé une véritable onde de choc dans le landerneau politique national. Les dirigeants de l’Istiqlal comme ceux du PAM se disent «choqués» par le verdict tout en manifestant leur respect affiché à l’indépendance de la Justice. «C’est un rebondissement incompréhensible qu’a connu cette affaire. Nous soutenons Omar Hjira dans l’espoir que la justice se rattrape à l’étape de la cassation », écrit, notamment, le porte-parole du parti de l’Istiqlal, Adil Benhamza, sur sa page Facebook. Si du côté des politiques, notamment chez les partis concernés, la consternation est de mise, en revanche, pour les associations, ces condamnations suscitent l’espoir.

Indépendance de la Justice
«Le jugement prononcé en appel a corrigé une situation inconcevable que représentait l’acquittement en première instance de ces deux hommes influents», a notamment réagi le président de l’Instance nationale pour la protection des deniers publics, Mohamed El Ghalloussi. Ce dernier espère que ce verdict historique soit considéré comme les prémices d’un combat judiciaire contre la corruption et le laisser-aller dans la gestion de la chose publique.

En attendant la décision de la cour de Cassation, Omar Hjira et Abdenbi Bioui maintiennent le silence. Omar occupe la mairie d’Oujda depuis octobre 2009 et est considéré comme un membre important de l’Istiqlal dans la région de l’Oriental. Quant à Abdenbi Bioui, qui s’est fait élire sous les couleurs du PAM à la présidence du conseil régional de l’Oriental, il est inconnu dans le champ politique. Il est plutôt connu dans les milieux économiques en tant qu’homme d’affaires et propriétaire de la société Bioui Travaux. Celle-ci opère non seulement dans l’Oriental mais dans tout le Royaume.

Elle a décroché d’importants contrats avec l’Etat, notamment le marché de construction du barrage de l’Ouest Ghiss, près d’Al Hoceima, pour une somme évaluée à 840 millions de dirhams. Sa condamnation à un an de prison ferme pourrait sérieusement entacher son parcours d’homme d’affaires mais surtout d’élu de la région de l’Oriental. C’est que la Justice a visiblement manifesté son intention de sévir contre les élus qui dilapident l’argent public.


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