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La confiance brisée entre les hommes d'affaires et l’Etat

1 AN DE PRISON FERME POUR ANAS ALAMI ET ALI GHANNAM DANS LE CADRE DE L’AFFAIRE CGI

La condamnation de Anas Alami et de Ali Ghannam, longtemps appréciés pour leur personnalités charismatiques et inspirantes, a dilaté le fossé de méfiance entre le milieu des affaires et l’Etat. Un climat morbide qui rappelle celui de la campagne d’assainissement de 1996.

Difficile de croire que le hasard a quelque chose à avoir avec l’annonce de la sentence contre Anas Alami et Ali Ghannam, respectivement ex-DG de la CDG et ex-DG de la CGI (filiale immobilière de la CDG). Les deux anciens patrons du bras financier de l’Etat qui charrie toute une casserole de pertes au fil de son histoire ont été condamnés, chacun, à un an de prison ferme et 5.000 dirhams d’amende en première instance. Anas Alami et Ali Ghannam ont été condamnés, selon les chefs d’accusation, pour avoir «disposé, de mauvaise foi, de biens inaliénables en fraude des droits d’un premier contractant». Ce délit a été retenu après requalification des faits par le juge du fond. Au préalable, ils étaient poursuivis, depuis 2014, pour «dilapidation de biens publics et escroquerie, faux et usage de faux, constitution de bande criminelle».

Une coïncidence déstabilisante
Les 25 autres personnes poursuivies dans le même procès ont été acquittées par la Chambre des crimes financiers de la Cour d’appel de Fès, qui statuait dans l’affaire. Il s’agit d’anciens cadres de la CGI, d’ingénieurs, d’architectes, de notaires… impliqués dans la construction de ce projet immobilier où des défaillances techniques ont été relevées. Le problème, ce n’est même pas l’ignorance à ce jour de ce qui est précisément reproché à Anas Alami et Ali Ghannam, appréciés par un nombre important de patrons pour leur sérieux, mais c’est plutôt le timing choisi pour faire cette annonce.

La nouvelle de leur condamnation, cinq ans après l’éclatement de l’affaire Madinat Badès, du nom même du complexe immobilier développé par la CGI à Al Hoceima, a eu l’effet d’une douche froide sur le gotha du monde des affaires dont le gros était à Agadir pour assister la cérémonie du programme de développement de la ville.

C’était le jour même du lancement en grande pompe du programme d’appui et de financement des entreprises et à une demi-heure près (à 17h30 pour être précis) du début de la cérémonie de lancement du programme de développement urbain d’Agadir devant le Roi Mohammed VI, mardi 4 février 2020. Cette coïncidence déstabilisante ne peut être fortuite. Vraisemblablement, elle visait à faire accepter au monde des affaires cette sentence. Et c’est tout à fait le contraire qui s’est produit. Leurs visages les trahissaient. Ils disaient tout bas ce qu’ils pensaient tout haut. Leur mécontentement et frustration est au comble. A Maroc Hebdo, un homme d’affaires casablancais a murmuré: «Depuis la campagne d’assainissement de 1996, la confiance entre le milieu des affaires et l’Etat a été brisée. La preuve se fait sentir au niveau bas des investissements qui continue de se dégrader. Aujourd’hui, cette sentence va sans doute aggraver le sentiment de méfiance ». Comme s’il ne manquait au pays et à sa machine économique, grippée et moribonde, que ce coup de massue. Quant à Alami et Ghannam, ils ont déjà fait appel.


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