CONFIANCE ET ESPOIR

Durant les vingt ans écoulés, le Roi a été aux commandes. Il l’a fait parce qu’il devait tenir la barre, impulser, soutenir, contrôler et, le cas échéant, recadrer.

Voilà donc un moment particulier marquant les vingt ans du Règne de S.M. le Roi Mohammed VI. La première question que l’on peut se poser est celle-ci: quel pourrait être l’état d’esprit de S.M. le Roi après ce premier cycle? La réponse ne va pas tarder; elle sera donnée sans aucun doute dans le discours du Trône du 30 juillet 2019. Dressera-t-il un long bilan des chantiers et des réformes, secteur par secteur? Va-t-il plutôt se concentrer sur des secteurs particuliers tels la régionalisation, le système éducatif et de la formation, le social dans toutes ses facettes (habitat, santé...) sans oublier la question nationale du Sahara.

Sur la base de ces éléments -parmi tant d’autres- les Marocains vivent-ils mieux qu’il y a vingt ans? Oui, certainement. Dans tous les domaines, il y a du mieux et tous les indicateurs confirment cette évaluation. Mais pour autant, subsistent de fortes hypothèques. Si la pauvreté a été grandement réduite -autour de 4,8%, soit trois fois moins qu’en 2004- les inégalités, elles, se sont accentuées. Preuve que le modèle de développement, évoqué par le Souverain dans son discours d’octobre 2017, est à revoir parce qu’il génère de la marginalisation, voire de l’exclusion. Un constat un peu tardif qui n’a pas été fait par cinq cabinets et cinq législatures depuis deux décennies. Affligeant!

Les Marocains, pour une majorité d’entre eux en tout cas, ont sensiblement amélioré leur pouvoir d’achat et leurs conditions de vie. Mais les insatisfactions voire les frustrations ne manquent pas en même temps au moins pour deux raisons: l’une, c’est qu’ils ne sont pas certains qu’il faudra escompter une amélioration dans un avenir prévisible; l’autre, c’est qu’on ne leur offre pas de sérieuses perspectives d’ascenseur social pour leurs enfants.

Il faut donc une forte relance de la croissance génératrice d’emploi. L’équation du développement et du modèle qui doit le fonder est là. Et cette problématique est de la responsabilité des politiques publiques que le gouvernement doit mettre en oeuvre. Cela implique la restauration de la confiance. Confiance en la stabilité du Maroc? C’est un acquis et il faut cependant veiller à la consolider. Le Souverain en est le garant; les Marocains le mesurent et sont attentifs et mobilisés pour sa préservation. Mais stabilité ne signifie aucunement gestion -frileuse ou sécuritaire- du statu quo; bien au contraire, elle n’est assurée, au fond, que par une politique réformatrice pour maintenir les équilibres et la cohésion sociale. Mais la confiance, c’est aussi dans l’économie, avec toutes ses composantes: climat des affaires, environnement réglementaire, fiscalité équitable et incitative, statut de l’entreprise et de l’investissement... Force est de constater que toutes les copies gouvernementales ont été revues et corrigées par le Souverain parce qu’elles ne s’inscrivaient pas dans le changement, la transformation sous l’égide d’un grand projet réformateur de règne.

La pratique des acteurs politiques et partisans n’aide pas à soutenir cette entreprise sociale de profond remodelage du Maroc de ce siècle. La forte désaffection dont ils pâtissent explique cette situation. Ils gèrent, ils s’apparentent de plus en plus -pour une bonne partie d’entre eux, y compris les progressistes- à des machines électorales ainsi qu’à des ambitions personnelles carriéristes. Quel parti s’identifie vraiment à des mesures emblématiques de changement social? Quel responsable gouvernemental ou autre incarne telle ou telle réforme et s’engage à la porter jusqu’au bout?

Durant les vingt ans écoulés, le Roi a été aux commandes. Il l’a fait parce qu’il devait tenir la barre, impulser, soutenir, contrôler et, le cas échéant, recadrer parce qu’il avait un cap. Les acteurs ont-ils été à la hauteur? Il faut bien dire que, souvent, quelle que soit leur positionnement politique, ils étaient plutôt à la remorque, n’osant pas, n’anticipant pas, et se gardant de toute réactivité. C’est cela qui leur manque pour qu’ils puissent trouver grâce aux yeux des citoyens et de gagner leur confiance et leur redonner espoir. Le Roi a déjà un cahier de charges bien astreignant qui nécessite des maîtres d’oeuvre à la hauteur des challenges et des défis du Maroc d’aujourd’hui et de demain.


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