CONSOMMEZ, CONSOMMEZ, IL N'Y A RIEN À VOIR

LA CROISSANCE, MÊME DE PLUS EN PLUS RALENTIE, EST AU BANC DES ACCUSÉS.

Le système économique actuel fait tout pour maintenir à flot la société de consommation. Chaque fois que l’acte de consommation tend à s’épuiser, le marketing est toujours là pour réinventer notre rapport à la consommation. Souvent, ce qu’on appelle le marketing «expérimentiel» ou «émotionnel » est mis à contribution pour inciter le consommateur-acteur à consommer plus. Ainsi, la croissance est devenue ce mot fétiche d’un système économique capitaliste dont les maîtres mots ne sont autres que produire davantage pour gagner davantage et, donc, consommer davantage. Or, la croissance, même de plus en plus ralentie aujourd’hui aussi bien chez nous qu’à l’étranger, est au banc des accusés.

Non contente de ne plus faire progresser réellement le bien-être de chacun, elle est à l’origine du changement climatique, détruit les ressources non renouvelables et provoque des catastrophes technologiques majeures ici et là. Longtemps, tous ceux qui aspiraient à un monde meilleur ont rêvé d’une société d’abondance qui mettrait fin aux conflits sociaux. Conflits qui n’ont besoin que d’une simple étincelle pour s’enflammer. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ni en France avec les Gilets jaunes, ni à Hong Kong, hier l’un des temples du capitalisme, ni au Chili des Chicago boys, ni au Liban multiconfessionnel, ni en Iran des mollahs. Chaque cas, bien sûr, ne pouvant être isolé de son contexte bien particulier.

Qu’importe, le nombre des contestations de rue n’est pas près de s’arrêter, il risque même d’augmenter dans les quatre coins du monde. Que vaut, alors, une croissance économique quand elle ne profite pas à tous? Or, si certains consomment à leur aise, d’autres ne reçoivent que les miettes. Une telle situation est porteuse d’explosion sociale et d’instabilité politique. La critique de ces inégalités est aussi la critique de cette société de consommation telle qu’elle existe aussi bien dans les pays dits développés que dans les pays sousdéveloppés. Elle est aussi la critique d’un modèle de croissance (même «durable» ou «verte») et de distribution de richesses on ne peut plus inacceptable.

Certes, la critique de la société de consommation, notamment dans les pays industrialisés, ne date pas d’aujourd’hui. Elle émergea à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Une part croissante des classes moyennes accède alors aux objets cultes de la période: téléviseur, réfrigérateur, lave-linge, automobile… Mais les plus jeunes, notamment, constatent que cela ne suffit pas à leur bonheur. La consommation est critiquée pour la vanité des plaisirs qu’elle apporte, mais aussi en raison de l’effort nécessaire pour l’obtenir.

Depuis, la course au toujours plus est mise en accusation. Même à l’ère du numérique, cette critique reste toujours valable. Sans parler de «décroissance», certains, notamment dans les pays sous-développés, s’interrogent sur le sens du développement. Un développement qui ne serait pas dans la continuité de ce qui aggraverait nos maux sociétaux et environnementaux actuels, mais qui, dans un cadre démocratique, puisse permettre à tous de vivre mieux tout en produisant et en consommant éventuellement moins.


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