La crise du PAM s'accentue: Benchammass tire sur tout ce qui bouge

Le secrétaire général du PAM, Hakim Benchammass, ne s’embarrasse plus à évincer ses opposants, dont les rangs ne semblent cesser de grandir.

Les semaines se suivent et se ressemblent au Parti authenticité et modernité (PAM). Pas un jour, ou presque -on grossit à peine le trait-, ne passe sans que les rédactions nationales ne soient bombardées de communiqués du parti. La raison bien évidemment, c’est les suites de l’élection, le 18 mai 2019 à Rabat, de la commission préparatoire du IVe congrès du PAM, qui aux derniers dires de ses dirigeants doit se tenir cet été -en théorie. Pour rappel, les PAMistes avaient élu à la présidence de cette commission le vice-président de la région de Marrakech-Safi, Samir Goudar. Or, d’après le secrétaire général du PAM, Hakim Benchammass, cette désignation est nulle et non avenue, dans la mesure où des individus qui ne seraient pas rattachés au parti auraient pris part au vote.

Dans les salons, il se dit qu’en fait M. Benchammass ne porterait pas M. Goudar dans son coeur et qu’il verrait en lui un agent de son prédecesseur, Ilyas Elomari, qu’il accuserait dans son entourage de vouloir lui damer le pion et de n’avoir jamais accepté qu’il prenne sa suite. Il l’avait d’ailleurs exclu du parti suite à une réunion qu’il avait tenue le 21 novembre à Marrakech avec des responsables et élus locaux du PAM et au cours de laquelle il avait été conspué -avant de revenir quelques semaines plus tard sur sa décision, suite aux pressions qu’il avait subies de la part des siens.

“Logique putschiste”
On peut l’imaginer, le PAM ne risque pas, ainsi, de sortir de sitôt la tête de l’eau. Le IVe congrès, qui, justement, avait été avancé de six mois afin de trouver une issue à l’impasse où se trouve le parti depuis maintenant plus d’un an et l’élection de M. Benchammass -le 27 mai 2018-, pourrait bien, du fait de l’annulation du suffrage afférent à sa commission préparatoire, être repoussé. Menacé il y a à peine six mois au point de dénoncer, dans un communiqué publié le 25 décembre 2018, la «logique putschiste à l’encontre de la légitimité démocratique», M. Benchammass est en fait, avec fracas, en train de resserrer sa poigne sur le parti. Ainsi, dès le 20 mai 2019, soit deux jours après le vote en faveur de M. Goudar, il avait réuni le bureau politique pour remettre le grappin sur le bureau fédéral, qu’il avait dû céder le 5 janvier au député Mohamed El Hamouti, acculé alors qu’il était. Entre le bureau fédéral, qui se charge notamment de superviser l’organisation et la vie interne du parti et de coordonner son action aux plans sectoriel et territorial, et la commission préparatoire du IVe congrès, il n’y a pas véritablement de lien, si ce n’est la volonté de M. Benchammass d’évincer ceux avec lesquels il avait dû, dans l’urgence, composer.

Outre M. El Hamouti, il y a surtout le président de la région de Marrakech-Safi, Ahmed Akhchichine. A ce dernier, M. Benchammass avait dû accorder, toujours le 5 janvier, le poste de secrétaire général-adjoint ainsi que la présidence d’une commission ayant pour objectif de préciser et de développer la feuille de route qu’il avait présentée à son élection, selon les termes du communiqué publié le 6 janvier par le bureau politique du parti.

Une guerre d’egos
Il faut dire qu’avec les présidents des régions de Casablanca-Settat et de l’Oriental, Mustapha Bakkoury et Abdenbi Bioui, l’ancien député Mehdi Bensaid ainsi que M. El Hamouti, M. Akhchichine faisait partie des principales figures contestant la direction insufflée au parti par M. Benchammass, et que ce dernier avait voulu, ainsi, amadouer ses opposants. Mais lui aussi se retrouve désormais sur la touche, puisqu’il a tout bonnement été suspendu, ce 26 mai, de ses fonctions dans le bureau politique.

M. Benchammass a motivé sa décision par le non-respect, par M. Akhchichine, des engagements qu’il avait pris au moment d’être nommé secrétaire général-adjoint. Qui doit suivre? C’est la question que l’on semble se poser maintenant au 33, avenue Mohammed- VI à Rabat, où le PAM tient son siège. Car M. Benchammass s’est, depuis son arrivée aux commandes, fait beaucoup d’ennemis. Fatima Zahra Mansouri? La présidente du conseil national ne fait, en effet pas mystère de son hostilité envers M. Benchammass. Elle a ainsi été à l’initiative de «l’appel de l’avenir» lancé le 12 mai par plusieurs personnalités du PAM pour sortir le parti de la gadoue.

Déjà, dans une lettre ouverte relayée sur WhatsApp fin novembre, elle avait mis en cause la «basse surenchère d’egos» à laquelle le parti est, selon elle, en proie, et le fait «que certains, pour défendre leurs petits intérêts, sont prêts à mettre à mort cet énorme projet» qu’est la formation. Si elle ne l’avait pas nommément désigné, les médias avaient assimilé le nom de M. Benchammass à sa sortie. M. Bakkoury, qui avait été de février 2012 à janvier 2016 secrétaire général du PAM, ainsi que ses deux prédécesseurs au poste, Hassan Benaddi (juillet 2008-février 2009) et Mohamed Cheikh Biadillah (février 2009-février 2012), avaient également fustigé dans un texte publié le 18 avril «des pratiques et des comportements en vigueur» au sein du parti «et qui ne sont inspirés que par des calculs opportunistes, des visées égoïstes et même des propensions anarchistes voire même nihilistes» et s’étaient, par conséquent, proposés pour apporter leur aide. Au vu des récents développements, on peut davantage croire qu’ils risquent plutôt de se retrouver sur la sellette ...


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