Cristobal Lopez: "La visite du Saint-Père au Maroc est historique"

CRISTOBAL LOPEZ, archevêque de Rabat
CRISTOBAL LOPEZ, archevêque de Rabat

En tant qu’archevêque de Rabat, que représente pour vous la visite du pape François au Maroc?
Pour tous les chrétiens du Maroc, la visite du Pape est l’élément le plus important de l’histoire de l’église catholique dans le Royaume. D’abord, c’est une concrétisation en direct et au plus haut niveau de ce que l’on appelle le dialogue des religions. Ensuite, les Marocains, musulmans et chrétiens, se sont sentis unis plus que jamais. Le fait que le Pape s’adresse aux Marocains dans leur pays est une marque d’estime de sa part. Chaque Marocain s’est senti considéré et bien estimé de la part du Pape. Ce qui est en soi un grand message d’ouverture et de tolérance. Pour l’ensemble de ces raisons, la visite du Pape est un moment historique de la plus haute importance.

Mais ce n’est pas la première visite d’un pape au Maroc… En 1985, Jean Paul II a effectué un déplacement qualifié, lui aussi, d’historique.
Je suis d’accord avec vous. La visite du pape Jean Paul II n’a pas été sans importance, loin de là. Mais Jean Paul II est resté à peine quelques heures au Maroc, précisément à Casablanca, où il a notamment prononcé son discours. Il n’a pas passé la nuit au Maroc. Le pape François, lui, a consacré deux jours pour son déplacement au Maroc, avec pas moins de huit actes ou huit activités, dont le discours samedi, la messe dimanche, ou la visite de l’Institut de formation des imams, entre autres.

Qu’apporte une telle visite pour les chrétiens du Maroc?
La visite du pape François à Rabat consacre le Maroc comme l’un des pays où chrétiens et musulmans vivent en paix, chacun pratique sa religion dans le respect de l’autre. Je peux dire que pour les juifs du Maroc c’est la même chose. Donc, la venue du Pape au Maroc donne de la visibilité mondiale à ce modèle de coexistence religieuse. Dans son discours samedi, le pape a prôné la fraternité universelle qui est l’objectif ultime de la religion. Or, nous, au Maroc, nous vivons et nous sentons cette fraternité universelle… Certes, comme l’ont dit S.M. Mohammed VI et le Pape, rien n’est définitivement acquis, il faut donc que tous nous agissions pour consolider cet esprit du vivre-ensemble et barrer la route à tout ce qui peut nuire à cela.

Qu’avez-vous retenu du discours de S.M. le Roi?
Pour moi, en tant que responsable du diocèse de Rabat, comme pour l’ensemble des chrétiens du Maroc, voire du monde, le discours du Roi est très important en ce sens que des messages de paix, de dialogue interreligieux et du respect de l’autre ont été véhiculés de manière éloquente par la parole du Roi du Maroc. Je ne vous cache pas que, dans nos messes, j’ai puisé et je puiserai des passages et des phrases dans le discours du Roi tellement ils sont porteurs d’espoir et de volonté, voire d’engagement pour construire ensemble un monde meilleur.

A combien estimez-vous le nombre de chrétiens au Maroc?
Nous n’avons pas de chiffres exacts, je dirais dans les trente mille… Lors de la messe de dimanche, la salle était pleine, soit huit mille fidèles, parmi eux il y avait représentants de la communauté chrétienne subsaharienne. Quand Jean Paul II était venu, en 1985, il y a avait quelque deux mille chrétiens présents… Au Maroc, il y a deux diocèses, celui de Rabat, que je dirige et qui regroupe toutes les églises de la partie marocaine qui était sous protectorat français, et le diocèse de Tanger, regroupant la partie anciennement sous protectorat espagnol.


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