DE LA DÉMOCRATIE AU PAYS DE TRUMP

WISSAM EL BOUZDAINI

Élections de mi-mandat américaines


Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu un scrutin démocratique aux premières loges.

La démocratie, telle qu’imaginée par Solon au VIe siècle avant notre ère, est sans doute difficile à mettre en oeuvre dans notre contexte contemporain. On peut tout du moins s’en rapprocher. J’en veux pour preuve ce qui s’est passé cette semaine aux États-Unis. Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu un scrutin démocratique aux premières loges, en l’occurrence les élections américaines de mi-mandat. Ces élections tombent tous les quatre ans à la moitié du mandat du président en exercice, d’où leur appellation, et permettent de renouveler le tiers du Sénat américain et la totalité de la Chambre des représentants, qui tiennent respectivement lieu de première et deuxième chambre du parlement outre-Atlantique.

Tout au long des jours précédents, il y avait une véritable effervescence dans le pays. C’était particulièrement le cas à Washington. Les Washingtoniens, qui sont en général des libéraux au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire plutôt de gauche -90,9% avaient voté démocrate aux élections présidentielles de novembre 2016, soit le plus haut taux du pays-, redoutaient un maintien du Congrès, c’est-à-dire du parlement, sous contrôle républicain. Un fait qui aurait eu pour conséquence de légitimer davantage les politiques du président Donald Trump, notamment en matière d’immigration, et surtout de le protéger alors qu’il fait face depuis son élection à des accusations de collusion avec la Russie. Pour le Marocain que je suis, l’essentiel n’était cependant pas tant les fins de ces élections, mais plutôt les moyens. Si ces dernières ont tant passionné les Américains, avec un taux de participation record -49% de citoyens américains ont voté, soit quelque 113 millions de personnes-, c’est parce qu’ils avaient le sentiment que leurs voix ont un poids.

Beaucoup de personnes avec qui j’ai discuté ont pris sur elles-mêmes d’aller faire du porte-à-porte pour convaincre les réticents de se rendre aux urnes, et ce de façon bénévole. Au Maroc il faut généralement, pour s’assurer une telle mobilisation, payer, donnant de ce fait à la chose l’aspect d’un travail saisonnier comme un autre. Même si je suis inscrit sur les listes électorales, je n’ai d’ailleurs jamais voté. À quoi bon? De toute façon, on finit toujours par imposer des personnes sorties de nulle part, sans aucune consistance politique si ce n’est de servir docilement des agendas qui, comme on peut le deviner, relèguent le peuple au second plan et où ce peuple sert uniquement à légitimer une grande mascarade sans queue ni tête. Combien ainsi de carrières politiques, voire carrément de partis, ont du jour au lendemain poussé jusqu’au firmament, dans des tours de magie que les plus doués des prestidigitateurs n’auraient pas reniés. Normal de voir, ici et là, pulluler les mouvements sociaux dans la rue, en l’absence de règles du jeu établies au sein des institutions. Le Maroc n’y gagne pas forcément

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