De nouveau au chevet du système éducation-formation

Mohammed-VI-et-azzimane


La dernière chance


RÉFORME. Quatre bacs et un multilinguisme à la carte,  comme gage d’adaptation et de réussite. Un filet de sauvetage  à l’horizon 2030 pour les petits frères, pas pour les aînés. La  facture de la démagogie de l’élite politique est aussi lourde que  la pente à remonter.

Voilà un sujet qui ne fait  plus recette. La réforme  de l’enseignement, toujours  remise sur le métier,  jamais correctement réalisée ou  pas réalisée du tout. Indifférence  et incrédulité totales de l’univers  parental. C’est dans ce paradoxe  que réside la vérité d’un système éducation-formation réputé réfractaire  à toute velléité de mise en  ordre, pour un peu moins de déperdition,  d’inadaptation et un peu plus  de productivité.


Dix mois après sa nomination à la  tête du Conseil supérieur pour l’éducation,  la formation et la recherche  scientifique (CSEFRS) le 16 juillet 2014, Omar Azziman a présenté  à S.M. le Roi, le 20 mai 2015, un  rapport intitulé “Stratégie pour la  réforme de l’école marocaine 2015-  2030”. Cette énième copie sera-t-elle  la bonne? Quel est le diagnostic et  quels sont les remèdes que cette  instance de sauvetage préconise?  Le constat d’échec de l’existant, en  termes d’enseignement et de formation,  n’est plus à faire ou même à  parfaire. Il a fait l’objet d’une auscultation  minutieuse et répétitive sous  tous ses angles et dans ses moindres  recoins. C’est donc de rupture et de  reconstruction qu’il devrait s’agir.
Lors de sa septième session, les 12 et  13 mai 2015, le Conseil avait dévoilé  les grandes lignes du projet avant  de le ratifier. En moins de dix mois,  la bouclette est bouclée, il ne restait  plus qu’à rendre le texte public.  Quatre défaillances principales ont  été retenues: le modèle pédagogique,  l’offre scolaire, les ressources  humaines et la gouvernance. Un  condensé compact et interactif de  la pente à remonter; reste à savoir  comment!


Un cursus multilingue
Dans la formule “l’offre scolaire”, il  y a certes un package de problèmes  et de propositions de dépassement,  mais il faut surtout voir le point  d’achoppement majeur, celui de la  langue d’enseignement. À parcourir  le long développement globalisant  du projet, on a l’impression que  les rédacteurs ont du mal à appréhender  ce problème directement  et clairement. Même s’il est admis  qu’après onze années passées dans  les trois cycles de l’école fondamentale  (la maternelle —qui n’existe  quasiment pas dans l’enseignement  public—, le primaire et le collège) les enfants n’ont aucune maîtrise des langues  étrangères. Une situation jugée “inacceptable”.


La question est abordée par des circonvolutions  de langage du genre “la charte  préconise une diversification des langues  d’enseignement des sciences et des technologies”.  Il a été tout de même décidé que la  première langue étrangère d’enseignement  sera le français, à partir de la première  année du collège. L’introduction de l’anglais  n’ayant lieu qu’à l’entrée au lycée.


Discrimination par l’argent
Pour que cette application à des matières  enseignées dans une langue étrangère,  particulièrement le français, soit possible et  efficiente, il faudra bien que l’apprentissage  de cette même langue, ou même d’une  deuxième, commence dès la première  année du primaire; mieux encore, dès  la maternelle, maillon manquant de la  scolarité publique. Cette exigence est loin  d’être acquise. Or, c’est déjà à ce niveau que  débute la discrimination par l’argent, en  faveur de l’enseignement privé. C’est aussi à  cette condition que l’on pourra parler “d’un  enseignement de qualité pour tous”, devise  adoptée par la nouvelle stratégie. Pour sa  mise en pratique, lointaine et hypothétique,  il faudra tirer vers le haut; pas niveler par  le bas.


Trois types de baccalauréat sont déjà lancés,  à titre expérimental, forcément réduit,  les bacs français, anglais et espagnol; en  plus de la version arabe, très légèrement  bilingue. Une harmonisation linguistique  avec l’enseignement supérieur est nécessaire  pour permettre aux élèves de poursuivre  leurs études supérieures dans la  même langue choisie à la première année  du lycée. Une perspective de toute logique,  mais difficilement réalisable pour certaines  branches universitaires; du moins à terme.  On est ainsi engagé dans un cursus multilingue  qui s’articule autour d’une langue  optionnelle d’enseignement. Sa mise en  place ne fonctionnera à un rythme de croisière  qu’à l’horizon 2030; entre temps, les  promotions intermédiaires devront faire  avec la médiocrité existante et l’inadaptation  au bout de l’effort. La voie de salut  proposée, c’est pour leurs petits frères; pas  pour eux.


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