DES POULES ET DES OEUFS

Abdellatif Mansour

RENDRE HOMMAGE À LA MÈRE POULE NE SERAIT QUE RÉTABLIR L’ORDRE NATUREL DES CHOSES.

Chaque jour que Dieu fait est dédié à une activité humaine ou à une espèce particulière de la faune et de la flore. Il arrive que les années, ainsi sacralisées par le calendrier gréco-romain, avec son supplément généreux d’année bissextile, ne suffise pas. C’est précisément ce qui est arrivé avec notre vieille poule dont nous fêtons le compagnonnage sympathique et productif. L’annuité étant faite d’une succession de nuitées, dans un grand hôtel qui s’appelle la terre, à une forme ellipsoïde qui n’est autre que celle de l’oeuf. Alors pourquoi pas l’année de l’oeuf pendant qu’on y est, puisque nous fêtions la journée mondiale de l’oeuf, le 12 octobre 2018? Et pourquoi pas également et par extension logique l’année de la poule?

Au niveau national, juste un chiffre permet de connaître notre rapport à l’oeuf par la seule productivité de nos gallinacés nationaux. Avec une consommation annuelle de 180 oeufs par an et par individu, nous sommes parmi les grands consommateurs de ce produit protéique. Par les temps actuels de productivisme effréné, il serait tout à fait légitime de dédier à la poule la journée mondiale de l’oeuf. Rendre hommage à la mère poule ne serait que rétablir l’ordre naturel et biologique des choses. Nous le devons bien à nos belles poules. Des vitrines auréolées de poules épanouies et pondeuses ne serait que justice, en plus du côté esthétique d’un embellissement commercial qui capte les regards. Voilà une performance qui pourrait inciter un jeune ou un moins jeune à investir dans l’oeuf et forcément dans la poule.

Surtout que nos oeufs sont tellement appréciés que nos chers voisins algériens les commandent à l’Espagne avec un supplément de prix à l’étiquette. Une autre preuve d’amitié indéfectible. Seulement voilà, pour obtenir de beaux oeufs, même à l’échelle industrielle, il faut prendre soin des poules. Une attention de tous les instants pour une poule mercantile et attractive. Avec cette journée, nous autres demandeurs d’un meilleur rapport prix-qualité, nous découvrons que nos oeufs, en plus d’être irrésistibles au pays, sont imbattables à l’export. L’oeuf marocain est presque sur un pied d’égalité avec l’orange. Une belle dualité promotionnelle. Mais attention, pas de jeu de mots de bas étage. Le présent propos ne concerne que nos belles gallinacés, surtout les fermières d’entre elles. Encore une fois, dans ce fait alimentaire et commercial, il n’y a pas de place pour une quelconque déviation pernicieuse. Les esprits tordus peuvent revenir.

Il ne s’agit pas non plus de basculer dans la vieille question piège pour savoir qui de l’oeuf ou de la poule a le premier engagé les ébats. Une question que les philosophes chevronnés n’ont pu solutionner. Rien que cette énigme de tous les temps justifie que la poule soit l’objet de tous les égards. À l’air libre comme au poulailler, la poule n’est pas du tout impressionnée par la démarche démonstrative et hautaine du coq. À la voir se reproduire l’année durant, avant de s’offrir totalement au consommateur, la poule mérite que ce qui reste de l’année en cours d’achèvement, porte son nom. «2018, l’année de la poule». N’est-ce pas un beau panneau publicitaire qui rejoint quelques réalités débordantes?.

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