Le diabète au Maroc: Une maladie sournoise, encore très méconnue



Faute d’une politique de dépistage et de sensibilisation, le diabète n’est découvert et traité que lorsque la maladie atteint un stade avancé.

Faut-il prévenir la maladie ou également prévenir les malades qui ignorent qu’ils sont diabétiques? La question n’est pas anodine. La prise de conscience compte au même titre que le traitement. Cette année, la journée mondiale du diabète, célébrée le 14 novembre 2018 partout et au Maroc, a soulevé, particulièrement, le problème de la sensibilisation. Cette maladie chronique n’est toujours pas connue auprès des populations. En effet, au Maroc, 50% de la population atteinte, âgée de 18 ans et plus, l’ignore, à en croire le ministère de la Santé.

Le nombre de diabétiques à l’échelle nationale avoisine 2,5 millions de personnes dont plus de 15.000 enfants. Une problématique de santé publique qui épuise les caisses de l’assurance maladie dont près de la moitié des ressources est consacrée aux affections de longue durée (ALD). A lui seul, le diabète représente 11% de ces dépenses.

Complications dégénératives
Faute d’une politique de dépistage, le diagnostic du diabète est en général fait à l’occasion de symptômes révélateurs dans 50% des cas au moins ou à l’occasion de complications métaboliques, cardiovasculaires ou dégénératives. Maladie insidieuse, le diabète détruit certains organes du corps à petit feu.

Le diabète se répand au Maroc, à une vitesse vertigineuse. S’il existe des moyens de prévenir, de dépister et de traiter le diabète, le plus difficile est de les mettre en oeuvre. Il faut convaincre les patients de s’y soumettre. Or, souvent, ils rechignent à user de remèdes vus comme contraignants. Transporté d’urgence à l’hôpital 20-Août, à Casablanca, après un semblant de crise cardiaque après avoir consommé une énorme quantité de gâteaux et de quatre bouteilles moyennes de limonade, Ben Daoud, 62 ans, se voit proposer une mesure de sa glycémie (teneur du sang en glucose). Diagnostic: un diabète «malin» à un stade avancé, qui a fini par obstruer une vaine du coeur… Ben Daoud a toujours refusé d’écouter les membres de sa famille qui lui conseillaient de faire le dépistage, soupçonnant le diabète.

A Bouskoura, dans la campagne mitoyenne de la forêt du même nom, Fatna, 68 ans, est diabétique. Seulement, si elle suit strictement le traitement prescrit, lorsqu’il s’agit de suivre à la lettre son nouveau régime alimentaire qui l’accompagne, elle n’est pas aussi assidue. Difficile de convaincre des personnes âgées de respecter le traitement ou le régime alimentaire que quand leur santé se consume vraiment.

Dans les campagnes comme dans les centres urbains, particulièrement dans les quartiers populaires, on a tendance à croire davantage aux vertus des plantes qu’à celles de la chimie. Ail, amandes amères, décoction de feuilles d’oranger, nigelle et fenugrec sont pris comme antidotes. Mais si ces plantes peuvent former de bons adjuvants, elles ne peuvent remplacer efficacement une médication adéquate. Au grand dam des diabétologues, 25% de Marocains, rapporte une enquête, utilisent uniquement les plantes pour soigner leur diabète.

Régime alimentaire
La sensibilisation s’impose, car le diabète, en plus d’être une maladie silencieuse, est surtout un facteur de risque de plusieurs complications pouvant aboutir à des maladies cardiaques, l’insuffisance rénale, la cécité ou encore entraîner l’amputation de certains membres comme les pieds. Grave, cette maladie l’est encore plus lorsqu’elle reste méconnue.

La FID a mené une enquête en ligne auprès de 7.000 personnes à l’issue de laquelle elle a dressé un constat. Ce dernier révèle que «malgré le fait que la majorité des personnes interrogées aient un membre de leur famille souffrant de diabète, quatre parents sur cinq auraient du mal à reconnaître les signes avant-coureurs (de la maladie) chez leurs propres enfants». Ce qui, pour la FID, montre «le besoin d’éducation et de sensibilisation » permettant de mieux faire connaître les symptômes de la maladie: soif excessive, mictions fréquentes, manque d’énergie, vision floue, cicatrisation lente des plaies et engourdissement des pieds et/ou des mains.

Catégories vulnérables
Soulignant que les femmes, les enfants et les personnes âgées représentent les catégories les plus vulnérables, le ministère de la Santé affirme être «conscient de l’importance de la prévention et du contrôle du diabète». Estimant qu’il s’agit de priorités dans sa stratégie de lutte contre la maladie, il précise que, chaque année, il réalise un dépistage du diabète auprès de 500.000 personnes à risque au niveau des établissements de soins de santé primaires, notamment les personnes ayant des antécédents familiaux de premier degré (père ou mère) diabétiques.

Le ministère affirme, par ailleurs, prendre en charge au niveau des établissements de soins de santé primaires plus de 823.000 diabétiques dont 60% sont des RAMEDistes et plus de 350.000 sont insulinotraités (traités par insuline). Une enveloppe budgétaire annuelle d’environ 156,7 millions de dirhams est consacrée à l’achat de l’insuline et des antidiabétiques oraux et une autre de 15 millions de dirhams à l’acquisition du matériel médico-technique et des réactifs devant assurer le dépistage du diabète et le suivi métabolique des diabétiques.

Mais la lutte contre cette maladie puissante et silencieuse n’est pas gagnée. Le nombre de diabétiques au Maroc ne cesse d’augmenter. La sensibilisation et la prévention publiques, qui font défaut, concourent à cette réalité. Et c’est là où le bât blesse!.

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