Le dialogue social dans l'impasse

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Les syndicats insatisfaits par les propositions du gouvernement


Plus de deux mois après que le roi Mohammed VI l’ait appelé à mener à bout le dialogue social, le gouvernement semble avoir du mal à s’exécuter.

Le dialogue social ne semble pas prêt d’aboutir. Pour l’heure, le gouvernement Saâd Eddine El Othmani semble jouer la montre. Ce mercredi 10 octobre devaient prendre part à une réunion au siège de la primature dans la ville de Rabat les syndicats des travailleurs. Sujet du jour, le projet de loi des finances, pas plus.

D’après nos sources, le cabinet de M. El Othmani aurait précisé aux centrales, lors d’un appel qu’il leur aurait passé dans la soirée du lundi 8 octobre, qu’il allait “uniquement” s’agir des mesures que le projet de la loi de finances comporte. C’est ce qui a été confirmé lors de la réunion, malgré les professions de foi du Chef du gouvernement insistant sur « l’attachement de son cabinet au dialogue… ». Les syndicalistes sont, cela va de soit, mécontents.

Ils espéraient beaucoup du gouvernement, surtout depuis le dernier discours du trône, qui avait exhorté les partenaires sociaux à tenir compte de l’intérêt supérieur du pays et à faire preuve de sens des responsabilités et d’esprit de consensus. “Le dialogue social est un devoir et une nécessité; il convient de l’instaurer et de le maintenir dans la durée et sans aucune interruption,” avait souligné le roi Mohammed VI. “C’est franchement décevant,” commente notre source. En dehors de la réunion du 10 octobre, ne s’était entretenu, depuis le discours du trône, qu’avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) -le 7 septembre-, dans ce qui s’apparentait, cela dit, davantage à une rencontre pour se connaître les uns les autres, étant donné que c’était la première depuis l’élection de Salaheddine Mezouar, le 23 mai dernier, à la présidence de l’organisation patronale.

Pour une hausse généralisée
Les centrales n’avaient, elles, plus eu à traiter avec M. El Othmani depuis le 25 juin et une rencontre au cours de laquelle ce dernier t leur avait été réitéré son offre d’accord sur trois ans qu’il leur avait déjà été faite lors des tractations s’étant déroulées au cours des semaines ayant précédé la fête du travail du 1er mai. Le chef du gouvernement avait proposé une augmentation de 300 dirhams des salaires de moins de 5.500 dirhams, une autre de 100 dirhams pour ce qui s’agit des allocations familiales, ce qui permettrait aux familles de recevoir 300 dirhams pour chacun de leurs trois premiers enfants et 136 dirhams pour les trois seconds, ainsi qu’un abattement fiscal de 300 dirhams pour chaque enfant scolarisé. En outre, il y avait ajouté une prime d’accouchement de 1.000 dirhams, contre 150 dirhams seulement à l’heure actuelle, en plus d’une indemnité de 700 dirhams pour les fonctionnaires qui se retrouveraient affectés dans des zones éloignées. Pour leur part, les centrales réclament une hausse généralisée des salaires, pour atteindre entre 400 dirhams pour l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) et 600 dirhams pour la Confédération démocratique du travail (CDT), dans la mesure où ce serait la seule solution à même de permettre aux Marocains de maintenir leur niveau de vie face à la hausse généralisée des prix.

Le gouvernement n’y semble toutefois pas disposé. En tout et pour tout, il prévoit un budget de 7 millions de dirhams pour financer le dialogue social, incompatible avec les demandes des centrales. Sa note de cadrage du projet de loi des Finances du 13 août 2018 rend d’ailleurs peu plausible la possibilité d’un revirement, dans la mesure où le texte, quand bien même il donnait la priorité aux politiques sociales, n’en mettait pas moins l’accent sur le maintien des équilibres macroéconomiques. Ce qui concrètement veut dire que le gouvernement n’est pas prêt à renoncer à la politique d’austérité mise en place par la précédente majorité, également menée par le Parti de la justice et du développement (PJD) en la personne de Abdelilah Benkirane.

La confiance n’est pas de mise
Comment M. El Othmani va-t-il donc bien s’y prendre? De son côté, même si elle s’était faite plutôt discrète lors des négociations ayant précédé le 1er Mai, sans doute en raison de la transition qui était en cours à sa tête, la CGEM n’en devrait pas moins revenir en force, comme le laisse deviner le discours tenu par M. Mezouar depuis son élection. Le patronat se plaint grandement de ce qu’il considère comme étant la dégradation du climat des affaires, ce qui lui avait d’ailleurs valu, lors de l’université d’été qu’il avait organisée les 28 et 29 septembre 2018 à l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE) dans la ville de Casablanca, les remontrances du ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, Moulay Hafid Elalamy, qui l’avait taxé de «négativisme».

La confiance ne semble, en tout cas, pas de mise. Selon nos informations, M. El Othmani devrait maintenir son programme visant à engager un dialogue tripartite à travers trois commissions thématiques, à savoir une commission de l’amélioration des revenus, une commission du secteur privé pour examiner les législations du travail et les libertés syndicales et une commission du secteur public pour examiner les questions liées à l’administration publique. S’y ajoute le groupe de travail mis en place conjointement avec la CGEM lors de la rencontre du 7 septembre devant s’atteler, dans le cadre de l’élaboration du projet de loi des Finances, à l’examen des propositions de mesures en faveur de l’entreprise et du climat des affaires. A cet égard cependant, les centrales avaient été claires et nettes en se braquant totalement contre l’idée des commissions, en ce que les revendications des travailleurs formeraient un package uni qui ne peut aucunement être négocié séparément. La suite du dialogue social ne laisse rien présager de bon...

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