Le dirham se porte bien, merci !

Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib.

BILAN POSITIF DU RÉGIME DE CHANGE FLEXIBLE


Le bilan de la première étape de la réforme du régime de change fait apparaître des signes positifs mais n’incite pas encore à plus de flexibilité du dirham. L’atonie de l’économie en est la principale cause.

Une année s’est écoulée depuis la mise en place du nouveau régime de change flexible, c’est-à-dire que le taux de change sera fixé par l’offre et la demande, et non pas par la banque centrale. La flexibilité, pour rappel, est progressive. Actuellement, le dirham est rattaché à l’euro (60%) et au dollar (40%). La bande de fluctuation élargie est de 5% (± 2,5%). Le passage au nouveau régime se fera graduellement et prendra 15 ans pour arriver à une libéralisation définitive du change. Une précision s’impose, la flexibilité du dirham n’est pas synonyme de convertibilité. Le dirham demeure non convertible en dehors des frontières marocaines.

Somme toute, la première étape de la réforme s’est passée sans encombre, surtout sans que la principale appréhension relative à la dépréciation du dirham face aux principales devises (dollar et l’euro) ne se produise et sans constater une pression sur les devises comme cela a été le cas en janvier 2018. Depuis l’effondrement des devises de l’été 2017 et le creux de janvier 2018, les réserves de changes se sont reconstituées pour s’établir à 229 milliards de dirhams au 9 janvier 2019, en dépit de la remontée du prix moyen du baril du pétrole.

Volatilité potentielle du change
Et, contrairement aux craintes des entreprises, le dirham s’est plutôt apprécié par rapport au panier de cotation composé de 60% de l’euro et de 40% du dollar en 2018. Ce mouvement s’explique par l’afflux de devises issu, entre autres, de la transaction entre Saham et Sanlam, qui a rapporté 1 milliard de dollars. Aussi, la pression sur les devises a baissé depuis que les bureaux de change manuel sont tenus depuis 2018 de ne céder les devises qu’aux banques (plus à la Banque centrale), ce qui a diminué l’approvisionnement en devises des banques auprès de Bank Al-Maghrib.

Le bilan de la réforme du régime de change est donc plutôt positif. Les autorités monétaires restent dubitatives quant à la suite du calendrier de la réforme. La résilience du système bancaire est un des prérequis pour passer à l’étape suivante. La décompensation isole mieux les finances publiques des effets d’une plus grande volatilité potentielle du change, nous déclare Nicolas Blancher, conseiller du directeur Moyen-Orient et Asie centrale du FMI. Mais encore!

Il reste que l’atonie de l’économie marocaine caractérisée par une faible productivité et compétitivité appelle à la vigilance et à une temporisation. Ce qui est craint, c’est que le Maroc soit directement affecté par la hausse des prix opérée chez ses partenaires commerciaux, en particulier sur les produits de consommation et d’énergie. Les prévisions du ministère des Finances annoncent que la croissance s’établirait à 3,5%. Seulement 2,9%, selon le HCP.

Le ralentissement de l’activité économique depuis une décennie est sans doute le facteur concluant qui pousse les autorités monétaires à y à réfléchir mille fois avant de franchir le deuxième stade consistant à élargir la bande de flottement du dirham (par rapport aux principales devises) en vue d’une flexibilité totale.

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