Le e-citoyen crie sa colère

LA CONTESTATION SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Les temps ont changé. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont complètement en train de transformer les moyens d’exprimer sa colère. De l’Algérie voisine à Hong Kong, à l’autre bout de la planète, en passant par la France ou encore le Chili, les citoyens n’ont pas eu besoin plus que de leurs appareils électroniques pour s’organiser et faire part de leurs revendications. Dans certains des pays suscités, il y a même des révolutions qui sont en train d’être échafaudées.

Et le Maroc, du fait de son exposition à ces NTIC, n’est bien évidemment pas pour échapper à cette lame de fond. Comme on l’a vu au moment du Printemps arabe avec le Mouvement du 20-Février et régulièrement depuis lors dans les quatre coins du Royaume, les protestataires n’ont plus besoin des cadres offerts hier encore par les organisations politiques, les syndicats et les associations de la société civile pour enclencher une dynamique de groupe et la mettre à profit pour parvenir à leurs fins. Dans la province d’Al Hoceima et dans la ville de Jerada, ce sont le plus souvent des populations apolitiques, sans participation connue à la vie publique, qui ont investi les rues pour faire le procès de l’Etat, ses manquements réels ou supposés et l’inciter à agir.

Au même moment presque, une campagne de boycott de plusieurs entreprises nationales battait son plein sur les médias sociaux, en mettant à contribution des profils de citoyens plus ou moins semblables. Dans les deux cas, réel et virtuel, la possibilité de trouver un terrain d’entente est restée, du début à la fin, quasi nulle, du fait de l’absence d’interlocuteurs au sens classique. Pour ainsi dire, l’establishment est, aujourd’hui, dans son ensemble décrédibilisé et décrié, et même les tentatives d’intermédiations sont d’emblée balayées d’un revers de main. Ce devrait, visiblement, encore rester le cas à mesure que les nouvelles formes de contestation prennent de l’ampleur au sein de la société: le discours porté par la chanson «3ach cha3b» des rappeurs Weld L’Griya 09, Lz3er et Gnawi est, à cet égard, symptomatique, et ce n’est pas en condamnant à un an de prison ferme ce dernier ni en interdisant les concerts de rap, comme le ministre de la Culture Hassan Abyaba en avait fait l’annonce le 14 novembre 2019, que l’Etat pourra y parer.

Aujourd’hui, un monde quasiment parallèle a pris corps sur les médias sociaux avec son langage propre, ses codes propres. Car la chanson «3ach cha3b» s’inscrit dans un registre nihiliste assumé. Dans le même sillage, les supporters du club de football du Raja de Casablanca s’étaient illustrés à l’automne 2018 par la chanson «F bladi delmouni» (dans mon pays ils m’ont traité injustement, en darija), quasiment similaire dans son propos sauf que moins explicite, et qui avait connu un certain succès non seulement au Maroc mais dans l’ensemble du monde arabe. Entre l’Etat et le e-citoyen marocain, le dialogue de sourds semble être et rester de mise...


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