L'économie marocaine en crise de confiance

LA MOROSITÉ S'INSTALLE ENCORE EN 2019

L’économie marocaine est faiblement compétitive et produit de moins en moins de richesses et d’emplois. Les dépôts bancaires et les crédits baissent. La dette publique atteint des niveaux insoutenables. Un tableau sombre !

Autant l’optimisme, compagnon de l’effort, peut aider à sortir des difficultés, autant l’optimisme béat du gouvernement, quant aux perspectives de croissance économique, est une sottise. Comment être optimiste au sujet de l’économie du pays quand deux grandes institutions, en l’occurrence Bank Al Maghrib et le HCP (Haut-Commissariat au Plan), dressent un tableau noir pour l’année 2019 et restent prudents concernant leurs prévisions pour l’année 2020.

Les faits, d’abord. A l’issue de son troisième conseil de politique monétaire de l’année en cours, Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, a livré des prévisions économiques, globalement négatives, pour l’année 2019. En termes de croissance économique, on devrait enregistrer une dégradation. La croissance devrait de nouveau décélérer à 2,7% en 2019, en raison d’une récolte céréalière (52 millions de quintaux) moins importante que prévu, pour ne pas dire faible et de la poursuite du redressement des activités non agricoles (3,6%, contre 2,6% en 2018).

Un modèle essoufflé
En 2020, la croissance devrait monter à 3,8%, un rythme moins rapide que prévu par la banque centrale en juin 2019, compte tenu essentiellement des perspectives moins prometteuses de la demande étrangère. En effet, la dégradation des perspectives de la croissance mondiale induit une baisse de la demande étrangère adressée au Maroc. «Les conflits commerciaux, les tensions géopolitiques et les incertitudes entourant les modalités du Brexit induisent une volatilité accrue des marchés et continuent de peser sur les échanges commerciaux et sur l’investissement des entreprises. Dans ces conditions, les perspectives de l’économie mondiale se sont dégradées, avec un ralentissement diffus prévu cette année», explique la Banque centrale.

Et c’est la demande intérieure qui continuerait à porter la croissance, grâce «notamment à une inflation contenue, la revalorisation salariale et l’augmentation des allocations familiales décidées dans le cadre du dialogue social». Cette analyse de la banque centrale montre la faiblesse du modèle économique national, essoufflé, basée sur la consommation intérieure, des ménages et des entreprises, au moment où l’endettement des ménages augmente et l’investissement et la productivité des entreprises baisse.

Les échanges extérieurs (exportations/importations) du Royaume maintiendraient, selon toujours BAM, une contribution négative à la croissance du fait de la faible productivité et compétitivité de notre économie. Quant aux IDE (Investissements directs étrangers), après des recettes exceptionnelles en 2018 liées à la cession de Saham Finance à Sanlam, qui n’ont pas profité au fisc (mesure-cadeau offerte par l’ancien ministre des Finances Mohamed Boussaïd à l’entreprise appartenant au ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy) leur niveau devrait se stabiliser à un montant équivalent à près de 3,5% du PIB, sachant qu’ils s’inscrivent dans une tendance baissière depuis près de 2 ans.

Faible productivité
Côté déficit budgétaire hors privatisation, là où le gouvernement n’a pas tenu ses engagements, il devrait se situer autour de 4% du PIB en 2019 avant de s’atténuer à 3,8% du PIB en 2020. L’impact du dialogue social (hausse de la masse salariale) et la baisse des recettes de l’Impôt sur les sociétés (qui traduit la fraude fiscale de la majorité des entreprises toutes tailles confondues) seraient légèrement atténués par la baisse de la charge de compensation (subvention des hydrocarbures supprimée) qui traduit la politique d’austérité prônée par le Fonds monétaire international. Quant au Haut-Commissariat au Plan (HCP), dirigé par Ahmed Lahlimi, ses dernières statistiques concernant le bilan de l’économie nationale au deuxième trimestre 2019 révèlent un ralentissement de la croissance, avec un taux de 2,5%, au lieu de 2,6% durant le même trimestre l’année précédente.

Vous avez dit ambition?
A voir de près l’analyse du HCP et de Bank Al-Maghrib, l’on s’interroge sur les ambitions de l’émergence et sur l’utilité du Plan d’accélération industrielle lorsque pour mesurer l’évolution de la croissance économique, l’on se réfère encore à la valeur ajoutée agricole plutôt qu’à la valeur ajoutée industrielle. Autre point important qui marque l’économie nationale en 2019, c’est la réaction de la banque centrale qui a consisté à baisser le taux de la réserve monétaire obligatoire suite à l’aggravation du déficit de liquidités des banques engendré par la hausse de la circulation fiduciaire (circulation du cash).

Le cash qui sort du système bancaire est en partie derrière le ralentissement des dépôts, qui augmentent désormais plus faiblement que les crédits (sachant que les dépôts servent à octroyer des crédits). Ainsi donc, le cash en circulation augmente de manière fort inquiétante: on est passés de 10 milliards de DH de hausse par an à 17 milliards de DH aujourd’hui. Ce qui a poussé Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib, à demander aux banques de regarder de plus près ces évolutions, qui concernent notamment les MRE (Marocains résidant à l’étranger). Une situation qui préoccupe au plus haut degré la banque centrale et qui pousse à se poser la question suivante: Pourquoi autant de Marocains résidents et de Marocains du monde vident leurs comptes bancaires? Ne s’agit-il pas là d’un manque de visibilité et de confiance dans l’économie et dans la gestion de la chose publique par le gouvernement El Otmani?

Autre chose, la dette publique est à un niveau insoutenable, du fait de l’endettement continu du gouvernement auprès des bailleurs de fonds internationaux et qui sert, en majeure partie, à payer les dettes et les intérêts qui s’y rapportent et le train de vie des administrations publiques et des ministères, sans pour autant créer de la richesse. De ce fait, non seulement la compétitivité du pays est au plus bas, pire encore, le gouvernement hypothèque aujourd’hui l’avenir des générations futures par un endettement excessif.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case