Essaouira, un haut lieu du judaïsme Marocain

Fort attachement des juifs du Maroc à la terre de leurs ancêtres

Manifestations culturelles, restauration des synagogues, cimetières érigés en lieux de mémoire et d’identité. Rarement le judaïsme marocain aura été aussi présent dans la vie politique et sociale nationale.

Si l’image vaut mille mots, le geste qui en est l’origine a valeur d’histoire. Le geste est celui de S.M. Mohammed VI inaugurant la synagogue de Fès. Ces lieux de culture hébraïque, il y en a un peu partout au Maroc, de Tanger à Marrakech, en passant par Tetouan, Sefrou, El Jadida, Essaouira et Rabat, pour ne citer que ceuxlà. Ils constituent un témoignage plus ou moins vivant d’une continuité historique plus que bimillénaire. La synagogue de Fès est le joyau du judaïsme marocain. Lors de ce même séjour dans la capitale spirituelle du Royaume, le Souverain a appelé à l’organisation des élections des instances représentatives de la communauté juive marocaine. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a été instamment chargé de tenir un scrutin qui n’a pas eu lieu depuis 1969 et d’en respecter la périodicité, dorénavant.

Un vote qui permettra sans doute le renouvellement des structures de cet organisme; selon le dahir du 17 mai 1947. Comme quoi notre histoire commune avec les juifs marocains ne date pas d’hier. De même que le Maroc pluriel est à la fois arabe, berbère et juif. La question qui vient d’emblée à l’esprit est celle du volume numérique de cette tranche de Marocains de confession juive. Ils ne sont que 4 mille au maximum sur une population totale de 33 millions. En 1950, les juifs marocains étaient quelque 300 mille sur 10 millions d’habitants. Autrement dit, il y a un peu plus d’un demi-siècle, un Marocain sur 40 était juif; aujourd’hui, ils sont au mieux un sur 10 mille. Pourquoi cette baisse abrupte et dans quel contexte arabo-islamique s’est-elle produite?

Une communauté exceptionnelle
Effectivement, au milieu du siècle dernier, un exode brutal et massif des juifs marocains s’est produit. L’image des longues files de juifs devant la municipalité de Casablanca est toujours présente chez la génération de l’après-indépendance. Avec le recul, deux facteurs ont joué un rôle déterminant dans cet exode. Il y a eu, de façon simultanée et quelque peu contradictoire. Un, la montée d’un panarabisme fondamentalement laïque. Deux, la résurgence d’un islamisme oecuménique peu prompt au dialogue inter- confessionnel. Par ailleurs, le sionisme et ses tentacules à l’international avaient le vent en poupe, au sortir de la seconde guerre mondiale et du traumatisme planétaire de l’Holocauste. Peu de juifs marocains ont résisté au fameux appel de «la terre promise»; celle d’une Palestine dont on a chassé les Palestiniens en 1948. Bien que réduite à sa plus simple expression numérique, la communauté juive du Maroc continuait à être une exception. Le Maroc s’enorgueillit du fait que cette communauté était unique en son genre dans le monde arabe-musulman. Sa minorité extrême, elle en fait une force d’innovation et de pénétration culturelle dans un espace pas toujours favorable.

Figure emblématique
Exemple; faire des cimetières juifs des lieux de culte et de souvenir au service d’un ancrage de l’identité juive. Essaouira, ville natale d’André Azoulay, conseiller de S.M. le Roi, est choisie par celui-ci pour porter le projet. Le cimetière juif, régulièrement entretenu, est devenu un lieu de pèlerinage pour pas moins d’un millier de visiteurs juifs, pendant les trois jours où l’on célèbre la «Hiloula» de Rabbi Haiem Pinto, une figure emblématique de la ville, mort en 1845. À l’évidence, M. Azoulay aime à s’attarder sur la ville des alizés et son histoire judéo-marocaine. Quand Essaouira était l’un des ports les plus importants d’Afrique du Nord aux 18ème et 19ème siècles, elle pouvait compter jusqu’à 16 mille juifs parmi 22 à 25 mille habitants. Elle avait aussi abrité jusqu’à 37 synagogues. Actuellement, elle n’en compte plus que trois encore debout, entretenues par des finances privées. Une quatrième synagogue est programmée.

Elle devrait être un centre culturel et un espace de recherche international sur le patrimoine juif d’Essaouira. L’idée fixe de M. Azoulay est d’en faire une école du vivre-ensemble et du dialogue inter-religieux; avait déclaré le conseiller du Roi en août 2018. La communauté juive marocaine ne peut être réduite à quelques centaines de personnes vivant au Maroc. Elle compte aussi une diaspora estimée à un million, dont 7 à 800 mille en Israël. À ce sujet, on peut parler de migrants ou d’expatriés, avec le Maroc comme pays d’origine et d’émission. Chaque année, plus de 5 mille juifs marocains, venus du monde entier, se retrouvent à Ouezzane, Meknès, Ben Ahmed, Safi ou Essaouira, autour de tombeaux de saints ou pour se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres, parfois jusqu’aux coins les plus reculés du Royaume, à l’occasion de «Hilloula». Il s’agit là d’un attachement, même à distance, à la terre d’origine. Ce qui fait une possibilité toujours renouvelée de retour au pays.


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