Et si le PAM l'emportait ...

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De prime abord, on serait tenté  de ranger le Parti authenticité  et modernité (PAM) parmi  les partis électoralistes, si  l’on ose dire; c’est-à-dire sans projet  politique défini et dont le seul objectif  est de se hisser au sommet du pouvoir  et de s’y maintenir. Clairement, la formation  s’est effectivement longtemps  présentée dans cette configuration, et  dans beaucoup d’esprits, l’image demeure  encore tenace.


Il faut dire que si l’on excepte, à l’extérieur,  leur opposition à la mouvance  islamiste et à son principal représentant  partisan, à savoir le Parti de la justice  et du développement (PJD), sans  compter en premier lieu un certain opportunisme  en raison de la présence de l’ancien camarade de classe du roi  Mohammed VI, Fouad Ali El Himma,  à la barre, rien ne liait vraiment ses  pères fondateurs.


Un véritable raz-de-marée
Des personnalités, en somme, provenant  d’horizons aussi divers que parfois  antagonistes, et dont on pouvait  légitimement douter à ce titre de leur  capacité réelle à se fondre dans un  seul et même moule. Et pour le moins,  ce n’était pas complètement à tort: en  effet, le parti en était encore à ses balbutiements  qu’il enregistrait déjà ses  premières défections. Sans grande  conséquence certes: aux élections  communales de 2009, à peine une année  après sa création, il effectuait un véritable raz-de-marée, terminant du  coup premier.


Du quasi jamais-vu pour un “rookie”  à cette échelle. Il faut en effet revenir  plus de quatre décennies en arrière,  au scrutin de 1963, pour voir le  Front pour la défense des institutions  constitutionnelles (FDIC) réaliser une  pareille performance.


Promotion du modernisme
Pour l’anecdote, le PAM partage avec  ce dernier d’avoir également été initié  par un proche du Palais royal, en  l’occurrence l’ancien conseiller du roi  Hassan II, Ahmed Réda Guédira. Le  coup de semonce allait cela dit venir  moins de deux ans plus tard, en 2011  en plein “Printemps arabe”, du Mouvement  du 20-Février (M20F), qui allait  faire du parti du tracteur un symbole  de l’autoritarisme et de la corruption  de la classe politique. Promis à jouer  les premiers rôles, le PAM se retrouvait  dès lors en bien mauvaise posture.  Pis, les élections législatives organisées  dans la foulée de l’adoption  de la nouvelle Constitution portaient  au final ce PJD tant diabolisé à la tête  du gouvernement.


D’autres n’y auraient sans doute pas  survécu; d’autant plus que du jour au  lendemain, M. El Himma, qui occupait  jusqu’alors le poste de secrétaire général  adjoint, a quitté définitivement  le parti, se retirant de toute activité  partisane, pour rejoindre quelques  mois plus tard le cabinet royal en tant que conseiller. On a d’ailleurs beaucoup  questionné à l’époque, comme  peuvent l’attester les archives de la  presse nationale, la survivance du  parti.


Le chef du gouvernement, Abdelilah  Benkirane, plaidant “une expérience  qui” d’après lui “n’a pas pris”,  demandait même à cet égard en 2014  pas moins que sa dissolution. Mais  c’était sans compter sur la volonté  d’une grande partie de ses dirigeants  d’en faire un véritable outil de promotion  des idées modernistes et libérales  à même d’accompagner le développement  futur du pays.


A ce titre, il est plus que contestable  de mettre en doute, comme on peut  le lire ici et là, l’intégrité et la probité  de la totalité des membres du PAM; car même si la formation pâtit, autant  qu’ailleurs sans doute, de la présence  d’un certain nombre de pommes pourries  en son sein, il n’en demeure pas  moins que la tendance à se réformer  et à bâtir une ligne de conduite claire  et concise est patente.


L’ultime congrès, tenu en janvier 2016  dans la ville de Skhirat et à l’issue duquel  Ilyas Elomari, un ancien militant  marxiste-léniniste, a été élu secrétaire  général, peut à ce titre être considéré  comme un tournant. Désormais, le  PAM jouit d’une crédibilité nouvelle,  et même si entre militants “des divergences,  parfois de fond” peuvent  encore subsister, comme le reconnaissait  le nouveau chef du parti dans  une interview à l’hebdomadaire La  Dépêche en juillet 2016, l’entente générale  prend de plus en plus le pas.  D’ailleurs, même d’anciens militants  du M20F ont été séduits.  Plusieurs d’entre eux font actuellement  partie du conseil national, sorte  de parlement de la formation.


Ralliement islamiste
Les islamistes aussi, ironiquement, se  bousculent au portillon, comme l’illustre  le ralliement massif ces derniers  mois de membres du PJD dans la région  de Fès-Meknès. Aujourd’hui par  sa vocation à unir, a contrario d’autres  forces politiques de la place, le PAM,  plus qu’à l’époque de son lancement  en 2008, fait figure de parti de gouvernement.  En quelque sorte, l’embûche  du “Printemps arabe” lui a été tout  compte fait paradoxalement salutaire.  Il dispose en outre, dorénavant, de plusieurs  cadres susceptibles de mener à  bien la barque de l’Exécutif au cas où  l’occasion lui était donné, à l’instar de  son ancien secrétaire général, Mustapha  Bakkoury, actuel président de  l’Agence marocaine de l’énergie durable  (AMED).


On compte aussi des  responsables politiques, tels Hakim  Benchamach, actuel président de la  chambre des conseillers, chambre  haute du parlement, ou encore son  prédécesseur (2009-octobre 2015)  Mohamed Cheikh Biadillah, qui par  ailleurs a été ministre (Santé, 2002-  2007) au même titre que son acolyte  Ahmed Akhchichine (Education nationale,  Enseignement supérieur, Formation  des cadres et Recherche scientifique,  2007-2011).


Pour l’heure cependant, le PJD semble  encore avoir une longueur d’avance. En mars 2016, un baromètre politique  publié par le réseau associatif Tariq  Ibou Ziad Initiative (TIZI) et l’institut  d’études de marché Averty avait établi  que seuls 15% des Marocains croyaient  en les chances de M. Elomari de devenir  chef de gouvernement, contre 45%  pour M. Benkirane.


Moment d’accalmie
Un écart en vérité assez important.  Mais comme on peut le croire au vu des  résultats des élections communales de  septembre 2015, que le PAM avait largement  remportées, il est susceptible  d’être comblé d’ici les élections législatives,  prévues le 7 octobre 2016. On  peut à partir de là comprendre la nervosité  du secrétariat général du PJD,  et son allié du Parti du progrès et du  socialisme (PPS) dans son sillage, qui  après un moment d’accalmie a repris  ces derniers mois sa croisade à l’envers  du parti; au point de dépasser les  bornes comme l’a relevé le communiqué,  mardi 13 septembre 2016, du  cabinet royal fustigeant notamment  l’attitude du secrétaire général de la  formation du livre, Mohamed Nabil Benabdallah,  à ce sujet. Au final, le PAM  en sort seul grandi.


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