Fatima Zahra Mansouri: "Benchemmass agit comme si le parti était sa chose"

Maire de Marrakech entre 2009 à 2015, Fatima Zahra Mansouri considère qu’avec ses décisions unilatérales, Hakim Benchemmass conduit le PAM à la dérive. Les instances du parti sont marginalisées. Le congrès devant se tenir dans les plus brefs délais permettra de sauver ce qui peut l’être encore.

Ces derniers mois, on vous avait vue plutôt discrète, du moins médiatiquement. Mais, le 30 mai dernier, vous avez publié un communiqué où vous exprimez votre refus catégorique des décisions unilatérales. Pourquoi ce revirement?
Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un revirement. Comme vous l’avez mentionné, c’est plutôt médiatiquement que je m’étais faite discrète. La raison en est simple: je fais partie de celles et ceux qui, au PAM, croient que le linge sale doit être lavé en famille, et que nous n’avons pas à étaler nos désaccords au grand jour dans les médias. Mais je dois dire que la situation est, récemment, devenue intenable, surtout au vu des décisions iniques de Hakim Benchemmass, secrétaire général du PAM, de limoger neuf secrétaires régionaux ainsi que d’écarter Ahmed Akhchichine du bureau politique, sans parler de sa décision de reprendre la main sur le bureau fédéral au détriment de Mohamed El Hamouti, qui avait été désigné en janvier 2019. Les choses sont, pour ainsi dire, devenues complètement folles. De mémoire, je n’ai jamais vu le secrétaire général d’un parti politique marocain agir pareillement.

Comment expliquez-vous ces décisions de M. Benchemmass? Était-ce quelque chose à laquelle vous vous attendiez?
Pas vraiment, car ce sont des choses qui ne se font tout simplement pas. On ne peut pas prendre de décisions aussi lourdes, si je peux dire, sans en référer aux autres instances du parti. M. Benchemmass en fait totalement fi. Il agit comme si le parti était sa chose, qu’il pouvait en disposer à sa guise. C’est bien évidemment inacceptable. Pour ce qui s’agit de mon explication des décisions de M. Benchemmass, j’ai cru comprendre qu’il avait changé d’idée suite à la désignation de Samir Goudar à la tête de la commission préparatoire du IVe congrès, le 18 mai 2019.

Connaissez-vous les motivations de ce rejet de M. Goudar?
Non.

Et avez-vous cherché à contacter M. Benchemmass pour lui poser directement la question et aussi, par ailleurs, le questionner au sujet de ses décisions?
C’est, hélas, un grand regret que d’avouer que je n’ai aucun contact avec M. Benchemmass. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé: toutes mes tentatives se sont vu opposer une fin de non-recevoir. C’est d’ailleurs la principale raison qui m’a amenée à publier mon communiqué du 30 mai.

Peut-on dire qu’aujourd’hui donc M. Benchemmass est isolé au sein du PAM?
Je ne dirais pas qu’il est isolé, mais qu’il s’est isolé lui-même. C’est une position qu’il a volontairement choisie.

Avec la décision de M. Benchemmass de faire invalider, le 27 mai, l’élection de M. Goudar, y a-t-il risque que le IVe congrès soit reporté?
Non, tout simplement car la tenue du congrès a été décidée le 5 mai 2019 par le conseil national, qui est un organe souverain du PAM. M. Benchemmass ne peut aucunement et n’a pas le droit d’ignorer ses directives.

Je ne peux m’empêcher de vous poser la question: comment le PAM en est-il arrivé là?
Difficile de vous dire comment exactement, car il y a, sans doute, un concours de circonstances qui a joué, mais le fait est que le parti manque, depuis la démission surprise d’Ilyas Elomari en octobre 2017 du poste de secrétaire général, d’un leader rassembleur, et M. Benchemmass n’a fait qu’accentuer les dissensions. De fait on est aujourd’hui dans une situation où le PAM se retrouve en proie à des clans qui, souvent, pensent d’abord à leurs intérêts au lieu de mettre en avant ceux du parti.

Vous avez qualifié la démission de M. Elomari d’octobre 2017 de «surprise ». Pourquoi?
Tout simplement parce qu’il ne l’avait annoncée à personne au préalable, même pas à moi, qui suis pourtant présidente du conseil national. Jusqu’à aujourd’hui, il ne m’a pas donné d’explication non plus.

Continue-t-il de jouer un rôle au sein du PAM?
Il est bien évidemment toujours membre du PAM, et c’est au nom du parti qu’il préside la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

On dit que les problèmes du PAM découleraient en fait d’une guerre larvée entre un clan représenté par M. Benchemmass et un autre par M. Elomari, qui n’aurait jamais accepté que M. Benchemmass lui succède au poste de secrétaire général en mai 2018…
Je n’ai, très franchement, pas suffisamment d’éléments pour vous en dire plus, si ce n’est ce que je lis dans les médias, mais je dois vous dire que je me demande maintenant, avec le recul, s’ils étaient de faux amis ou de vrais ennemis.

Le PAM peut-il survivre à ses tourments actuels?
Vous savez, une des critiques que l’on me fait souvent est de parler en toute franchise, et pour rester fidèle à ma réputation, je vous dirais oui et non. Oui, si M. Benchemmass se plie aux règlements du parti et aux décisions de ses instances nationales et commence d’abord à penser au parti et non pas à sa seule personne. Non, si rien ne change, le parti risque, hélas, bien de dépérir.

N’est-il pas déjà mort, il faut bien le dire vous vous distinguez plus par les guerres intestines qui vous agitent?
C’est peut-être l’impression que l’on donne, et je peux le comprendre vu les problèmes que l’on rencontre actuellement au plan de la communication, qui s’est beaucoup détériorée sous M. Benchemmass, mais sachez bien que notre parti travaille et qu’il est animé par une vraie dynamique. Au parlement, notre groupe parlementaire est fortement actif, comme au niveau local, où nos élus n’ont ja - mais laissé tomber le bleu de chauffe. Je peux en témoigner à titre personnel puisque moi-même je suis élue à Marrakech, aussi bien en tant que députée que dans le conseil communal, et je continue de garder le même rythme de travail qu’auparavant. Et puis, les jeunes apportent une vraie vie au parti. Je tiens, à ce titre, à saluer encore l’appel à l’avenir qu’ils ont signé le 12 mai, et dont j’ai tenu à être signataire.

Beaucoup vous prêtent l’ambition de succéder à M. Benchemmass à l’avenir. Qu’en est-il au vrai?
Écoutez, et je vais vous répondre là en toute franchise: il n’a jamais été question pour moi de briguer quelque poste que ce soit, et encore moins celui de secrétaire générale. Je fais, en fait, partie de celles et ceux qui préfèrent s’atteler à la tâche dans la discrétion; c’est pour cela que j’accorde autant d’importance à mon mandat d’élue locale. J’aime travailler directement avec les gens, et je rappelle que je n’ai pas été réélue au parlement en octobre 2016 sur la liste nationale des femmes.

C’est dire s’il y avait de la satisfaction à mon égard et, pour vous dire la vérité, cela me fait chaud au coeur. Et donc je ne cherche pas forcément la lumière. Vous savez, aussi bien lorsque je suis devenue maire de Marrakech en juin 2009 que présidente du conseil national du PAM en janvier 2016, c’était suite aux sollicitations des autres. Bien évidemment, je ne peux nier qu’une telle appréciation de la part de mes pairs me réjouit.


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