Faut-il croire encore à l'USFP ?

Habib El Malki et Driss Lachgar. Habib El Malki et Driss Lachgar.

Le parti de la rose pas prêt à déposer les armes


Gardant une mauvaise image depuis l’élection, à sa tête, de Driss Lachgar, l’Union socialiste des forces populaires semble cependant en garder encore sous le coude. Au point de pouvoir jouer les trouble-fêtes aux élections législatives d’octobre 2016?

L’affaire a fait grand bruit dans les média nationaux; celle de la signature, le 20 janvier 2016, d’une convention entre le gouvernement, représenté par les ministères de l’Agriculture et des Finances, et la compagnie Saham Assurance. L’objet, détaillait le jour même un communiqué de Saham Assurance, le lancement d’un nouveau produit d’assurance, “Taemine Al Mahssol”, en vue de garantir les récoltes contre un ensemble de risques climatiques, sécheresse oblige. “Trafic d’influence” et “délit d’initié”, dénonce une partie de l’opposition, qui rappelle que Saham Assurance est majoritairement détenue par l’homme d’affaires Moulay Hafid Elalamy, qui n’est autre que l’actuel ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique (lire MHI n°1150, du 29 janvier au 4 février 2016). C’est l’Union socialiste des forces populaires (USFP) qui, principalement, mène la fronde. A telle enseigne que Saham Assurance plie et annonce, le 24 janvier 2016, stopper l’application de la convention en attendant l’adhésion de l’ensemble des autres compagnies intéressées. Un retour en force pour le parti de la rose, qui, pour l’occasion, semble retrouver son ancien costume de justicier, lui qui est souvent accusé d’avoir peu chèrement vendu ses principes depuis son passage pendant près de quatorze ans (1998-2012) sous les lambris de l’Exécutif. “Il ne faut pas enterrer l’USFP”, commente le politologue El Moussaoui El Ajlaoui, qui a consacré plusieurs études à la formation socialiste. “L’USFP peut toujours jouer un rôle en termes de moralisation de la vie publique. C’est un parti qui porte depuis plus de quatre décennies les valeurs de la gauche social-démocrate au Maroc, et bien qu’il semble actuellement, il est vrai, en perte de vitesse, il a encore son rôle à jouer, je pense, dans le champ politique national”.


Ce rôle de chef de file de la gauche marocaine, l’actuel premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, le revendique. C’était d’ailleurs l’un des objets de la lettre qu’il a rendue publique dans les quotidiens officiels du parti, “Al-Ittihad Al-Ichtiraki”, arabophone, et “Libération”, francophone, le 25 janvier 2016. Une date qui coïncide avec la commémoration du 57ème anniversaire du mouvement du 25 janvier 1959, ayant conduit à la scission de l’aile gauche du Parti de l’Istiqlal (PI) qui allait déboucher quelques mois plus tard sur la création de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), l’ancêtre de l’actuelle USFP.


M. Lachgar en appelle notamment à “la continuation vitale du mouvement de libération populaire qui défend les principes théoriques et pratiques du modernisme”, un discours qui souhaite replacer le parti en tête d’un hypothétique “bloc de gauche” pouvant contrebalancer ce qu’il catalogue de “forces conservatrices et réactionnaires”, notamment, en clair, le Parti de la justice et du développement (PJD), principal parti de la majorité à la tête de l’actuel gouvernement. D’autant que depuis quelques années pousse le Parti authenticité et modernité (PAM), taxé régulièrement de parti d’administration, mais qui semble, surtout au lendemain de son ultime congrès tenu dans la ville de Bouznika du 22 au 24 janvier 2016, représenter, paradoxalement, la principale alternative progressiste, en termes électoraux du moins, au parti islamiste. L’USFP paraît cependant encore en garder sous le coude. En 2013, M. Lachgar avait notamment appelé au partage équitable de l’héritage entre hommes et femmes, alors que l’Islam, religion d’Etat, veut que l’homme obtienne deux fois plus que la femme, attisant au passage les foudres des consevateurs. Un prédicateur, Abou Naïm, avait même appelé au meurtre du premier secrétaire de l’USFP, avant d’être condamné quelques mois plus tard, en 2014, à un mois de prison avec sursis.


Cependant, l’idée d’une résurrection de la Koutla, composée, en plus de la formation socialiste, des deux autres principaux partis du mouvement national, à savoir le PI et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), et de la coalition de cette Koutla, dite historique, avec le PJD a dernièrement été mise en avant. M. Lachgar avait notamment défendu l’idée du temps où il n’était pas encore premier secrétaire. “Le problème qui se pose aujourd’hui à l’USFP à mon avis est celui du positionnement”, analyse M. El Ajlaoui. “Le parti doit, je pense, nécessairement arrêter des thèmes de campagne à court et moyen terme”. Par ailleurs, la formation semble garder une mauvaise image dans les esprits, difficile à chasser, depuis l’élection à sa tête, au congrès de 2012, de M. Lachgar. Ce dernier est, aux yeux d’un grand nombre de militants de base, responsable d’avoir tué le parti, comme l’illustre, poursuivent-ils, la sixième place, aux élections tant communales que régionales de septembre 2015.


L’ancienne génération, celle qui avait entre autres participé au gouvernement d’alternance d’Abderrahmane Youssoufi (1998-2002), paraît, elle, à l’heure actuelle, hors-jeu. M. Youssoufi avait d’ailleurs, en quelque sorte, désavoué M. Lachgar en initiant une conférence, tenue en octobre 2015 à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM), sur la place de Mehdi Ben Barka dans l’Histoire contemporaine du pays, alors que ce genre de célébrations se tient en général sous les auspices de l’USFP. Ne reste pratiquement des historiques que Habib El Malki, qui dirige actuellement la commission administrative.


Certaines autres figures “ittihadies”, à l’instar d’Abdelouahed Radi et Mohamed Lakhssasi, se sont mises en retrait après avoir tenté dans un premier temps la conciliation. D’autres, conduits jusqu’à son décès en 2014 par feu Ahmed Zaïdi, ont tout bonnement mis les voiles dehors, donnant naissance, notamment, à Alternative démocratique (AD), énième scission dans l’Histoire de l’USFP, et certainement pas la dernière, considérant la situation interne, aujourd’hui, de la formation. En effet, dans le présent contexte, les voix dissonantes ne parviennent que difficilement à se faire entendre, d’autant plus qu’en 2013, M. Lachgar refusait d’admettre le fonctionnement par courants, comme c’est le cas ailleurs, dans d’autres partis de gauche.


M. El Malki reconnaissait récemment, au journal électronique “Médias24”, que l’écoute permanente figurait désormais au titre des priorités organisationnelles, sous-entendant, potentiellement, une ouverture aux ennemis d’hier, alors que s’annoncent en octobre 2016 des élections législatives particulièrement disputées. “Je pense que l’USFP regorge encore de potentialités”, commente M. El Ajlaoui. “Si celles-ci parviennent à trouver une place dans les appareils du parti, il est évident que ce dernier pourra retrouver le rang qui est le sien dans le paysage politique national”.


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